Enseignement, Improvisation et créativité

Contre les taxidermistes: banalité et originalité

La plupart des gens pensent qu’ils n’ont aucune imagination. « Je suis incapable d’inventer une histoire! », dit l’un. « Je ne suis pas très créatif », dit l’autre. « Ah, pour faire de l’impro, il faut avoir le don: toi, tu as de la répartie, mais moi je ne pourrais pas inventer autant de choses à la fois. »

Si c’était le cas, mon gars, tes rêves seraient mortellement ennuyeux. Or, je suis prêt à parier que tes scénarios nocturnes sont plus originaux que la collection Kubrick, plus créatifs que les films de Gus Van Sant et plus drôles que les derniers Walt Disney (bon, c’est pas vraiment dur non plus, pour ce dernier exemple fort mal choisi).

En fait, j’ai le culot de prétendre que nous avons tous les mêmes potentialités en matière d’imagination. Oui, mesdames et messieurs. Nous sommes tous des créateurs en puissance. Mais les artistes, les créatifs et les improvisateurs ont développé (parfois instinctivement) certaines méthodes pour « apprivoiser » leurs idées, accéder à leur inspiration et créer une matière originale.

Chat couchant

Une matière originale? Pas tant que ça. C’est même le concept d’originalité qui bloque souvent toute création: vos profs vous interdisaient de « copier sur votre voisin » et vous apprenait l’existence d’un abîme infranchissable entre votre prose et celle de Maupassant. Or Maupassant a copié son « voisin » Flaubert. Et Flaubert s’est inspiré de Balzac, qui lui-même puisait chez Molière, lequel « prenait son bien » dans les comiques latins, lesquels pompaient sans doute copieusement dans les mythes étrusques racontés par des villageois qui n’avaient pas inventé la poudre.

Le mot « inventer » signifie même « reconnaître ce qui est déjà là », plutôt que « créer quelque chose de nouveau »: INVENIRE, en latin, c’est justement « venir à, rencontrer, tomber sur » quelque chose que les autres ont déjà découvert une fois. Mesdames et messieurs, il n’y a donc aucune honte à copier votre voisin: les voies de la création personnelle passent par une nécessaire confrontation aux découvertes et aux influences des autres.

L’effet pervers de notre éducation, c’est de nous avoir fait croire à un idéal de l’originalité lié à la complexité de sa mise au point. Si je compose une symphonie qui n’utilise que des grille-pains et des fers à friser pour instruments, on va crier au génie: je deviendrai le créateur d’une oeuvre « très originale, carrément novatrice ». Tout ça ne va pas vraiment faire avancer le schmilblick, à partir du moment où une telle oeuvre ne plaira qu’aux snobinards parisiens et à l’intelligentsia yverdonnoise.

De fait, on constate le même phénomène dans les suggestions données par le public dans un spectacle d’impro. Le public criera plus volontiers des mots comme « hypocondriaque, ornithorynque, taxidermiste », plutôt que des suggestions plus banales comme « malade, poisson, pompier » (mais qui nous inspireraient davantage, puisqu’elle s’inscrivent dans un contexte beaucoup plus riche en références). Ces spectateurs espiègles croient rendre le job des improvisateurs plus difficile, mais ils le rendent surtout… inintéressant.

D’ailleurs, depuis le début de la saison d’improvisation, j’ai déjà joué deux fois le rôle d’un taxidermiste. À force, je vais me retrouver avec la SPA sur le dos.

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Actualité

Desperate Marcel

On a beau dire que Marcel Proust fait des longues phrases. Oui, c’est vrai, sa « Recherche du Temps Perdu » tient à peine dans 4 ouvrages de la Pléiade. Bon. OK. Je vais pas toujours le défendre, ce pauvre moustachu asthmatique.

Mais en furetant chez mon cousin, je suis tombé sur le coffret DVD de « Saint Seiya » / « Les chevaliers du zodiaque ». Eh ben tout bien compté, c’est 114 épisodes de 20 minutes chacun. Soit 2280 minutes au total. Ça fait 38 heures pleines, tout ça. Et quand j’ai compris que les 46 épisodes des deux premières saisons de « Desperate Housewives » cumulaient plus de 32 heures de délices scénaristiques, je me suis dit que les gens avaient beaucoup de temps à consacrer à leurs séries préférées.

Alors le prochain qui me dit qu’il a « pas le temps » de lire Marcel Proust, je lui mets mon pied au cul.

Tibert en train de prendre du temps pour lui

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Actualité, Choses politiques

Cinq choses que je ne sais pas sur moi

Il y a quelques semaines, c’était la mode de faire une chaîne de blogs qui révélait les « cinq choses que vous, lecteurs, ne savez pas sur moi ».

Rassurez-vous, je ne vais pas tomber dans ce travers impudique. En plus d’être inintéressante, ma liste personnelle aurait louvoyé entre fantasmes débridés et confessions inavouables (dont une qui concerne mon chat, je vous laisse à vos spéculations).

Tibert cherche à fuir (la mort? le bruit? l’ennui?)

Par contre, je cherchais à détourner le principe du tag: j’aurai pu vous dire « cinq choses que je ne sais pas sur vous », mais la liste aurait à peine tenu dans trois tomes de La Pléiade. Dans un deuxième temps, je pensais vous révéler « cinq choses que je ne sais pas sur la physique moléculaire », mais, piqué par l’orgueil, je préfère jouer au mec qui fait semblant de savoir. Et puis, j’ai trouvé: je vais vous avouer « cinq choses que JE ne sais pas sur MOI ».

1) je ne sais pas si j’existe
Descartes et son « je pense donc je suis » ne me convainc qu’à moitié: car si je ne pense pas (et ça m’arrive une bonne partie de la journée), alors je n’existe pas non plus. Nul, comme preuve.

2) je ne sais pas quand je vais mourir
La plupart des gens ne savent pas la date de leur mort. C’est bien embêtant pour faire des projets (quand aller au ski? faut-il se marier? quand prendre sa retraite?). En général, plutôt que de se foutre éperduement de la question de « la mort », nous tenons à nous en épouvanter. C’est plutôt incompatible avec le bonheur.

3) je ne sais pas si je suis bon
J’écris, je compose, j’improvise, j’aime, je caresse, je chante, je joue du cornet à piston, et pourtant: au niveau qualitatif, je ne sais pas ce que je vaux. Les gens me disent si c’est bien ou pas, mais je ne suis pas sûr de vouloir les croire.

4) je ne sais pas si je sais aimer
Ça, c’est vraiment compliqué. C’est très difficile de savoir si l’amour qu’on donne est vraiment désintéressé, complet, cohérent, intègre, divin.

Bon, en même temps, je me donne un maximum, alors ça doit faire l’affaire.

5) je ne sais pas comment finir ce billet

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Enseignement, Improvisation et créativité

L’art de la glande

Aujourd’hui, j’ai abattu un boulot monstre.

Bon, par contre, j’ai glandé la moitié de la semaine. Je n’avais pas « d’acouet », comme on dit par chez moi; aucune motivation; je procrastinais gaiement, en voyant la fin de mes vacances arriver avec insouciance. J’avais fait plein de projets avant Noël, mais j’ai préféré regarder quelques beaux films et achever quelques bons livres.

Avant, dans des situations pareilles, je culpabilisais à mort. Et puis, un beau soir de désespoir, je suis tombé sur un paragraphe salvateur tracé par la plume de Brenda Ueland, dans son remarquable « If you want to write » (Graywolf Press, 1938). C’est page 37, et ça vous donne un élan prodigieux pour le restant de la semaine:

« […] what you write today is the result of some span of idling yesterday, some fairly long period of protection from talking and busyness. » (je souligne)

(et je traduis du mieux que je peux:) « ce que vous écrivez aujourd’hui est le résultat de la glande d’hier, un moment où vous vous êtes provisoirement arrêté de parler et de vous agiter. »

Tibert se prépare à produire un chef-d’oeuvre, demain

Mon prof de trompette me disait toujours, au début d’exercices particulièrement astreignants et « nouveaux » pour moi: « Ce que tu vas faire, c’est pratiquer ces exercices pendant cinq minutes, mais vraiment calmement, et vraiment correctement, sans forcer, sans te crisper. Ensuite, tu vas te reposer pendant dix minutes. Vraiment. Prends un café, lis une bédé, va te promener un moment. Après ces dix minutes, reviens sur le même exercice. Tu sentiras que tu auras progressé. Parce que tes lèvres auront continué à « travailler » pendant que tu faisais autre chose. »

C’est drôle, parce que mon vénéré prof de trompette avait déjà compris tout seul ce que les psychologues de l’apprentissage ont mis des années à démontrer: le rôle positif que jouent le repos, le rêve et le jeu sur l’acquisition de nouvelles connaissances. Autrement dit, la glande nous aide à mieux travailler!

Quand le Narrateur de À la Recherche du Temps Perdu veut s’engager dans son premier « travail » littéraire, il est terrassé par la procrastrination. Je me risque à citer un trop maigre extrait de ses tentatives de justifications (dont la totalité s’étale tout de même sur une bonne page et demi), que tous les cancres respectables se devraient de copier-coller sur leurs justificatifs de devoirs non faits (I, p.569):

« Si j’avais été moins décidé à me mettre définitvement au travail j’aurais peut-être fait un effort pour commencer tout de suite. Mais puisque ma résolution était formelle, et qu’avant vingt-quatre heures, dans les cadres vides de la journée du lendemain où tout se plaçait si bien parce que je n’y étais pas encore, mes bonnes dispositions se réaliseraient aisément, il valait mieux ne pas choisir un soir où j’étais mal disposé pour un début auquel les jours suivants, hélas! ne devaient pas se montrer plus propices. Mais j’étais raisonnable. De la part de ce qui avait attendu des années il eût été puéril de ne pas supporter un retard de trois jours. » (je souligne)

Nous sommes donc tous faibles et lâches devant le travail; et c’est tant mieux pour nos neurones et synapses. Glandouillons aujourd’hui, pour mieux trouver l’illumination demain!

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Enseignement

L’art de rester à sa place

L’avantage à travailler dans l’enseignement, c’est que vous devenez très vite le centre des conversations. L’inconvénient, c’est que tout le monde à des conseils à vous donner.

C’est bien normal: tout le monde est allé à l’école. Tout le monde a le souvenir du tableau noir, des cartes de géographie en couleurs et des petits billets pliés qui circulait au fond de la classe jusqu’à votre blonde dulcinée. Tout le monde a le souvenir de ses professeurs, de ceux qu’on aimait, de ceux avec lesquels on pouvait tricher, et de ceux dont on s’est inspiré pour devenir des adultes convenables.

Le problème, c’est que ce bagage de souvenirs plus ou moins positifs de l’école nous donne l’impression de nous y connaître en éducation. C’est comme si vous prétendiez connaître le job d’un ouvrier par votre seule présence dans l’usine. C’est comme si vous vous imaginiez savoir conduire un bus en étant simple passager. Alors c’est bien simple, les anciens élèves (c’est à dire les adultes) tendent à croire qu’ils feraient de bons profs. Ils vous assoment de leurs théories sur l’éducation.

Est-ce qu’il vous viendrait à l’idée de faire des remarques à votre plombier sur la manière d’installer une batterie de douche? « Oh, vous savez, j’ai lu sur internet que c’était bien mieux de mettre des tuyaux de 3 pouces et demi; et puis là, un coude en inox irait beaucoup mieux. »

Ou à votre médecin de famille: « Mon cher docteur Peinfeld, je me souviens bien de mes visites chez le docteur quand j’étais tout gamin: je préfère que vous utilisiez du bon Merfen(c) pour soigner mon Kévin; et puis vous me prescrirez un analgésique puissant pour la petite. »

J’imagine le mec répondre à son psychanalyste: « même si je peux comprendre que vous analysiez mes rêves de cette manière, je pense que vous devriez plus fouiller du côté de ma mère. J’ai lu dans Psychologie(s) que c’était souvent du côté de la mère qu’était le problème. Et puis Freud disait… »

La vérité, c’est que le métier d’enseignant, comme tous les autres, est un métier qui s’apprend. Et que malgré tous les conseils qu’on pourrait lui donner, on apprend pas à un singe à faire la grimace.

Tibert bâille

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Actualité

Saddam vs. Sardanapale

En 1827, Eugène Delacroix termine un grand tableau: quatre mètres sur cinq, le bougre. Il a choisi le sujet de « La Mort de Sardanapale« , probablement inspiré par un poème de Byron, qui présente le suicide du roi babylonien Sardanapale en compagnie de toute sa suite. D’après la légende, le souverain est épuisé par le siège de sa ville; pour ne rien laisser à ces chiens d’envahisseurs, il allume un gigantesque incendie dans la cité, réunit ses esclaves, ses favorites, puis déclenche un sanglant suicide collectif dans son palais.
Delacroix jette un drame sur la toile. Me voilà ému.

“La Mort de Sardanapale”, d’Eugène Delacroix, 1827, huile sur toile, Louvre.

Il y a moins d’une semaine, on pendait un dictateur. Incrédule, les internautes assistent à l’exécution d’un despote qui a laissé son pays à feu et à sang. Nous décryptons de misérables images prise sur un natel insignifiant, par une micro-caméra méprisable. Vidéo-vérité ou canular hollywoodien?

Plutôt qu’un beau tableau, on nous montre une bande d’encagoulés dans une cave, qui parlent une langue incompréhensible (où sont passés les sous-titrages?). L’éclairage est mal agencé, l’image tremble; le jeu des acteurs reste minimaliste, sans profondeur. Seul le rôle principal se dégage un peu du lot, un vieux moustachu qui réprime à peine son émotion. Encore que, pour un comédien rompu à l’art du mensonge, on pourrait attendre une performance plus flamboyante: que fait le metteur en scène? Donnez-nous du drame, donnez-nous du pathos, donnez-nous Shakespeare, Brecht et les autres, donnez-nous Eugène Delacroix!

Bref, tous les pixels du monde n’arriveront jamais à la cheville d’un peintre romantique.

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Choses politiques

Cinq minutes de bonheur

J’ai passé le Réveillon avec des amis, une petite fête intime entre quatorze-z-yeux. Notre hôte avait mis une musique de fond pour nous mettre à l’aise. J’étais affalé sur le canapé en écoutant la playlist très hétéroclite qui tapissait la discussion.

À un moment donné, les hauts-parleurs ont diffusé timidement « Wind of Change » des Scorpions, et Marcel Proust s’est imposé à moi: j’étais ramené 10 ans en arrière dans le souvenir de mes premières boums.

Tibert, un exemple de bonheur

J’étais propulsé dans ma chemise-à-carreaux-super-à-la-mode, gominé comme le bras droit de Michael Corleone et sexy comme un bûcheron scandinave. J’étais au milieu de la piste de danse, dans les bras d’une Valentine, d’une Séverine ou d’une Anne-Gilberte. J’étais grisé par les harmonies des Scorpions qui me montaient le long des jambes.

« I follow the Moskva / Down to Gorky Park / Listening to the wind of change »

Je sentais le vent s’engouffrer dans l’espace qui me séparait de ma cavalière du moment. Nous dansions sur du béton brut, dans l’inévitable garage qui accueillait les surprises-parties adolescentes. Le propriétaire du lieu avait sans doute passé l’après-midi à ranger ses outils. On voyait encore quelques traces d’huile sur le sol. On avait maladroitement dissimulé l’armoire métallique avec un drap blanc.

« The world is closing in / Did you ever think / That we could be so close, like brothers »

Trois médiocres haut-parleurs éructaient les mêmes musiques que la semaine d’avant, le même quart d’heure américain, la même demi-heure de slow. On ne savait pas danser autre chose que le slow, alors on ne mettait que ça à entendre. Les couples s’enlaçaient, se délaçaient, se prélassaient, puis finissaient par se lasser. Tania sortait avec Mathieu. Jérôme avait quitté Mélanie. Laure pleurait dans un coin.

Pas grave. La musique continuait de nous faire danser.

« Take me to the magic of the moment / On a glory night / Where the children of tomorrow dream away / in the wind of change »

L’avantage de « Wind of Change », c’était que ce genre de morceau vous donnait l’occasion d’avoir d’ambitieux projets. Les Scorpions en avaient pour cinq bonnes minutes à égréner leur langoureuse mélodie, ce qui vous offrait l’opportunité de nouer avec votre partenaire une relation aux proportions démesurées: à l’âge où les couples qui duraient plus d’un week-end étaient considérées comme des vieux ringards, cinq bonnes minutes équivalaient à une demande en mariage.

J’attendais invariablement cette chanson pour inviter la plus belle fille de la soirée. Déjà doté d’une précieuse oreille musicale, j’étais le premier à repérer les accords magiques, ce qui me procurait une longueur d’avances sur mes concurrents pour aller solliciter la chère élue. Je savourais son « oui, volontiers », et je l’entraînais sur la piste de danse avec le sourire de celui qui sait qu’il a gagné cinq minutes de bonheur assuré.

La symphonie commençait. Les premiers accords « softs » nous glissaient dans une délicieuse intimité. Je plongeais mes yeux dans ses yeux, je pressais mon corps contre son corps. Après le premier refrain, je sentais généralement poindre cette embarrassante tension qui vous oblige à respecter une pudique distance au niveau de la ceinture. Je craignais qu’elle ne perçoive mon émotion. Je priais pour qu’elle attibue la déformation de mon pantalon à une contrainte extérieure (clé, lipsick, ouvre-boîte). Je contenais violemment mon émoi.

« Take me to the magic of the moment / On a glory night / Where the children of tomorrow share their dreams / With you and me »

Cinq minutes de bonheur contenu.

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Improvisation et créativité

Contraintes et créativité

Réunions de famille. Repas gargantuesques. Discussions à bâtons rompus.

Cette année, j’ai remarqué que la majeure partie des débats concernaient le repas lui-même. C’est bête, mais lorsqu’on mange, on tend à parler de nourriture. Une façon comme une autre de s’ouvrir l’appétit. Hier, on a parlé de la cuisine végétarienne de ma soeur et des allergies alimentaires de mon petit cousin. Le constat était que ce genre de choix (végétarien) ou de handicap (allergie) vous pousse à devenir créatif en cuisine.

Réflexion universelle: les contraintes vous poussent à la créativité. Les obstacles vous obligent à vous surpasser. Les difficultés réveillent le génie qui est en vous.

Le cuisinier en plein coup de feu qui se trouve en rupture de stock, le pianiste qui découvre en plein concert que son do# ne répond plus, le comédien qui doit improviser sur un thème donné en alexandrins: tous sont stimulés artistiquement par les contraintes de l’environnement. L’idée est joliment formulée par Stephen Nachmanovitch dans son magistral essai « Free play, Improvisation in Life and Art » (New York, Penguin, 1990, pp. 80-81):

Necessity forces us to improvise with the material at hand, calling up resourcefulness and inventiveness that might not be possible to someone who can purchase ready-made solutions.
Artists often, if not always, find themselves working with tricky tools and intractable materials, with their inherent quirks, resistances, inertias, irritations. Sometimes we damn the limits, but without them art is not possible. They provide us with something to work with and against.

« Un manque nous force à improviser avec le matériel à disposition, suscitant chez nous des ressources et des trésors d’inventivité qui ne seraient peut-être pas apparus à quelqu’un qui aurait pu s’offrir des solutions toutes faites.
Les artistes se retrouvent souvent – voire même toujours – à travailler avec des mauvais outils et un matériau difficile qui possède ses propres soubresauts, ses résistances, son inertie particulière ou ses phénomènes de rejet. Nous blâmons souvent ces limites, mais l’art ne serait pas possible sans elles. Elles nous fournissent quelque chose avec et contre quoi travailler. » (ma traduction)

Ce constat me rapproche terriblement de l’optique « zen »: en sachant que les obstacles vont me permettre de me surpasser, j’appréhende les problèmes de la vie comme des défis constructifs, stimulant mon développement personnel. Quand je me casse une jambe, c’est pour mieux muscler mes bras; quand je me prends un râteau sentimental, c’est pour mieux réfléchir à la notion d’amour; quand je perds un proche, c’est pour mieux comprendre mes émotions.

Bon, en même temps, je me suis jamais cassé une jambe, alors c’est facile à dire.

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Actualité, Choses politiques

Sous le signe du Lion

Meilleurs voeux pour l’année 2007!

Mes médias préférés en re-profitent pour faire leurs prévisions astrologiques pour les douze prochains mois. Je suis Lion. Deuxième décan. Petit florilège de ce qui m’attend:

D’après le Matin, je devrai être « prudent, attentif aux signes que les cieux mettront sur mon chemin de vie ». D’après le Femina, l’année 2007 sera « une année de réalisations, propice à la prise de risques, Vénus étant en accord avec Pluton ». Le 24 Heures sur-enchérit, en me désignant comme « un signe fort, qui prendra l’ascendant sur les choses, à condition que je ne sur-estime pas de mes forces ». J’adore l’horoscope. S’il ne pleut pas, alors c’est qu’il fera beau. Si clair et si limpide. Mais tout ça ne me dit pas si je dois investir dans les nanotechnologies ou manger plus de légumes. Oui, bon, admettons, je DOIS manger plus de légumes.

Tibert dévorant sa proie

L’horoscope a quelque chose d’abominable. Il nous colle arbitrairement un signe à la peau. Va encore pour ceux qui se retrouvent avec quelque chose de noble, genre « sagittaire » ou « taureau ». Mais les « poissons » devront souffrir les blagues les plus visqueuses, les « scorpions » seront montrés du doigt comme des parasites puants et les cancers seront inconsciemment assimilés à la maladie du même nom. Immédiatement après vous avoir innocemment demandé votre date de naissance, les gens vous balancent au milieu de la conversation: « Ah? Vous êtes bélier? Je m’en doutais bien! On voit que vous avez l’habitude d’enfoncer des portes ouvertes ». Super, pour se débarasser des étiquettes.

Je hais les horoscopes.

En fait, pour l’année 2007, je vais me fier à mon instinct de lion: faire de longues promenades dans la nature, me laisser pousser une souple crinière et bouffer tout cru les proies imprudentes qui viendront boire dans mon eau.

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