Choses politiques, Improvisation et créativité

Connaître, c’est organiser un peu mieux

J’avais déjà parlé ici de l’importance du doute, qui résumait les enjeux de l’intelligence post-formelle, le stade où vous commencez à être assez malin pour accepter que deux idées contradictoires dialoguent en même temps dans votre caboche.

En gros, je voulais donc dire que plus on comprend de choses, moins on arrive à les exprimer clairement, parce qu’on a envie de tenir compte de toutes les exceptions.

Mais la vie n’est pas si cruelle: si vous comprenez mieux les choses, vous arrivez au moins à mieux les organiser sur le papier, à défaut d’être limpide à l’oral. Par exemple, j’ai eu la surprise d’assister aujourd’hui à un cours de didactique d’anglais sur le même sujet que l’an passé – une bizarre impression de déjà vu, en fait – et j’ai remarqué que je pouvais donc organiser mes notes d’une manière beaucoup plus visuelle et schématique et belle et poétique et publiable. Ça donnait quelque chose comme ça, qui est assez beau, vous en conviendrez j’espère: (droits réservés)

Didactique d’anglais, 29 oct 07

Je me suis donc empressé d’en tirer la conclusion absolument hâtive que voici: « mieux on comprend une matière, mieux on l’organise. » Et je me suis rendu compte que c’était une conclusion absolument éronnée – ha ha ha- petit fripon tu vas trop vite: la preuve par ce brillant contre-exemple, qui résume le programme de l’UDC pour la Suisse.

Le programme 2007-2022 de l’UDC

Dès lors, on peut donc se dire que ce sont les visions les plus simples de la réalité qui en sont les plus distordues. Du coup, je retombe sur ma première conclusion en me disant qu’il ne suffit pas d’organiser la matière de la connaissance: il faut aussi tendre à l’exhaustivité. Autrement dit: mieux on comprend une matière, mieux on doit organiser TOUS les nombreux éléments qui la composent. Avec la politique de l’immigration, ça donnerait quelque chose comme ça:

En tenant compte de plus d’éléments pertinents…

Ce qui est drôle, c’est que lorsque j’ai commencé l’improvisation théâtrale, je pensais que c’était une question de don: il y avait ceux qui pouvaient inventer des histoires à tours de bras, et il y avait les autres. Et puis le temps a passé, en lisant des bouquins je me suis dit Oh non, l’impro c’est juste une série de règles qu’il faut maîtriser (Gravel), genre pas poser de questions et être bon en mime, et puis voilà. Ha ha ha, quand j’y repense ça me fait rigoler, hi hi hi.

Et puis après, j’ai lu d’autres bouquin (Napier) qui m’ont montré que les règles étaient mal faites, parce qu’elles avaient été construites sur les mauvaises impros, et qu’on ne pouvait pas très bien apprendre avec une liste de « ne faites pas… »: il y avait beaucoup d’interdits en impro, mais pas assez de bons conseils. Alors je suis retournés vers les bouquins plus compliqués que je n’avais pas encore compris complètement (Johnstone) et j’ai pu mettre un peu plus d’ordre dans mes schémas intimes.

Et l’année passée j’aurais pu vous tenir une théorie fascinante sur les cinq aspects de l’impro (Spontanéité, Personnage, Écoute, Construction et Techniques) qui entraient dans un système fabuleux où tout se tenait parfaitement comme un programme américain pour maigrir en 34 jours. Par exemple avec les premières lettres, ça fait SPECT et on dirait un moyen mnémotechnique qui conclut une belle présentation powerpoint. Et finalement, ce système SPECT, j’y crois plus trop, j’ai un nouveau système dans la tête, maintenant. Beaucoup plus simple et plus efficace.

En guise de conclusion, j’aimerais donc répéter l’importance du doute: après tout, Piaget a bien montré qu’il fallait remettre en question sa représentation du monde pour accéder à un nouveau stade cognitif, et Scott Peck parle de carte mentale périmée pour décrire une vision du monde qui ne fonctionne plus.

Et paradoxalement, je ne suis plus très sûr de tout cela.

Je doute, ma foi.

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Enseignement

Perles de l’enseignement (1)

L’élève: M’sieur, le texte que vous nous avez donné, là, il est pas un peu pour les enfants?

Le maître: Voyons… Les autres, qu’est-ce que vous en pensez?

Une autre élève: Ben moi, je trouve que l’histoire elle est pour les enfants, mais elle peut aussi être pour les adultes, parce qu’il y a une signification un peu cachée, il y a une métaphore, donc c’est aussi pour les adultes.

Le maître: Oui, je pense aussi. Les histoires qu’on vous raconte, elles ont toujours deux significations: au premier degré, vous avez une belle histoire. Mais derrière, il y a toujours un sens caché, une morale. Même le blockbuster le plus abêtissant que vous regarder sur dévédé, il a toujours une signification dans votre vie de tous les jours. Vous vous identifiez forcément à son héros, que ce soit pour être d’accord avec ses réactions, ou pour le rejeter totalement. Je pense qu’on regarde jamais un film uniquement pour se changer les idées.

(un temps)

L’élève: M’sieur?

Le maître: Oui?

L’élève: Pourquoi on a le français si tôt le matin?

Le maître: Je ne comprends pas.

L’élève: Non mais parce que là, la prise de tête, c’est trop abuser.

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Actualité, Internet, Vidéos

La gare d’Yverdon bouge!

Okay, elles ont largement passé la date de péremption, mais voilà deux vidéos qui parlent de la gare d’Yverdon-les-Bains. La première est un bijou d’ironie dramatique, avez Michel di Tria dans le rôle du reporter qui lutte pour garder son calme.

Et dans la catégorie « film d’anti-propagande de l’UDC », une démonstration de la force argumentative de son délégué au Conseil Communal de la ville, j’ai nommé Fabien Richard. Pour la petite histoire, le groupe yverdonnois de l’UDC s’est positionné en faveur de l’introduction de caméras de vidéosurveillance à la gare d’Yverdon-les-Bains. Voilà qui va enfin éduquer cette satané population, ha ha ha.

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Enseignement, Improvisation et créativité

Bientôt prof (2)

Après un silence inquiétant d’un mois, me revoici d’attaque. Et pour répondre aux demandes pressantes (et encourageantes!) de Onzerod et Lily, voilà des nouvelles rassurantes:

– mes petits monstres d’élèves sont tout à fait domptables

– mes compétences pédagogiques sont tout à fait améliorables

– mes collègues sont tout à fait agréables

Et malgré ces nouvelles réjouissantes, je ne vais pas m’étaler beaucoup plus longtemps sur ces charmants bambins de 18,9 ans (en moyenne), parce que je souhaite éviter à ce blog le misérable destin d’un quelconque « blog de prof » (même si je vais très certainement vous en reparler, ha-ha-ha-je-ne-tiens-pas-parole).

Tibert en pleine interrogation métaphysique sur les théories de stimulus-réponse

Mais je profite par contre de partager avec vous un exercice d’improvisation théâtrale que j’ai (re) découvert avec plaisir: il s’agit des « monologues en chaîne », qui s’inspire directement du « Mot de la fontaine » (le truc avec les associations d’idées) et des « monologues libres » (chez Napier, je crois) qui sont deux grands classiques. Ça se passe comme ça:

Les impromédiens sont réunis en cercle. Jules commence un monologue rapide, en incarnant un personnage. Dans les vingt secondes, l’impromédien qui se trouve à sa droite doit s’inspirer d’un mot prononcé par Jules pour démarrer un autre monologue (avec un autre personnage, hé). On arrive donc à enchaîner assez rapidement des discours et des personnages discontinus, qui évoluent par association d’idées.

J’ai constaté plusieurs bénéfices à faire cet exercice: il développe plusieurs compétences essentielles à mon goût, soit l’écoute  (parce que je suis obligé d’être à l’affût de tous les mots de mon partenaire), la spontanéité (parce que je ne peux pas planifier, parce que la prise de parole est immédiate) et un travail du personnage « sur-le-champ » (ce qui aide par ailleurs à repérer les « tics » de création de personnage « dans l’urgence ». Je pense m’être inspiré aussi du « give & take » de Viola Spolin, qui fait circuler une bonne énergie entre les participants. Bref, l’essayer, c’est l’adopter.

Alors même si je suis pas souvent fan de conseiller des exercices (je crois plutôt qu’un exercice répond à un besoin spécifique au niveau du groupe, de l’entraîneur, etc.), je suis content de cette trouvaille.

Et pour ceux que ce billet a profondément ennuyé (pour son contenu éminemment technique et peut-être réservé à un public de passionnés), voici une bonne blague (partielle):

« C’est Christoph Blocher, un jour il a soif, alors il entre dans un bar. Il y a Georges Bush et Nicolas Sarkozy qui boivent déjà une bière. Alors Blocher va vers le comptoir, et dit:

– Ha ha, j’offre la tournée générale!… »

(et maintenant, imaginez la suite, et débrouillez-vous pour que ça soit drôle)

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Enseignement

Bientôt prof

C’est la rentrée, mais j’ai pas encore commencé. J’ai mon premier cours mercredi, et je me réjouis de voir ma classe. Vingt paires d’yeux qui vont me dévisager, en jugeant my english accent histoire de voir s’il en vaut la peine.

Tibert rêve

J’ai envie de bien faire mon job. J’ai envie de leur donner le goût d’apprendre. De leur transmettre la joie de savoir. De leur montrer le lien entre Shakespeare et Desperate Housewives, de leur apprendre buy-bought-bought et sell-sold-sold, de leur raconter en primeur la fin de Harry Potter, de leur montrer que savoir une langue, c’est s’ouvrir au monde, que parler à l’autre, c’est apprendre à s’écouter soi-même.

Je vais devoir tenir un personnage que j’ai encore peu travaillé, un rôle-de-composition comme on dit: le prof qui sanctionne, le prof qui frustre, le prof qui montre la limite. Je sais déjà que je suis pas payé pour être aimé; que je suis pas payé pour être drôle. J’ai peur de surjouer, de décrocher. J’ai peur de voir que le costume ne me va pas.

Mon inconscient m’a bien montré que j’étais encore un bleu-bite: cette semaine, encore trois fois rebelote avec le rêve où j’arrive sans avoir rien préparé, celui où j’arrive tout nu, celui où j’arrive en retard, celui (même) où je n’arrive pas.

Vivement mercredi.

Seigneur, faites qu’ils soient gentils, polis et disciplinés.

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Actualité, Internet

Pour répondre aux gaillards qui encensent la liberté

Parmi les blogs les plus célèbres de WordPress, on compte soit 1) des blogs à ragots qui parlent de la dernière frasque de Justin Timberlake 2) des blogs technologiques qui parlent de la dernière fourre iMac tellement hype 3) des blogs libéraux, libertaires, libertariens, qui prônent l’abandon de l’État Social, la liberté individuelle comme valeur prééminente et la désobéissance civique en ce qui concerne les impôts.

Précisons que je ne suis ni un fan de Britney, ni un geek. Je ne lis donc que certains blogs de libertaires, qui ont au moins le mérite de stimuler ma réflexion politique. Mais je suis rarement d’accord avec ces gaillards, et je suis à chaque fois très embêté de ne pas savoir quoi leur répondre à la face.

L’autre jour, je fouine dans ma bibliothèque, et je retrouve Le Prophète de Khalil Gibran, qu’une amie m’avait offert. Je connaissais quelques-un des textes, parce que tous les mariés du monde semblent s’être donné le mot pour lire les pages trente-six à trente-sept, qui parlent du Mariage, de l’Amour, bla bla bla. Comme si on pouvait écrire des textes sur un sujet aussi grave.

Bref, je finis par tomber sur un passage qui parle de la liberté. Et c’était la réponse que je cherchais:

Un orateur dit: Parle-nous de la Liberté.

[Le Prophète] répondit:

Aux portes de la ville et auprès des foyers, je vous ai vus prosternés dans l’adoration de votre liberté,

Comme des esclaves s’humiliant devant un tyran et le louant cependant qu’il les massacre.

Oui, dans le bosquet du temple et à l’ombre de la citadelle, j’ai vu les plus libres d’entre vous porter leur liberté comme un joug et des menottes.

Mon coeur a saigné, car vous ne pourrez être libres que si le désir même de liberté devient pour vous une attelle et si vous cessez de parler de liberté comme d’un but et d’un accomplissement.

Vous serez libres, pleinement, lorsque vos jours n’étant pas délivrés de tout souci et vos nuits de toute peine,

Vous saurez, avec toutes ces restrictions encerclant vos existences, vous élever au-dessus d’elles, nus et affranchis.

Et comment vous élever au-dessus de vos jours et de vos nuits si vous ne rompez pas les chaînes que vous avez vous-mêmes, à l’aube de votre entendement, attachées autour de votre zénith?

En vérité, ce que vous nommez liberté est la plus solide de ces chaînes, bien que ses maillons étincellent au soleil et éblouissent vos yeux.

[…]

Si c’est un tyran que vous voulez détrôner, veillez d’abord à ce que son trône, érigé en vous-mêmes, soit détruit.

[…]

Si c’est un souci que vous voulez écarter, sachez que ce souci a été choisi par vous plus qu’il ne vous a été imposé.

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Choses politiques

Les gens qui ont un chat

Il faut toujours se méfier des gens qui possèdent un chat.

Les chats, c’est très exigeant, j’en ai un, je connais. Y’a qu’à les regarder se laver pour s’en rendre compte : un chat, ça se lave avec précision, avec méticulosité, avec acharnement, avec désespoir. Un chat, ça se lèche n’importe où, même là où je ne me lècherais pas même après un bon bain chaud. Bref, un chat, ça va jusque au bout des choses.

Tibert se lèche les c**illes

Les propriétaires des chats les habituent mal. Souvent, ils leur mettent une caisse à litière sur le balcon, en se disant, bah, Caramel – c’est son nom –, il va aller faire ses besoins sur le balcon ; il grattera quand il aura besoin. Ils se disent ça, mais deux jours après, Caramel a laissé un infâme colimaçon sur le tapis turc du salon. Alors comme les propriétaires n’aiment pas trop nettoyer ça, ils se disent, bah, on va mettre la caisse à litière à l’intérieur, ça sentira un peu, mais on achètera un peu de déodorisant d’intérieur.

Et là, du coup, ils se rappellent la publicité à la télé avec « l’ange qui garde la maison, Fresh abricot, oui mais c’est Fresh abricot, oui mais c’est frais ». Qu’on ne vienne pas me dire que les publicités n’atteignent pas leur public ; simplement, les publicités nous atteignent là où on les attend le moins.

Bref, revenons à nos crottes de chats.

Ensuite, donc, Caramel recommence à pondre des trucs bruns un peu partout dans la maison. Alors les propriétaires décident d’installer une chatière à la porte-fenêtre du salon, comme ça, il pourra sortir, après tout, c’est un animal sauvage, à la base, ha ha ha. Comme ça, tout le monde est content : les propriétaires ne sentent plus les cacas, le chat peut sortir, et le menuisier peut faire un devis de 200 francs.

Donc le chat est exigeant avec son hygiène. Mais il est aussi exigeant avec sa nourriture.

D’abord, on s’est dit, ah, mais, on lui donnera les restes du repas, du riz avec la sauce du rôti, il va adorer ça. Alors Caramel se tape les restes pendant 3 semaines, puis il bouffe à peu près tout, pourvu que ça ait le goût de viande. Après, comme l’aînée de la famille vit sa période végétarienne, le riz commence à n’avoir plus assez le goût de viande. Alors Caramel ne fait qu’entamer son assiette. Puis il n’entame plus rien du tout. Enfin, il entame une grève de la fin.
Alors les propriétaires, coupables, se disent, ah, mais, ça fait rien, on va lui donner des croquettes, il y a des Migros Budget en sacs de cinquante kilos, la voisine en donne à tous les chats du quartier, ça doit marcher ça, et pour pas cher en plus. Et tout le monde est content : Caramel, parce qu’il mange des croquettes trop bonnes avec une éclaffée d’appétants chimiques, la Migros parce qu’elle se fait des c**illes en or sur sa gamme Budget, et Mme Ronchin du troisième parce qu’elle n’a plus à nourrir que huit matous miteux.

Mais c’est pas fini. Ben ouais. Sinon j’aurais mis un point.

Non, après, Caramel se dit que les croquettes, c’est pas mal, mais ça a toujours le même goût. Toujours, toujours, toujours, toujours, toujours, toujours le même. Vraiment toujours. Croyez-moi, ou alors essayez. Bref, Caramel, il en marre des croquettes Migros Budget. Alors les propriétaires se disent, ouais, c’est vrai, ça doit pas être très varié de manger toujours toujours toujours toujours les mêmes croquettes, on va acheter celles au mouton. Ça tient trois semaines avec le mouton, mais Caramel rechute. Nouvelle anorexie. Alors on passe au poulet. Ça tient deux semaines. On passe au lapin. Tient deux semaines et demie (c’est meilleur que le poulet, le lapin).

Et puis après, on lui achète des boîtes, comme ça, se disent les propriétaires, on lui donnera moins de lait, parce que c’est déjà humide, comme le dit la notice, donc il lui faut moins de liquides. Avec les boîtes, c’est de nouveau la parillade des quatre viandes : lapin-poulet-veau-mouton. On trouve parfois du bœuf, dans les magasins spécialisés. Là, le bœuf, il tient plus longtemps. Après cinq semaines, Caramel n’est toujours pas lassé. Alors on y croit, on se met à espérer qu’il a trouvé chaussure à son pied. On fait du stock. On commence à tutoyer la nana du magasin spécialisé. On fait même des projets de vacances.

Mais il faut bientôt déchanter. Caramel n’en veut plus, de ses boîtes au bœuf. Caramel veut plus. Caramel veut mieux. Les chats sont comme ça.

Tibert s’en pourlèche les babines

Bon, se disent les propriétaires, eh bien, il n’y a qu’à lui cuisiner une petite portion à part, après tout, la grande adolescente s’est remise à la viande, le chat va suivre, ça ne peut pas être mauvais, de la viande crue, au début on mettra beaucoup de riz et de légumes.

Caramel adore. Il se gave de viande hachée, prend un peu de haricots et de tofu, mais c’est pour faire plaisir à la cuisinière. Caramel se pourlèche les babines de vrai poulet, de vraie tranche de veau et de vrai steak de bœuf.

Et puis.

Et puis, oui, bien sûr, Caramel se lasse même de ça. Les chats sont comme ça, ils sont exigeants ; ils en veulent toujours plus. Alors on cherche les viandes les plus exotiques : du steak de bison, du médaillon d’autruche, du filet de kangourou. Des mignons de yack, des rognons d’ara, des cuisses de jaguar (ça vous choque ? oui, les félins se mangent entre eux). On doit chercher de plus en plus loin dans la ville, et dans son imagination : des cuissots de lièvre, des joues de chimpanzé, des tendrons de gorille ; des nappelettes de mulots, des poutades d’okapi, des loupiots de zéphyr.

Mais Caramel se lasse encore une fois.

Les propriétaires sont à bout. Ils ne savent plus quelle viande lui offrir.
C’est drôle, Mme Ronchin a disparu.

Caramel a recommencé à s’alimenter.

Il faut toujours se méfier des gens qui possèdent un chat.

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Le marteau de charbon (épisode 256)

Alors la prophétie s’accomplit.

Le mage noir leva le sceptre de Fulgur pour lancer la troisième salve. Il commença son incantation, mais omis d’accorder l’adjectif nominalisé avec la principale. Cette bête erreur de syntaxe dans une formule magique eut pour effet de retourner l’effet du sceptre contre lui. Une boule de foudre fondit sur les épaules du mage, et le décapita au niveau des omoplates, ce qui n’était pas très propre (et pas trop ragoûtant, il faut le dire).

Tout transpirant sur l’étau de supplice, Rasteban reprit espoir. Il ne faut pas moisir ici, pensa-t-il; le marteau va s’abattre sur le monde, si je ne romps pas le Lien Subtil. Rasteban ne pouvait pas vraiment bouger, mais il transpirait vraiment beaucoup beaucoup. Ce processus eut deux conséquences  favorables sur le développement de cette histoire: la première conséquence était que le Roi, en se vidant de son eau, diminuait son volume corporel, et commençait à contempler la possibilité de pouvoir se libérer de l’étau. Deuxièmement, la sueur pouvait l’aider à glisser l’extrêmité de ses membres au-dehors des anneaux de l’étau. Troisièmement, il n’y a pas de troisièmement, j’ai dit qu’il y avait DEUX conséquences, il faut vous donner un peu plus de peine pour bien lire les informations, bon sang.

Toujours est-il que Rasteban parvint à se libérer de l’étau après moultes reptations, moults halètements et moults efforts.

Au même moment, le marteau de charbon commençait à vaciller sur son axe; il allait s’abattre sur la Carte des Mages, qui matérialisait l’entier de l’Univers. Rasteban s’élança vers le Lien Subtil, qui retenait la Carte déroulée. Il lui fallait absolument briser le Lien sans faillir. Bon, comme il n’avait pas d’objet tranchant à disposition, il mordit un bon coup dans le Lien Subtil qui avait le goût de cacao. La Carte se libéra du Lien, en se repliant sur elle-même. Il était temps, parce que le marteau de charbon s’abattit avec fracas sur du vide, et dès lors on est en droit de se demander pourquoi il y avait du fracas, puisque le vide dénote une absence d’air, et sans air on ne peut pas entendre le fracas, puisqu’il faut des molécules qui transmettent le son jusqu’à nos oreilles. Bon, enfin, admettons qu’il y eut du fracas. Comme ça c’est plus dramatique.

Rasteban, grâce à cette splendide bouchée, venait de sauver le monde! Il venait de compléter sa quête! Il allait enfin pouvoir retourner dans son palais, bien au chaud avec la Reine Élodie. À cette pensée, il sourit béatement.

 FIN

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Le marteau de charbon (épisode 1er)

Voilà trois semaines que le Roi des Gètes n’avait pas mis la tête au-dehors de son palais. La faute à son épouse qui suscitait en lui des vagues libidineuses plus fortes que celles qui s’écrasaient contre les berges du Grand Rivage. La Reine Élodie avait, il est vrai, un fort beau teint de peau et des pieds forts menus, critère important s’il en est chez les rois gètes. Rasteban 1er, comme son peuple l’avait appelé, commençait donc à devenir malade à force de garder le lit, et sa nymphomane d’épouse s’absentait uniquement pour ricaner sottement en compagnie de ses dames de compagnie, en leur racontant les étonnantes frivolités de la nuit passée.

Ce repos forcé ennuyait le Roi: ce qu’il voulait, c’était régner. Rasteban 1er décida donc de profiter d’une absence de sa Reine Élodie pour ficher le camp par travers la fenêtre. Il se fit une corde avec les draps, comme les princes charmants qui montent au donjon de leur dulcinée, mais là c’était l’inverse.

En bas, il prit une poignée de dents-de-lion pour se barbouiller la face de chlorophylle. Il espérait que personne ne le reconnaisse, et il avait raison: son palefrenier n’y vut goutte, à tel point qu’il crut à un vol quand Rasteban 1er grimpa sur le dos de Pouliche, sa jument favorite. Mais le palefrenier n’eut pas le temps de terminer son à la garde, parce que Rasteban avait pris soin de lui asséner un fabuleux coup de coude sur la tête, ce qui est tout de même plus grave qu’un coup de tête sur le coude (le Roi avait pris un cours de développement personnel comment se débarasser des importuns).

Rasteban était maintenant bien content, parce qu’il chevauchait à vive allure loin, très loin de son château; il voulait découvrir son royaume, et l’accomplissement d’une quête quelconque, comme savent si bien le faire les véritables héros, lui paraissait un défi à la mesure de son talent.  Par des coups de bottes bien placés, il enjoignit Pouliche de le mener à Gdürsk, où le marchand de quête aurait certainement quelque chose pour lui.

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Lauriane Gill, en toute simpli-

Le 24Heures nous apprenait mercredi passé que Lauriane Gilliéron, Miss Suisse 2005, prenait un pseudonyme pour mieux percer dans le monde du spectacle. Désormais, la jeune étudiante à l’Actor’s Studio s’appelle Lauriane Gill. C’est pour que les réalisateurs puissent plus facilement prononcer son nom, qu’elle nous dit. Effectivement, j’imagine mal Martin Scorsese articuler Hello missiz Lauwry-Ann Djeel-aïe-wraeun au téléphone. Surtout s’il a un djob de djeymss-bonnd-geuwrl à lui proposer.

Laurianne, j’aimerais te dire qu’un pote homonyme s’est surnommé J-Iron, ça fait bien plus classe. Mais je ne t’en veux pas d’amputer ton nom de famille, parce que tu viens de lancer une mode incroyable qui va faire des ravages chez les célébrités: pour mieux s’exporter Outre-Atlantique, nos politiciens vont s’y mettre: Pascal Couch (canapé), Christoph Bloch (le juif), Daniel Brel (le chanteur), Josef Zisy (facile), Jean Fatt (le gras) et Guy Parme (le jambon).

Et ce sera une épidémie, parmi nos stars: Georges Cloon (drôle), Steven Spiel (le joueur), Stanley Küb (le bouillon), Clint East (rien de nouveau), Sean Conn (facile), Roger Moo (la vache) et Nicolas Sarko.

Vous voyez, ils ont déjà commencé.

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