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Le Grand Débat – Résumé

Pour ceux qui n’ont pas le temps, quelques citations qui résument le « Grand Débat » de la RTS avec les candidats aux érections fédérales. J’ai juste regardé le début sur le thème de l’environnement; après, je suis parti me calmer (j’avais trop ri).

« Je ne suis pas pour les révolutions, je ne suis pas pour un changement de système, mais je suis pour une sensibilisation claire de tous les acteurs. »
Jacqueline De Quattro – PLR

Le jour où Jacqueline De Quattro aura compris le lien entre système capitaliste et réchauffement climatique, je paie la tournée.

« On ne doit pas opposer toujours l’environnement & l’écologie à une croissance. […] Ce qui me dérange un tout petit peu aujourd’hui dans cette notion d’urgence, c’est de vouloir changer du jour au lendemain de comportement. On doit travailler sur le moyen-long terme. »
Serge Métrailler – PDC

Je propose à M. Métrailler de lire à moyen-long terme le rapport du GIEC d’octobre 2018 (ici, 2 minutes suffisent) qui explique que nous avons 12 ans pour réagir. Peut-être que ça va le déranger un tout petit peu.

Je pense qu’on ne doit aucunement faire une rupture, on doit faire une transition. Une transition, c’est amener l’économie au service de l’écologie. […] On doit se tourner vers l’innovation, la recherche. […] Si on est les premiers – quasiment – pour les neurosciences, on peut être les premiers pour les technologies propres.
Michel Matter – Verts Libéraux

Youpi ! Les gentils scientifiques vont nous sauver ! (À ne pas confondre avec les méchants scientifiques qui nous annoncent l’effondrement de la biodiversité et un monde à +2°).

Si on commence à taxer les avions en Suisse, les jeunes sont quand même assez malins pour aller prendre l’avion à Milan, en Allemagne… La taxe elle est de 6€ en Europe, et pis chez nous on prévoit entre douze et deux cents francs. Moi j’ai rencontré des personnes qui m’ont dit « Moi je vais à New York, tu peux me mettre 200.- de taxe, ça fait rien, j’irai quand même. »
Pierre-André Page – UDC

Les jeunes de l’UDC, c’est l’avenir : roublards, retors et cyniques. Et prendre vos amis comme exemple dans un débat public, ça élève bien le débat. Ils doivent être super, vos potes, Pierre-André !

Après j’ai un peu décroché. Alberto Mocchi a dit des choses intelligentes, mais il s’est fait piéger sur la taxe CO2. Ben ouais, les Verts, quand on vous met devant vos contradictions, tout à coup vous ne savez plus quoi dire. Le jour où les taxes seront dissuasives, ça se saura.

Finalement, mon seul réel plaisir était de voir Yvan Luccarini (Décroissances Alternatives) derrière l’épaule droite du présentateur. Il ricanait tout le temps en faisant des commentaires à son voisin en se grattant la tête. Il me plaît, celui-là. Il a renforcé encore mon envie de panacher Ensemble à Gauche et les Jeunes Verts (peut-être les seuls qui devront vivre avec leurs décisions – parce que les vieux croulants des partis bourgeois, on peut quand même se demander s’ils n’en ont pas, quelque part, rien à carrer; ils seront six pieds sous terre quand on aura six degrés dans face).

Je conclus sur cette saillie d’une rare sombreur :

« Bertrand Piccard l’a dit : le climat, c’est le marché du siècle. »
Michel Matter – Verts Libéraux

Là, je suis parti vomir.

Bonne chance à tous pour le 20 octobre. Smartvote si vous hésitez encore.

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Jean-François Thuillard, épouse-moi !

Cher Jean-François Thuillard,

C’est avec un plaisir presque coupable que j’ai lu avec sensualité votre billet d’opinion dans le 24Heures du 12 septembre 2019. Si je devais déclarer ma flamme à un candidat aux fédérales, ce serait vous; vous avez su réveiller mes ardeurs d’ancien professeur de français, vous avez su attiser mon goût pour débusquer les paralogismes, vous avez fait saliver mes glandes rhétoriques. Je vote d’habitude plutôt à gauche, mais j’envisage de réviser ma position (et d’autres positions, du coup) depuis que j’ai été séduit par votre plume. Permettez-moi d’y revenir comme chat sur braise, comme une caresse sur l’art de convaincre, comme une oeillade argumentative. Mais d’abord, je cite : 

Quelle admirable trouvaille de citer un grand homme comme Clémenceau – souvent employé, il est vrai, pour critiquer le néo-libéralisme (« L’économie est une chose trop sérieuse pour être confiée aux économistes »). Avec ce paradoxe provocant, vous frappez fort, vous frappez juste : on voit tout de suite que votre billet est surtout une boutade, un hommage burlesque au travail d’argumentation, et que vous allez probablement dire de grandes choses sous le couvert du n’importe quoi. J’adore ça. 

En cette période préélectorale, il ne se passe pas un seul jour sans que la presse n’évoque les dangers qui pèsent sur la nature et l’importance d’agir dans ce domaine. Il ne fait aucun doute que la nature et notre environnement sont des affaires sérieuses, mais nous, les agricultrices et agriculteurs, n’avons pas attendu que les Verts et les écolos les instrumentalisent politiquement pour nous en rendre compte.

Oui ! C’est ça ! Vous mettez le doigt sur une injustice crasse : les écologistes s’arrogent le droit de faire de la nature le centre de leur campagne, alors qu’ils pourraient se limiter à la fiscalité des entreprises ou le financement de l’AVS. C’est un peu comme si la gauche se permettait de parler de socialisme. Où irions-nous ? De plus, en qualifiant « d’affaire sérieuse » (c’est moi qui souligne) la problématique climatique, vous montrez que vous avez saisi avec toute la conscience nécessaire les problématiques d’effondrement de la biodiversité, d’emballement du réchauffement et des réfugiés climatiques. Pour vos prochaines interventions, je vous propose d’autres adjectifs, qui englobent encore mieux les choses : « la nature et notre environnement sont des affaires pertinentes / intéressantes / intrigantes / cela mérite qu’on s’y arrête… » J’ai d’autres suggestions que je pourrai vous faire sur le bord de l’oreiller.  

Pour s’offrir une légitimité dans ce débat, de nombreux activistes du climat – dont l’écrasante majorité est incapable d’affirmer si les oreilles des vaches sont devant ou derrière leurs cornes – ont jeté l’opprobre sur le monde paysan.

Oui ! Encore oui ! Vous avez raison de citer une étude extensive avec un chiffre clair quant à cette « écrasante majorité ». Et l’exemple est parlant : je suis moi-même fils de paysan, et j’ai constaté que je ne savais pas si les oreilles des vaches étaient devant ou derrière leurs cornes (j’ai vérifié depuis – elles sont légèrement derrière) : 

Savoir où sont positionnées les oreilles des vaches : voilà à quoi on reconnaît un véritable défenseur de la nature.

Je propose même de dénoncer tous les spécialistes du GIEC qui ne sauraient pas répondre à la question. En fait, ça devrait devenir le critère d’admission au parti écologiste. De la même manière, on devrait vérifier que les enseignants de français connaissent bien la date de naissance de Victor Hugo, on devrait obliger les commentateurs sportifs à connaître les prénom des enfants Beckham, et on devrait s’assurer que les cuisiniers sachent si on dit LE ou LA Nutella. Certains fâcheux pensent qu’il s’agit là de détails, mais le diable est dans les détails, et je vois mal comment on pourrait parler de réchauffement climatique sans connaître des éléments évidents d’anatomie bovine. CQFD, mister Thuillard. Bim !

[Les activistes du climat] accusent les agriculteurs de maltraitance animale, ils dénoncent les méthodes de production et hurlent à l’empoisonnement des nappes phréatiques. Nombreux sont celles et ceux qui nous expliquent comment nous devons nous occuper de nos exploitations agricoles mais peu, en ces mois d’été, étaient dans les champs ou sur les alpages pour mettre en pratique ce qu’ils sermonnent le reste de l’année dans les médias.

Oui ! Ja ! Yes ! You nailed it, Jean-François ! C’est le coeur du problème, ça : les écologistes sont contre l’agriculture parce qu’ils parlent d’empoisonnement et se mêlent de ce qui ne les regardent pas. Est-ce que je vais ennuyer mon oncologue avec des considérations sur les cellules du pancréas, moi ? Est-ce que j’inquiète les journalistes en relevant que leurs données ne sont pas fiables ? C’est tout de même dingue que des citoyens lambdas s’ingèrent dans des problèmes de nature, alors que les paysans sont les principaux protecteurs de la nature. Si la nature a besoin de glyphosate, qui mieux qu’un agriculteur pour la lui donner ? Certainement pas ces bobos qui vont en vacances au Costa Rica, bon sang !

De plus, vous dénoncez un scandale explosif : ces écolos ne sont pas dans le champs ou les alpages. Comment peut-on croire défendre la nature si on ne s’y trouve pas ? Hein ? Hein ? Ça tombe sous le sens ! Est-ce que Gandhi aurait pu défendre l’Inde depuis l’exil ? Est-ce que Martin Luther King aurait pu mener ses actions sans aller à Selma ? Pour défendre la nature, il faut se trouver sur place. Voilà qui fait du sens. Le bon sens (je crois que c’est votre autre slogan de campagne, « le bon sens à Berne ». Wow. Puissant, simple, efficace. On dirait un slogan de Steve Jobs).

Alors qu’il était député, Georges Clemenceau avait affirmé que la guerre étant (sic) une chose trop grave pour être confiée à des militaires. Il en va de même aujourd’hui avec les activistes et donneurs de leçons du climat. La nature est une chose trop grave pour être confiée aux écolos.

Si l’on passe une petite coquille, c’est un coup de maître rhétorique, Jef (je peux vous appeler Jef ?) : sous une tournure des plus subtiles, vous expliquez bien qu’il y a une urgence climatique à prendre dans toute sa mesure. Nous sommes en état de guerre contre le climat, contre la nature, les ouragans, les tsunamis et les cyclones qu’elle nous envoie. La nature est une chose trop grave. Depuis le début. Elle n’est pas ce paradis qu’on nous vante; elle n’est pas cet Eden équilibré, vanté par les apôtres de la permaculture. La nature est un monde hostile, sauvage, suintant la loi de la jungle et la barbarie. Vos mots me donnent envie de folâtrer avec vous sur une couverture militaire pour un pique-nique crapuleux, tiens. Nous serions bien, dans une petite monoculture de luzerne sans insectes fâcheux, à butiner nos corps huilés de colza en production intégrée, avec un petit Don’t Stop Me Now diffusé par une Boom-Box solaire… Râaaah lovely. 

En effet, depuis la nuit des temps, des hommes et des femmes cultivent la terre au gré des saisons. Les agriculteurs mettent en terre les semences, puis veillent sur les champs et en prennent soin jusqu’au moment de la récolte et ils recommencent cette opération depuis des millénaires afin de nourrir nos communautés avec le fruit de la nature. Aimer la terre et la nature n’est pas un passe-temps de bobos mais un art de vivre qui nous oblige à l’humilité. On est loin des théories toutes faites et des «yakas» lus ou entendus dans les médias.

Oui ! More of this ! Invoquer l’agriculture de ces 13 derniers millénaires (elle serait apparue vers -10’000) pour défendre l’agriculture de 2019, c’est un coup de génie : c’est bien la preuve que nos ancêtres savaient utiliser les phosphates, savaient doser les azotes et savaient gérer les pesticides mieux que personne, avec humilité et abnégation. Vous résumez à merveille le travail d’un paysan : mettre en terre la semence, veiller sur les champs et en prendre soin. Voilà le plaisir simple et le geste auguste du semeur contemporain, dans une caresse subtile du labour laissé par une quatre-socs.

En Suisse, les normes pour l’exploitation agricole sont parmi les plus sévères du monde. Elles visent à la fois la qualité des produits, le bien-être des animaux et le respect de la nature. Les agricultrices et agriculteurs suisses se conforment à toutes ces normes et n’ont jamais relâché leurs efforts avec la mise en place, sur chaque exploitation, de nombreuses mesures en faveur de la biodiversité.

Oui ! Trois fois oui ! Les normes écologiques suisses sont suffisantes. La preuve par mille

Les agitateurs du climat ne peuvent survivre politiquement qu’en agitant la peur au sein de la population dans le but de donner du sens à leurs théories. Se faisant (sic), ils induisent le doute chez les consommateurs et poussent une partie de ceux-ci à se tourner vers des produits importés. Ainsi, au nom de la défense du climat, on favorise les produits issus d’une agriculture moins normée que la nôtre et qui ont traversé les océans à bord de cargos qui avancent au fioul lourd.

Bon mon petit Jef, là j’avoue que j’aimerais corriger la petite coquille du début de la deuxième phrase. Probablement un coup monté de la rédaction. Ça n’enlève au rien au génie de ce paragraphe : ces Cassandre qui appellent à la peur n’auront pas notre peau, Jean-François. En tant qu’UDC, nous sommes rompus à cette stratégie; nous resterons sourds aux sirènes des collapsologues; nous demeurerons de marbre face aux rumeurs de l’effondrement !

Tu mets le doigt – on peut se tutoyer, en tant que fils de cul-terreux, non ? – tu mets le doigt, disais-je, sur un paradoxe effarant des écolos-bobos : ceux-là même qui fustigent notre bonne paysannerie sous prétexte de défense de l’environnement, ces bougres de traîtres à la patrie… Eh bien, ce sont les premiers à servir du quinoa du Pérou sur leurs buffets véganes; ce sont les seuls à prendre l’avion avec des compagnies étrangères; ce sont les plus farouches défenseur des républiques bananières du Brésil, se nourrissant exclusivement de tofu trafiqué et de lait d’amande en brique de supermarché. 

Saint Jean-François, ton billet doit ouvrir les yeux des masses populaires qui ignorent encore le complot écologiste qui se trame sous la pression des lobbys verts. À bas ces éco-fascistes qui nous poussent à consommer ! Haro sur ces activistes qui nous poussent à remplacer la croissance par du développement durable. Oui, car je vois très bien où tu veux en venir, mon petit Jean-François. Sous tes airs sages de politicien mesuré, la voie que tu traces pour l’humanité, c’est celle de la décroissance. 

La défense de la nature, il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui la pratiquent

Pratiquons ensemble, Jef. 
Je t’attends.

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Le prochain pont à traverser (3) : 10 gestes pour saboter le capitalisme

Voilà le plan, camarades : plutôt que de poser des bombes ou kidnapper des dirigeants, nous allons simplement ralentir le système dans sa chute; l’accompagner dans son effondrement. Nous ne détruirons aucune machine, nous ne pourfendrons aucun dirigeant, nous ne lutterons même pas contre le système.

Nous allons l’ensabler.

Nous mettrons notre grain de sable là où ça crisse, nous sèmerons notre bonne graine là où ça pousse, nous deviendrons les empêcheurs de spéculer en rond; la machine va se défendre, se débattre, se désarticuler et tomber face contre terre.

[Si personne n’achète des produits de multinationales], en 48 heures le système s’écroule.

Dominique Guillet (fondateur de Kokopelli)

On m’oppose souvent que les actions individuelles ne suffiront pas à changer le système. Il est vrai que les actions individuelles isolées resteront des gouttes d’eau (dans un océan de plastique). Mais les actions individuelles collectives, elles, ont toutes les chances de renverser la vapeur, tout autant qu’une action politique.

De fait, certains opposent ces deux types d’actions, alors qu’il s’agit bien plutôt de conjuguer action politique ET gestes individuels. Et si les actions que nous pouvons mener à titre individuel sont nombreuses, elles n’ont pas toutes le même impact sur l’environnement, et certainement pas le même « coût » comportemental : s’il est plutôt difficile de changer un régime alimentaire inscrit dans une culture ou un métabolisme, il est relativement simple de placer ses économies dans une banque éthique.

Par exemple, Eléonore a énormément de difficultés à changer de banque (coût négligeable, impact énorme) et a choisi de renoncer à quelque chose comme les shampooings testé sur les animaux (faible coût comportemental) : l’impact de son action est très limité (son bénéfice est même dégradé par le fait qu’elle a quelques actions au Crédit Suisse). Dans le même ordre d’idée, des actions écologiques qui vous paraissent radicales (comme se passer de supermarchés pendant un mois, ou faire zéro-déchets sur une semaine) n’ont pas vraiment de sens sur le court terme. Il faut donc chasser le naturel au galop, débusquer des actions à fort impact et les ancrer durablement dans notre quotidien.

10 exemples (classés par ordre croissant d’impact écologique) :

Installer une minuterie pour son wifi
Investissement en temps : 5 minutes
Coût : environ 18 balles
Impact sur l’environnement : plutôt modeste, on va pas se mentir
Courez chez votre quincailler (ou pire, commandez-le en ligne) pour acquérir un programmateur horaire pour prise électrique; branchez-le sur l’alimentation de votre télé/wifi/time capsule, etc. (tout ce qui peut être éteint pendant que vous dormez). Programmez-le pour qu’il coupe le courant entre minuit et 7 heures du matin et VOILÀ !, vous venez de faire une économie d’électricité de 30% sur cette consommation-ci.
BONUS : moins d’ondes dans votre cerveau, vos ovaires et vos testicules.

Investir dans un rasoir old-school et du savon à raser
Investissement en temps : 5 minutes
Coût : environ 20 balles
Impact sur l’environnement : on va pas se leurrer, c’est encore assez négligeable
Mais cette action va vous permettre de boycotter Gillette, d’avoir du matériel de hipster et de diminuer vos déchets en rasoirs jetables, bombes de mousses à raser et triple-lames. En plus, vous gagnerez en efficacité, messieurs.
BONUS : vous vous rasez au blaireau. Au blaireau !

Ecrire une lettre à sa régie pour effectuer une rénovation thermique de son bâtiment
Investissement en temps : 5 minutes
Coût : un timbre à 1.-
Impact sur l’environnement : très important sur le long terme
Je vous ai concocté un modèle ici. À ré-envoyer chaque mois. L’obstination finit toujours par payer.

Mutualiser ses outils, ses robots ménagers, ses trucs et ses machins
Investissement en temps : 15 minutes
Coût : 7.-
Impact sur l’environnement : variable
C’est l’idée de Pumpipumpe : sur votre boîte aux lettres, vous collez des stickers qui désignent ce que vous être d’accord de prêter à vos voisins. C’est un petit laboratoire de mutualisation des ressources. On commence par se prêter un barbecue, on enchaîne par s’échanger des jeux de société, on finira par mettre en commun nos bagnoles : on libère de l’espace personnel, on mutualise nos ressources et on retrouve la qualité des biens communs.
BONUS : vous allez redécouvrir votre quartier et les belles personnes qui y habitent !

Placer ses économies dans une banque alternative
Investissement en temps : 1 heure
Coût : variable (en fonction de votre banque actuelle)
Impact sur l’environnement : ENORME (surtout si vous étiez chez Crédit Suisse et UBS)
Je suis à la Banque Alternative Suisse depuis 7 ans; ils ont tout l’e-banking dont vous pouvez rêver, la carte Maestro et la carte VISA s’il vous la faut. Les options sont simples, le site est très clair et vous serez sûr d’avoir face à vous une banque transparente (ils publient la liste de tous les crédits octroyés).
BONUS : j’avais une limite de 1’000.- sur ma carte qui m’a grandement incité à réduire ma consommation.

S’inscrire pour des paniers de légumes hebodmadaires
Investissement en temps : 30 minutes (retour sur investissement énorme)
Coût : compter peut-être 20.- de plus par mois au budget-légume
Impact sur l’environnement : ENORME
Impact sur la paysannerie et encouragement aux initiatives de transition : ENORME
Mon amoureuse nous a inscrit au Clos du Moulin depuis le début de l’année et je n’ai que des louanges : ça m’incite à cuisiner des nouveaux légumes, c’est forcément local et bio, je coupe les intermédiaires (et les navets). Il y a probablement une ferme qui s’occupe de ça près de chez toi.
BONUS : tu peux généralement te faire livrer sur le pas de porte.

Boycotter les grandes surfaces et les multinationales
Investissement en temps : dépend de la concentration géographique de vos petits commerces
Coût : très variable – certains biens sont un peu plus chers, d’autres meilleurs marchés (moins d’intermédiaires); dans tous les cas, vous contribuerez à un tissu économique plus résilient
Impact sur l’environnement : ENORME
Quand vous connaissez les scandales autour de Nestlé, les conditions de travail chez Aldi/Lidl et les marges brutes de Coop et Migros, vous comprenez vite que tout le monde bénéficiera d’un commerce équitable à petite échelle. Alors achetez vos légumes chez le marchands de légumes, vos jouets chez le marchand de jouets et vos livres en librairie.
BONUS : les professionnels vous conseillent bien mieux que des caissières sous-payées (ou des robots-scanners)

Tendre au zéro-déchet
Idem que le précédent : ce que vous perdrez à fréquenter les magasins en vrac, vous l’économiserez en taxe au sac.
BONUS : vous allez apprendre à faire de la lessive bio et du déo artisanal.

Adopter un régime locavore et flexitarien
Investissement en temps : zéro
Coût : le plus souvent, c’est moins cher
Impact sur l’environnement : GIGANTESQUE
Vous allez décourager la production de viande de mauvaise qualité, améliorer les conditions économiques des agriculteurs, diminuer votre consommation cachée en eau, en céréales et réduire votre impact climatique globale. Et s’il vous plaît, évitez de compenser votre apport en protéines par du soja brésilien ou des fèves d’Italie : votre corps va trouver tout ce dont il a besoin chez votre boucher-paysan, votre maraîcher du samedi matin et votre petite épicerie du coin de la rue.
BONUS : vous allez découvrir les asperges au serac (avec un filet d’huile de noix de derrière les fagots)

Boycotter l’avion
Investissement en temps : pour Bâle-Tokyo, on est d’accord qu’en train c’est plus long. Mais pour Genève-Paris, la SNCF est votre amie
Coût : yep, le ticket de train est scandaleusement plus cher
Impact sur l’environnement : HOMÉRIQUE
Voilà combien pollue un avion.
Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, demandez-vous pourquoi vous tenez tant à voyager. L’industrie du tourisme vous fait miroiter une « rencontre avec une autre culture ». Dans la réalité, le plus souvent, vous aurez un guide anglophone, des musées aseptisés qui vous présentent une histoire sélective, des restaurants franchisés, des sites dénaturés et des villes occidentalisées.
Le tourisme vous propose des « expériences immanquables » en jouant sur votre peur de rater quelque chose. Mais cette peur est insatiable : toute votre vie, vous allez manquer des évènements, rater des occasions, vous absenter du moment où tout le monde s’amusait. La réelle expérience à laquelle vous pourriez vous préparer, c’est passer du temps avec les gens que vous aimez, faire des choses qui vous plaisent, explorer votre potentiel artistique, et la plupart de ces choses ne gâchent pas un gramme de planète.

BONUS GLOBAL : c’est un cycle vertueux. En plus d’ensabler le capitalisme, ces gestes nous conduisent vers un nouveau système plus économe, plus sain et plus conscient de ses limites. Le système touche à sa fin, nous allons précipiter sa chute pour être les pionniers de l’après-capitalisme. La fin n’est pas fin.

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Combien pollue un voyage en avion ? Quel est notre budget-carbone annuel ? (et quel est l’âge du capitaine)

Mais tu comprends, j’ai besoin de ces vacances en Grèce ! J’ai envie de découvrir une autre culture, une autre cuisine, et puis ces plages au soleil alors que tout le monde déprime ici en novembre…
Tu préfères que je parte en burn-out ou en vacances au chaud ?

Cette semaine, EasyJet propose des vols Genève-Athènes à 36 euros. C’est plutôt alléchant, et tu te dis que tu compenseras en faisant du zéro-déchet pendant un mois et que tu mangeras moins de viande (mais pas en Grèce; après les vacances; la charcuterie grecque est tellement délicieuse).

Seulement voilà, si tu réfléchis un peu plus loin que le bout de ton nez (grec), tu mets en perspective le bilan carbone qu’engendre ton voyage. Les médias te bassinent à longueur d’année avec des chiffres dans tous les sens, et tu veux savoir si tu peux devenir un bon citoyen écologique qui sauvera la planète avec des douches courtes.

Un premier voyage vers les mathématiques s’offre à toi

Le problème de départ, c’est d’arriver à un chiffre relativement unifié de coût-carbone pour un millier de kilomètre en avion. Si tu veux une idée de la complexité à élaborer un bilan carbone, lis cet article très complet de Jean-Marc Jancovici (20 minutes de lecture). Pour faire court, disons que le bilan de consommation doit prendre en compte énormément de facteurs (l’alimentation électrique de l’aéroport, le nombre de personnes dans l’avion, la localisation, l’altitude, l’âge du capitaine). Heureusement, d’autres sources sur internet ont pensé à toi et on déjà compilé des chiffres.
Seulement voilà, ces chiffes varient du simple au… quadruple (le résultat est ramené en kilos de CO2 par millier de kilomètre par passager) :

SourceDonnée spécifiéeRésultat
MyClimateGenève-Athènes A/R201
Climat MundiGenève-Athènes A/R212
RSE1t pour un Paris-New York A/R225
Consommer responsable360g par km en avion360
Carbon FootprintGenève-Athènes A/R139
Eco Volontaire International255 kg pour un Paris-Berlin A/R145
Energie-environnement.ch90g par km pour un court courrier90

Si je pondère un peu les résultats peu crédibles (en supprimant par exemple les deux estimations les plus extrêmes et en faisant une moyenne), j’arrive à un chiffre qui peut te servir désormais à clouer le bec du prochain grand flandrin qui aura le culot de te poser la question de combien ça pollue, un avion :

Un vol en avion pollue environ 180 kilos de CO2 par millier de kilomètres (par passager).

Mais notre cerveau n’est pas bien outillé pour appréhender les abstractions chères à Leonhard Euler, Evariste Galois et Henri Poincaré. Il lui faut des histoires et des images, des dessins et des comparaisons, des métaphores et des chansons. Nous aimons les aspects concrets de la vie. Il faut donc passer par des exemples de vols typiques.  Ton pote qui part se marier à Athènes, ta grand-maman qui profite d’un séjour à New York, ton chat qui se barre à Tokyo :

Genève – Athènes (aller-retour) : 547 kilos
Genève – New York (aller-retour) : 2230 kilos
Genève – Tokyo (aller-retour) : 3529 kilos

Mais tout ça ne t’apprend encore rien, parce que tu ne sais pas à combien de kilos tu as droit (c’est comme si je te vante les bas prix du fromage grec : ça te fait une belle jambe de savoir que la feta n’est pas chère à Thessalonique; avant de connaître le salaire moyen, tu ne peux pas en déduire que la vie y est bon marché).

Notre deuxième voyage passe donc par la physique : en tant que citoyen de la planète Terre, si j’aspire à un équilibre entre tous les habitants, à quelle part de pollution ai-je droit ?

Là aussi, même fonctionnement. Je pondère quelques sources qui donnent un « budget carbone par habitant (par année) » :

SourceDonnée spécifiée
Novethic.fr3,7 tonnes par habitant
MLNE1,3 tonnes par habitant
RSE1,22 tonne par habitant
Le Monde0,8 tonne par habitant
OFEV / Le Nouvelliste0,6 tonne par habitant

Plus dur à pondérer, mais disons, grosso merdo, que le budget moyen que je pourrai tatouer sur mon épaule droite pour ébahir le même flandrin que tout à l’heure, c’est que :

Chaque année, tu as le droit de polluer un total de 1,5 tonne de CO2 pour que ce soit supportable pour la planète.

C’est pas bien lourd, surtout si tu as volé jusqu’en Chine il y a trois ans… Et c’est un budget all-inclusive, mon pote, ça comprend l’alimentation, les transports, la consommation de technologies, de vêtements, d’électricité, d’eau et la litière du chat. TOUT DOIT TENIR DANS MILLE CINQ CENT PUTAIN DE KILOS.

Ce qui nous amène à notre troisième voyage : le voyage amusant de l’éthique et de la responsabilité.

À partir de là, on peut se dire que vu que les Congolais sont largement en-dessous du seuil, tout va bien se passer. On peut se dire que les Pakistanais, les Maliens et Mauritaniens vont compenser mes petits excès EasyJet.

Mais est-ce que c’est équitable ?
Est-ce que c’est « bien » ?
Est-ce que c’est « juste »?

On serait au XIIe siècle, il y aurait encore une religion solide pour te dire ce qui est « juste » et ce qui l’est moins. Les curés feraient des sermons sur le flight-shaming, les cantates loueraient la sobriété heureuse et les icônes vanteraient le zéro déchet. Il y aurait un DIEU, une autorité pour te dire que tes comportements délétères pour la planète sont mauvais, immoraux et répréhensibles. On te vendrait même des indulgences en guise de compensations-carbones, mais c’est une autre histoire.

Mais, depuis, Dieu est mort.

Et la civilisation thermo-industrielle t’a enseigné que tout est permis : la science peut réparer des organes, faire des diamants artificiels, recharger des batteries de téléphones à distance et élaborer un ordinateur qui bat notre champion aux échecs. Notre civilisation consumériste nous a scandé des « Just Do It« , des « Be Yourself » et des « Follow Your Own Path » pour bien nous faire comprendre que l’individualisme était la seule Vraie Voie Vers Le Bonheur.

Consomme ! Tant que c’est légal, tu n’as rien à craindre, et en plus ça fera fonctionner l’économie, ça créera des emplois et ça remplira ton quotidien de choses. Et quand bien même tu verras que tout cela mène à notre perte, tu te diras que « si c’est permis, c’est que ça ne peut pas être aussi mauvais que ça en a l’air », que la science trouvera bien une solution au changement climatique et que « l’être humain s’est toujours adapté ».

Mais dès maintenant, tu sais.

Tu sais qu’avec un simple vol à New York, tu as englouti ton budget-carbone annuel, et bien empiété sur celui d’un autre terrien. Un peu comme si tu te resservais du buffet avant que tout le monde n’ait eu sa part. Un peu comme si tu laissais crever de faim un Malien, juste parce qu’on t’a conditionné à « Just Do It ».

Ouh là là, mais c’est culpabilisant ton message, là ! Tu voudrais quand même pas que je culpabilise, non ?

J’aimerais que tu culpabilises. J’aimerais que tout le monde culpabilise, parce qu’au-delà de la culpabilité, il y a l’action. Au-delà de la culpabilité, il y a l’espoir qu’on va comprendre que notre système est complètement fucké par des incitations contradictoires, que notre rythme de vie est insupportable pour notre environnement, et que nous nous sommes enfoncés dans un cockpit d’avion suicidaire, aveuglés par un déni complet de la réalité qui nous entoure.

Nous devons maintenant retrouver la place de notre responsabilité, reprendre les commandes de l’avion.

Nous devons rompre avec nos caprices d’adolescents, cesser nos touristiques enfantillages, et redevenir des pilotes adultes et responsables.

C’est ça, l’âge du capitaine.

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Le Forum des Indécents

Attention spoiler : c’est Cersei qui gagne à la fin.

Dès que j’avais entendu parler du thème du Forum des 100 de cette année (« Transition Ecologique : le temps de l’action), je m’étais dit que je pouvais probablement aller occuper des chaises vides et filer une paire de claques par là-bas pour tenter de déstabiliser le pouvoir et faire entendre la voix de la décroissance. C’étais sans compter un coup de téléphone d’Alain Jeannet, il y a trois semaines :

– Allô, c’est Alain Jeannet, directeur du Forum des 100. On aimerait vous inviter à venir faire un « Pitch » de 3 minutes sur votre spectacle « L’Emeute ».
– Allô ? Merci ! Je comptais de toute façon venir, invité ou pas, mais si vous en plus vous me donnez un micro, c’est super.
– Ce sera pendant l’apéritif, après les conférences plénières du matin; tous les gens mangeront et vous tourneront le dos, vous aurez droit à deux slides mal éclairés et 180 secondes chrono. (il n’a pas été aussi franc)
– Ah bon ? J’aurai préféré faire une intervention devant les 1000 décideurs.
– Mais je vous assure, pour vous, il y aura plein de gens ! Et puis, vous allez pouvoir réseauter comme jamais.
– Comme Jeannet ?
– Allô ?
– Pardon. Mauvaise blague.

Je me pointe donc hier matin au Donjon Rouge (le Swiss Tech Convention Center) dans mon déguisement de Lannister (PLR et Lannister, ça rime super); accueil dès 8h00, café-croissant, beaucoup d’hommes blancs de plus de 40 ans et hétéros, très peu de manteaux-d’or (j’aurai pu carrément entrer sans badge, avis aux amateurs pour l’année prochaine).

Je m’installe dans la grande salle high-tech-sur-vérins-hydrauliques, au deuxième rang dans les « orateurs », avant de réaliser que je me trouve juste derrière Sauron le Président du Conseil d’administration de Nestlé et la cheffe de la durabilité de Procter & Gamble. Zut, j’aurai dû prendre du verredragon de quoi les entarter.

Ça commence.

Version originale mauvaise foi, sous-titrée en franglais branchouille

Ça commence avec une introduction par les gens obligatoires – 4 minutes de parole par politesse institutionnelle. Vu que ce sont des impondérables, profitons de caser quelques femmes (à peine un tiers des orateurs) : une rectrice de l’UNIL complètement hors-sujet (Olenna Tyrell), un président de l’EPFL vaaachement à la pointe (Mace Tyrell), une collégienne valaisanne (Margaery Tyrell) et une étudiante (Arya Stark) qui tendait des tracts d’extrême-gauche et des banderoles anti-patriarcales à l’entrée. « On a invité des manifestants sur scène, c’est la surprise de la journée » fanfaronne Alain Jeannet. Ouh là, de l’impro dans leur planning. C’est vous dire si la révolution est en marche.

La collégienne valaisanne est partie « rencontrer Greta Thunberg pour qu’elle appuie notre mouvement. On a fait 52 heures de train jusqu’en Suède, c’était vraiment une expérience éprouvante et nous en avons déduit que le train n’était pas une solution, qu’on avait besoin de l’avion pour découvrir le monde et ses habitants. ». Yes. Quand tu réalises que la jeunesse a autant de talent rhétorique que d’ambitions révolutionnaires, ça sent le feu grégeois. Si tous les contradicteurs du système sont du même tonneau, je sens que je vais vomir. 

Ensuite, un améwicain (les Cités Libres) nous explique à gwands renfowts de slides que la Califownie fait beaucoup pouw la planète, avec des usines photovoltaïques dans le désewt. Mais ouais mec, c’est clair, t’as trop raison : on va mettre PLUS d’usines Tesla pour faire PLUS de machins, et on va PLUS ignorer le problème des métaux rares, le CO2 dégagés par la fabrication des panneaux et on va se dire que c’est ok. Back in the fourties, the US-of-A saved the world. Play it again, uncle Sam.

Après il y avait Jacques Boschung des CFF (Littlefinger). J’ai dû dormir parce que je n’ai rien retenu. À part quant il s’est vanté auprès du californien dans un mauvais anglais « Here at ze CFF, we areuh bold : almost ouane hundred percent of ze electricity is green. » Le concours de quéquettes pouvait commencer (dans une économie compétitive, les gens sont prompts à la comparaison génitale).

La recette pour m’aigrir

Le plat de résistance, c’était Virginie Hélias (Tywin, Procter & Gamble) et Paul Bulcke (Cersei, le président de Nestlé). Celui-ci a déballé de jolies salades « Nestlé fait déjà beaucoup de choses » (je vous assure que c’est pas plus précis ; il a juste dit « des choses »), mais si on veut « nutrir (sic) la planète, il faut travailler de manière multistakeholder ». Comprenez : avec tous les partenaires, des producteurs jusqu’aux… actionnaires. Même refrain du côté de Procter & Gamble, avec l’éco-conception de la lessive Ariel. Moins trente pour cent ! Mais puisqu’on vous dit qu’on lave plus vert, bandes d’écolos-fachistes !

Un peu plus tard, Bulcke-Cersei se pose en victime face aux mouvements de contestation : « Il y a beaucoup d’émotion, mais on ne fait pas avancer les choses en tapant du poing sur la table ».
Par contre, en privatisant l’eau de source et en rasant la forêt amazonienne, les choses bougent à une de ces vitesses.
Il prononce au moins quinze fois le mot « conscientisation », comme autant de refrains de berceuse pour anesthésier toute velléité de contestation.

Dans le rôle de Kevan Lannister, Gilbert Ghostine (Firmenich, des parfums de synthèses) explique que son entreprise « tellement familiale » est plus-que-centenaire, ce qui prouve sa durabilité (ha ha, confondre durabilité et monopole oligarchique, c’est super).

Heureusement, il y a eu quelques héros : Danaerys (Sofia de Meyer, des jus Opaline) veut libérer les chaînes de l’économie pour des entreprises « pacifiques », Jon Snow (Julien Perrot de la Salamandre, pas vraiment invité mais le plus touchant et le plus émouvant dans son plaidoyer désespéré pour « moins de peinture verte ») et Marco Simeoni (Race for Water) joue les Ser Davos « en colère » cherchant un financement pour empêcher qu’une marée de Marcheurs Blancs de plastique – continue à progresser dans les océans.

Une goutte d’eau.

Autant pisser dans un violon

Car Bertrand Piccard (Euron Greyjoy, en « aventurier » à la solde des fabricants de polymerdes) vole au secours du Donjon Rouge : « Je pense qu’on peut réconcilier économie et écologie, je crois à des programmes, des innovations, des technologies ». Le degré zéro de la réflexion écologique : le jour où Bertrand Piccard comprendra l’effet rebond, la science fera un pas de Tormund.

Je passe comme chat sur braise sur Urs Schaeppi (Qyburn) qui défend la 5G de Swisscom, de Jean-Pascal Baechler (la Banque de Fer Cantonale Vaudoise), dont on se demande bien ce que sa présentation du PIB romand vient foutre ici; j’ai somnolé pendant les interventions d’André Hoffmann, de Philipp Hildebrand, d’Insignifio Cassis (la Compagnie Dorée). Et Sophie Swaton (Lyanna Mormont) échouait à présenter concrètement le Revenu de Transition Ecologique, face à Jacqueline De Quattro (une fille Frey, probablement) qui pleurniche de toute l’opposition qu’elle subit face aux lois pro-écologie. Bouh, la pauvre. Mais quel métier difficile, diriger. Tu veux un mouchoir ?

À l’entracte, il y avait des enturbannés de la Fête des Vignerons qui ont chanté « Les trois soleils » (probablement une ode au photovoltaïque). J’aurais préféré un couplet sur le glyphosate, mais on ne peut pas tout avoir. On a eu droit aussi à un petit film sur une cleantech, Aqua-4D, qui fait de l’aéroponie (c’est du newspeak pour « culture hors-sol vaporisée avec de l’eau enrichie par de la marde »). Sur fond de piano solo, un entrepreneur valaisan nous explique que dans des grandes serres, avec plein de produits chimiques, on arrive à faire le travail de la nature à la place de la nature qu’on a détruit.
C’est super.
On appelle ça la « smart agriculture ».
Je me réjouis d’expliquer à mon père qu’il a fait toute sa vie de la dumb agriculture. Travailler de manière naturelle, c’est tellement une dirtytech, mec.

Même Nathanël Rochat (Ser Dontos), pourtant très juste et caustique dans son enfilade de vannes personnelles, ne peut que conclure très pauvrement, si pauvrement : « oui… c’est avec des bonnes volontés… qu’on va pouvoir faire quelque chose… ». Le bouffon a pu cracher son fiel, c’est tout bon, on a fait notre autocritique de décideurs. 

À la fin, c’est les méchants qui gagnent

Je reviens quand même sur le speech sidérant de Philipp Hildebrand, vice-président de BlackRock, qui explique la finance va tous nous sauver, en tant que game-changer (attention, c’est de la macroéconomie, il faut parler le haut-valyrien) : « Notre rythme de vie est par définition à court terme. Il s’agit de rassurer les actionnaires face à des investissements dans des entreprises durables, leur expliquer que la profitabilité sur le long-terme va se confirmer. » (Quand vous dites long terme, c’est de l’ordre de 2 ou 5 ans ?)
« Comment est-ce qu’on peut avoir un portefeuille d’actions qui est bon le climat ? » (Peut-être un portefeuille en cuir local ?)
« S’il y a une entreprise qui pollue beaucoup et qu’elle a une stratégie agressive pour aborder la transition et réduire son empreinte, alors on peut investir là-dedans. » (Ça a l’air sacrément prudent leur stratégie.)
« C’est une discussion compliqué à avoir avec ses actionnaires : il faut leur expliquer que si j’ai une politique à court terme, ça endommage la profitabilité à long terme. » (Oui oui, les gens se sont beaucoup répétés pendant ce forum; scandez un mensonge, il finit par devenir vérité.)
« Comme nous sommes très petits, nous ne pouvons pas résoudre des problèmes globaux ». (No comment.)

Et quand un journaliste critique Cersei-Peter Bulcke (Nestculé), celui-ci joue les victimes : « On dit que les grands arbres prennent plus de vent. C’est normal qu’il y ait des critiques, mais les gens ont souvent une vision étroite de notre réalité, ils ne voient que 5°, alors que nous on voit à 360°. Et au passage, monsieur Ghostine disait qu’il dirige une entreprise plus que centenaire; nous, nous avons fêté nos 153 ans (concours de quéquettes again). Alors ce n’est pas avec ces visions d’effondrement et de d’urgence catastrophiste que nous allons faire avancer les choses. Les gens ne peuvent pas avancer dans la peur. Nous leur devons une illusion (sic) que le monde ira mieux. »

Merci, Peter.

Merci de m’avoir encore renforcé dans mes convictions.

Ecoeuré, j’ai eu juste assez de forces pour me rendre à mon « Pitch n°7 » pour « Sauver le monde en 180 secondes ». J’avais préparé un texte que je n’ai pas lu; à la place, j’ai juste expliqué que le capitalisme c’est de la marde, que les jeunes de la rue allaient prendre le pouvoir, et que la poésie vaincra.

L’hiver vient, et la planète se meurt.

Et comme Nestlé, elle n’en a rien à foutre.

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Ma candidature

C’est officiel, voici ma candidature au Conseil d’Etat.
Vous pouvez voter pour moi sur le bulletin vierge. Si j’obtiens plus de 500 voix éparses, je me présente au deuxième tour et je ferai campagne sur les plateaux-télé.
J’ai un seul programme (et après, je démissionne sans solde, promis juré) : déclarer l’urgence climatique au niveau vaudois. Là-dessus, je vous promets une couverture médiatique immense (« Un canton insignifiant prend une mesure révolutionnaire ! »), des effets à long terme (« En 2019, alors que tout paraissait trop tard, une population qui avait des couilles a pris ses responsabilités et a inspiré d’autres collectivités ») et plein de changements dans votre vie, car je suis POUR :

  • La diminution des libertés individuelles (mais l’élévation du bien-être collectif) :
    Vous ne pourrez plus prendre l’avion, mais vous ferez des soirées-jeux avec vos voisins. Vous ne mangerez de la viande plus qu’une fois par semaine et serez contraints aux légumes de saison, mais vous serez en meilleure santé et vous ferez un gros doigts aux pharmas. Vous n’aurez plus le droit de faire vos courses dans des grandes surfaces, mais vous taperez la discute avec les détaillants de vos petits commerces favoris.
  • La réduction de votre « train de vie » (mais l’augmentation de votre capacité à l’apprécier) :
    Deux heures d’internet par jour; vous redécouvrirez les plaisirs de la lecture, de la discute et des câlins sous la couette. Vous dépolluerez votre imaginaire des réseaux sociopathes, de l’actualité sans limite et de la consommation sans horaire.
    Une voiture pour quatre foyers; vous découvrirez qu’en fait ça suffit amplement et ça vous économisera des blindes par mois.
    Limitation des salaires à 5’000.- par mois, mais instauration du RBI (revenu brut inconditionnel), du RTE (revenu de transition écologique) et valorisation des tâches jusqu’ici bénévoles (femmes aux foyers, artistes).
    Le boycott général des denrées fabriquées au-delà de l’Europe, mais une revalorisation des compétences indigènes.
  • Taxe carbone sur tous les produits non-artisanaux (mais gratuité des transports publics)
    Les multi-banques, les méga-cimenteries, les thermo-industries, les pharmaco-usines, les alambico-fumisteries vont carrément raquer, mais ce sera le règne des bicyclettes, des vélo-pousse-pousse et des chants d’oiseaux.
  • Zéro déchet, zéro plastique, zéro obsolescence programmée. On répare et on ré-utilise. On arrête le monstre du progrès et on le dompte une bonne fois pour toutes.
  • La réorientation de l’éducation. Vos gosses vont :
    – Devoir décrypter le dernier rapport du GIEC pour vous mettre la misère au repas de midi (ah oui, j’ai oublié de dire que l’horaire continu pour favoriser le travail des parents, c’est de la marde). Votre gosse vous criera « Tu savais mais tu n’as rien fait » alors que vous avalez des rutabagas produits localement.
    – Apprendre à cultiver les fruits offerts généreusement par la nature plutôt que manipuler une tablette tactile offerte généreusement par Apple.
    – Apprendre la coopération, la gouvernance horizontale et la progression par valeurs plutôt que la compétition, la hiérarchie et la pédagogie par objectifs.
  • Moratoire sur le bétonnage, mise en permaculture de tous les espaces verts urbains
    Confiscation des résidences secondaires, mise en logements subventionnés
    Taxation des transactions financières, pénalisation de l’évasion fiscale, taxe sur les grosse fortunes, les grosses bagnoles et les grosses piscines.

Finies les vacances au Chili, les bananes au déjeuner, les balades en voitures.
Halte au shopping, à la haute couture et au gavage des oies.
Ouste aux 4×4, aux beaufs en héliski, aux courses en jet-ski et en séjours au Kempinksi.

J’ai le programme le plus impopulaire de toute l’histoire suisse. Parce que le réchauffement climatique ne s’embarrasse pas de jolies promesses : il demande qu’on entre en guerre contre lui.

Du sang, des larmes et de la sueur : Winston Churchill avait promis la même chose pour lutter contre le nazisme. Cette fois, l’adversaire est plus fort que nous. Alors plutôt que de vous promettre des gentilles choses pour les PME et pour les working poors et pour la culture et bla et bla, je m’attaque aux véritables priorités.

Je vous promets l’effondrement du système thermo-industriel et le surgissement d’une économie mutualiste, collaborative et durable.

Je vous promets des crises, de la souffrance, de la culpabilité et de la douleur.

Je vous promets le changement.

(et tout ceux qui vous promettent du changement sans les crises qui vont avec sont des fieffés coquins)

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Le prochain pont à traverser (2)

Lundi 12 novembre, 8h34.

Je suis bien assez à l’avance au Swiss Tech Convention Center pour les premières Assises Vaudoises pour le Climat. Escalators rutilants, petit dossier A4 remis à l’entrée, étiquette à mon nom et code Wi-Fi « pour poser des questions pendant la table ronde, monsieur. Vous vous connectez sur la plateforme et vous entrez votre question en relation avec une conférence ». Trop trendy, le débat démocratique. Tu n’as même plus besoin de transpirer ta question au bout du micro d’une voix tremblante. Tout se fait par la magie de l’Internet. C’est ça, la délibération rhétorique de 2018.

J’ai sorti mon plus beau costume-cravate. Je boycotte le café-crème et le croissant (probablement de l’artisanat local). J’ai des cernes et la bouche pâteuse. Mais j’aiguise déjà mon sens critique.

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Et ça commence ! François Egger à l’animation, ça fait un peu Couleurs Locales, il donne immédiatement le ton face à l’urgence climatique : « Le problème n’est pas « Qui » ou « Pourquoi », mais bien « Comment ». »

Ça commence très mal.

Jacqueline De Quattro se fait toute petite en introduction, reconnaissant qu’elle a dû braver quelques réticences à potentiellement se ridiculiser à organiser ces Assises. Elle a préparé un powerpoint très zoli avec des zolies images de nature dévastée, de ponts brisés par des glissements de terrains, de fiers bûcherons dans des grandes forêts, de cyclones, de catastrophe, de sécheresse (mais OUF, il y a toujours une plantule verte dans le cadrage, un espoir inattendu, on s’accroche !). « L’heure est à l’action », qu’elle déclare. « Faire plus, faire mieux, faire ensemble », des zoulis slogans en guise de pep-talk, j’attends presque la chorégraphie et les pom-pom girls pour que l’assemblée lui lance des hourras en choeur. Elle glisse quand même que ça risque d’être compliqué de 1) prendre des engagements pour le climat et en même temps 2) organiser les Jeux Olympiques de la jeunesse, mais comme on le verra, on n’est pas à une contradiction près. Elle mentionne aussi le fait que 3) ça sera coton de maintenir notre économie touristique. J’ai déjà envie de vomir.

La première conférence invitée, c’est Géraldine Pflieger. Elle nous parle du rapport du GIEC d’octobre, la sonnette d’alarme, les signaux aux rouges, la communauté internationale alarmiste; mais pas de panique, elle compare la croissance du PIB avec la croissance des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et là, miracle : on obtient une courbe toute plate, c’est magique, don’t panic. Je pose immédiatement la question (via wi-fi) de savoir si elle sait que la croissance chinoise est de 6-7%. Il me faudra un peu de patience pour la réponse. Patience, patience, il faudra attendre la table ronde.

Wait for the cream

Ensuite, c’est Marc Chardonnens. Alors attention, lui c’est pas n’importe qui, hein : c’est le directeur de l’Office fédéral de l’Environnement. Alors lui c’est ze spécialiste, il nous dit que l’accord de Paris prévoit 100 milliards d’aide à la transition, c’est dire si les moyens sont concrets (100 milliards à qui ? Où ? De la part de qui ? Pour construire quoi ? Est-ce que c’est une bourse renouvelable ? Combien de temps ? Et ta soeur ? Est-ce que tu viens pour les vacances ?).

Je m’étrangle un peu quand messire Chardonnens nous explique que la différence entre un scénario à +1,5° et +2° est « assez conséquent : dans le premier scénario, vous avez une diminution de 70% du récif corallien; dans le deuxième cas, vous n’en avez plus du tout. J’ai compris cette différence avec le rapport du GIEC. ». Wow, le mec est hyper à la pointe en terme d’information, genre. Je suis juste rassuré qu’il dirige pas l’armée en temps de guerre. Il poursuit sur un exposé longuet et très politiquement correct sur le GIEC et les COP, avec le PIB et les GES, et ça a l’air trop COOL, t’inquiète, l’international prend les choses en main, couz, je tutoie Nicolas Hulot, tout est sous contrôle.

Ensuite il y a Océane Dayer, de Swiss Youth for Climate, qui annonce être un peu moins académique mais nous balance quand même son lot de statistiques déprimantes en travers de la face, salut la jeunesse, bonjour la tristesse. Pour les solutions, il faut « faire des choix de consommation » et « voter pour les bonnes personnes, d’autant qu’avec le vote par correspondance, on peut voter depuis son canapé ». La révolution canapé, ça va s’appeler ? Si la Jeunesse pour le Climat devait faire mai 68 aujourd’hui, je pense que ça serait en pantoufles et avec un mug Che Guevara.

Ensuite il y a une pause de 5 minutes (qui en durera 13 – comment voulez-vous stopper le réchauffement en 30 ans si on dépasse même le temps des pauses-cafés ?). Je prends l’air et musarde près des stands de dépliants des sponsors : « L’énergie, c’est de l’argent » titre un flyer de Suisse énergie. On est sauvés.

Le quatrième intervenant, c’est Christian Arnsperger, dans la famille « le savant de l’Université Académique avec des diplômes ». Il parle un peu à son prompteur, il a le souffle court, il se prend les pieds dans des slides des années 90 qu’on dirait dessinés par mon neveu de 4 ans (sérieux, investissez trois minutes dans le graphisme de vos présentations, monsieur). Le mec s’emmêle dans des concepts très abstraits (un carré, un triangle, un trapèze pour « modéliser les scénarii de façon géométrique ») et finit par lâcher le terme de capitalisme vert, qui sera, oui, bon, un moyen de transition vers une « économie sociale et solidaire » et peut-être des « expérimentations plus radicales » (il cite les « écovillages »). Je m’esclaffe. En guise de conclusion, l’universitaire propose une solution (mais alors ré-vo-lu-tion-naire, la solution) : si quelqu’un lui propose de créer un « Pôle » de recherche pluridisciplinaire sur les modèles résilient (par exemple à l’UNIL), alors il embarquera « dès maintenant ». J’ai rarement vu une demande d’emploi moins subtile (et un engagement plus timoré).

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Mais là.

Heureusement.

Il y a Jean-Marc Jancovici.

Il envoie une présentation ripolinée sur l’énergie et sa disponibilité, l’épuisement des ressources, l’ineptie de compter en termes de PIB, les fausses solutions technologiques, sociétales et politiques. Il conclut même avec une magistrale équation qui brise le tabou de la démographie, à prendre obligatoirement en compte si on veut sérieusement s’attaquer au problème climatique. Peu de solutions toute faites, mais l’exposé a le grand mérite d’être extrêmement bien rythmé, instructif, documenté, pour déboucher sur une conclusion sans appel et claire comme du jus de chique : on est bin dans la marde.

À ce stade-là, j’ai failli me dire que tout était déjà en marche, pas besoin de faire un coup de gueule ou un coup d’éclat, je suis venu pour rien, Jacqueline De Quattro va bondir sur scène, se révéler lionne, arracher les affiches et proclamer la fin du capitalisme.

Et puis il y a eu la « table ronde ».

Vite, vite, un petit débat avec les questions recueillies sur internet.

Mais vite, parce qu’on a débordé avec les conférences.

Alors parlez vite, réfléchissez vite, soyez vite convaincants.

On aligne 5 chaises, quatre des intervenants viennent s’asseoir et le journaliste relaie toutes les certaines questions aux orateurs·trices.

Et là, déception.

Alors qu’on vient d’avoir une présentation limpide du système de marde dans lequel on nage, les questions s’étiolent sur des détails, les réponses se fanent sur des abstractions. Alors quitte à être venu déguisé en jeune PLR, je me dis que je vais me taper l’incruste. Note pour plus tard aux organisateurs de tables rondes : ne laissez jamais une chaise inoccupée quand il y a un improvisateur dans la salle.

Je m’approche de la tribune.

On me regarde.

Je m’assieds tranquillos dans la cinquième chaise.

On me regarde un peu interloqué. Le journaliste ne sait pas quoi faire.

Jancovici dit « Ah, on dirait qu’il y a un happening ».

Le journaliste se tourne vers moi en me demandant ce que je fous ici.

Je réponds à l’assemblée que je représente la Nature et que jusqu’ici, on ne m’a pas beaucoup donné la parole.

Rires gênés.

Instants suspendus.

Malaise à la vaudoise.

Le journaliste continue tant bien que mal à poser ses questions. C’est compliqué, parce que je commence à sourire aux autres intervenants, au public, au premier rang. Certains sont émoustillés. Il se passe quelque chose.

Il y a aussi un monsieur au premier rang qui me fait les gros yeux. Je suppose que c’est le bras droit de Jacqueline. Il me dessine des mots avec la bouche, mais je ne lis pas sur les lèvres, alors je lui fais signe que je ne comprends pas. Il a l’air très énervé et très attaché à la propriété individuelle.

Le journaliste commence à prendre congé et donne la parole à tous les intervenants pour le mot de la fin.

Il termine avec moi. Il n’est pas sûr de vouloir me donner la parole. Je lui montre que ça va être court et efficace. Il me tend le micro.

« Je voulais juste prononcer les mots d’anticapitalisme et de décroissance, qui n’ont pas été évoqués jusqu’ici. Comme ça, ça donne à ces concepts la possibilité d’exister. »

Je fais un grand sourire gêné.

Gros malaise dans l’assemblée.

Le journaliste nous invite à regagner nos places en coulisses, et je me barre par la porte du fond. À l’extérieur de la salle, il y a une femme très sérieuse et très maquillée qui me demande qui je suis et pourquoi j’ai fait ça :

– Je voulais poser des questions.
– Mais vous devez vous rendre compte qu’on n’avait pas le temps de donner la parole à tout le monde.
– Mais j’avais posé quatre questions sur le wi-fi et le journaliste n’en a relayé aucune.
– Oui mais c’est les règles d’une table ronde.
– Est-ce que c’est une table ronde si on ne peut pas poser de questions ? Pourquoi inviter d’autres gens, alors ?
– Je vous répète qu’on ne pouvait pas intervenir comme vous l’avez fait.
– Vous avez raison.
– Ce n’est pas respectueux de notre travail d’organisation.
– Absolument.
– En fait, vous vous en fichez un peu, n’est-ce pas ?
– Pas du tout. Je voulais juste m’exprimer et j’ai utilisé le moyen qui était à ma disposition.
(Il faut imaginer que pendant tout cet échange, je me dirigeais très lentement vers le vestiaire pour récupérer ma veste et partir – toujours très lentement – par l’escalator; je devais filer à un rendez-vous)

Aux Assises vaudoises du Climat, j’ai beaucoup appris

  1. Les dirigeant·e·s sont tout à fait conscient·e·s du problème climatique.
  2. Les solutions évoquées sont a) abstraites, b) lointaines, ou c) entraînent des impacts infimes (et parfois les trois à la fois)
  3. La culture du déni provoque des rires nerveux, mais ensuite tout le monde retourne à l’apéro et hop c’est oublié.
  4. On peut très bien prendre la parole dans les grandes réunions. Il suffit d’être bien habillé et d’y aller sans violence.
  5. Même chose pour la fuite. Personne ne m’a retenu par le bras. Il suffit de marcher vers la sortie.
  6. La remise en question du capitalisme est un tabou complet.
  7. L’action citoyenne doit être poétique, directe et inattendue.

Vos élus savent. Ils ont les chiffres. Ils ont les données et les solutions à portée de main. Tout est en place pour changer de système : ils connaissent la gravité de la crise écologique, ils savent que les demi-mesures qu’ils entrevoient sont vouées à l’échec, et ils sentent bien que la seule alternative est une sortie du capitalisme pour un régime de décroissance.

Voilà ce que je propose à toutes les âmes de bonne volonté : noyautez les assemblées générales, chahutez les conseils généraux, questionnez les séances d’information, incrustez-vous dans les débats contradictoires. Prenez l’espace et attendez qu’on vous donne la parole. Répétez-leur que le monde va mal, que les citoyens en ont marre et que la fête est finie.

Dans le même temps, boycottez les voyages en avion, les courses au supermarché, les jeux olympiques de la jeunesse, les grandes banques et les multinationales démesurées. Et alors, plus personne n’aura d’argument pour vous faire désespérer.

La semaine prochaine, nous verrons comment dynamiter une banque.

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