Actualité

Bassesse nautique

Les dirigeants de ma ville ont un problème: ils veulent creuser un bassin nautique dans des terres cultivables plutôt que d’utiliser le lac qui est là pour ça. Alors le projet passe en votation populaire, pour savoir si les 20’000 habitants de la ville veulent que la Commune verse 800’000 francs à des promoteurs capitalistes aux dents longues économiques.

Le promoteur, cet inconnu

Je me suis assez vivement opposé au projet, quitte à me fâcher avec plusieurs amis qui pensent que c’est bon pour le développement de la Ville, que ça peut dynamiser la région et que c’est super bien de dire oui à des projets orientés vers la jeunesse (si on me demande mes arguments, je trouve que c’est un projet anti-écologique qui ne concerne qu’une poignée d’individuels, pour un sport individualiste; que ma ville a d’autres priorités pour le moment, comme un centre d’accueil pour les jeunes ou un skate-park).

Du coup, j’ai carrément été engagé par le comité-qui-dit-non, pour faire une animation théâtrale de choc sur la place centrale avec le colonel Grégoire. L’idée était de tourner en ridicule le projet de base, en vendant une autre idée farfelue: celle de construire une patinoire dédiée au curling sur ladite place. Le concept, c’est qu’on vend notre truc en costard-cravate, de manière crédible, mais en allant toujours plus loin dans la démesure argumentative. N’importe quel citoyen lambda doit obligatoirement voir qu’on pue grave le canular à 20 mètres. Sauf que samedi passé, il y a une bonne moitié de citoyens lambda qui sont tombés dans le panneau (et on a même piégé un conseiller communal, c’est dire si on est efficace – ou alors c’est lui qui est vraiment stupide – rhôôo noooon, on veut son nom, on veut son nom).

Ce genre d’expérience « en contact » avec le peuple, ça aide toujours à voir quels arguments ont fait mouche dans la population: les vieux, par exemples, ils votent à l’émotion; ils se basent sur des arguments totalement subjectifs, tirés d’une représentation – souvent erronée – du projet. On a eu droit à des petites grands-mamans qui pensaient que l’eau allait vite devenir très sale (et donc qui voteraient contre; parce que l’eau sale, il faut être contre). On a eu droit à des petits grands-papas qui aimeraient que leurs petits-fils fassent plus de sports (et donc qui voteraient pour, parce que c’est trop bien, les petits-enfants qui font du sport). Les trentenaires, eux, votent par rapport à l’histoire politique de la ville: puisque les citoyens d’hier ont refusé, il y a quelques années, une attraction tout aussi novatrice qui aurait pu faire musée et curiosité (en deux mots: un nuage artificiel), les citoyens d’aujourd’hui se sentent obligés d’accepter une autre couleuvre, aussi hénaurme soit-elle.

Le débat d’idées a quelque chose de paradoxal: après deux heures à discuter avec des citoyens, on a envie de renoncer à toute idée de démocratie.

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Choses politiques

Les cartouches d’exercices

À l’école de recrues, le lieutenant nous a dit un jour qu’on allait tirer « en situation ». Ça veut dire qu’on n’est pas dans un stand de tir, mais plutôt en pleine nature, avec casque, équipement complet et des types qui sécurisent la zone pour pas que les touristes en balade se fassent descendre. C’est du genre sérieux, si vous voyez ce que je veux dire.

On est là à tirer pendant une heure ou deux, chacun son tour, en ayant plus ou moins les boules, vu que les fusils tirent des vraies balles et qu’un accident est vite arrivé. Au bout du compte, le lieutenant nous fait mettre en rang pour conclure l’exercice, et alors a lieu le rituel des cartouches d’exercices. En clair, il nous fait vider notre chargeur contre une cible aléatoire, pour utiliser jusqu‘à la dernière cartouche prévue dans le quota.

– « Lieutenant, pourquoi on peut pas simplement rendre les balles encore neuves? »
– « Parce que sinon, la prochaine fois, le service de l’inventaire va me baisser mon quota, et j’aurai peut-être pas assez de munitions. » À chaque exercice, le cirque recommence, et on lâche à chaque fois notre bon kilo de plomb dans les fougères.

L'armée la plus utile du monde

On peut constater le même phénomène dans les grandes boîtes, lorsque les chefs de services dépassent volontairement leur budget « pour éviter que la hiérarchie ne nous le baisse l’année prochaine ». Ou dans les entreprises où l’employé est payé sur la base d’un horaire fixe pour une tâche qui peut varier; si l’employé finit avant l’heure prévue, il doit « glander discrètement » pour « faire ses heures ».

Le syndrome des balles d’exercices apparaît chaque fois qu’un bien est en surplus, mais que cette abondance est gênante pour l’organisation du travail. On préfère gaspiller librement plutôt que de repenser la structure complète.

Ce serait comme de dire que les ressources de la planète seront automatiquement reconduites annuellement, et qu’on peut s’en éviter l’économie.

Quelle idée bizarre, vraiment.

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Écriture

Amères loques

J’ai eu 20 ans en deux mille un
On se réjouissait, non?
On allait pouvoir profiter du progrès
De toutes ces technologies
Abolir le travail, la guerre et l’ennui
Refaire le monde à notre image
Passer le cap
Enterrer la hache
Vivre en paix

Le 21ème siècle serait spirituel, on disait
Ah ça oui, au début, c’était plutôt comique
Le fameux bug informatique
Un effet larsen médiatique
Où tout le monde crie « au loup! » pour de faux
Pour jouer à se faire peur
Mais la peur, c’est comme la guerre
Au bout d’un moment on se prend au jeu
On perd les règles, on jette le plateau
Les pions tombent et les dès roulent
Les obus pleuvent sur Kaboul

Alors ce siècle devint peur,
Colère, effroi, haine et erreurs.

Exit le bug informatique:
Entrent le barbus fanatiques.

Retour à la case départ, on prend deux tours
Qu’on fait péter à coup de 7-4-7
Coup-double, on rejoue en Irak
Le père, le fils, la sainte folie
On change les règles, tous en prison
Guantanamo pour pas un rond
Les nations abattent leurs cartes
C’est qui contre qui?
C’est VOUS contre NOUS!
La France aux Français, l’Irak aux Amerloques,
N’avez-vous pas encore assez peur, bande de loques?

Anthrax par la poste,
Métro à l’explosif,
Monuments sous contrôle,
On vous scanne bec et ongles,
On crève l’abcès, on vide votre sac,
N’avez-vous pas assez peur, bande de loques?

On sème la panique dans l’assiette,
On noie les scandales dans l’éprouvette,
Sales cochons, on vous balance la grippe,
Mort aux vaches, tremblez moutons!
Nous pourrirons la nature
Jusqu’à ce que la moindre créature
Puisse vous refiler une saloperie
N’avez-vous pas assez peur, bande de loques?

La bise est interdite, ça propage la grippe,
La baise est interdite, ça propage le sida,
Le plaisir est proscrit, tout est cancérigène,
Le gras, la viande, le bonheur et l’oxygène,

FERMEZ votre GUEULE et ne respirez PLUS!

N’AVEZ-VOUS PAS ASSEZ PEUR, BANDE DE LOQUES?

Oh le beau coucher de soleil

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Actualité

La part des choses

Donc je résume pour ceux du fond: en juillet 2008, Hannibal Kadhafi (le fils de l’autre) est arrêté par la police de Genève, celui-ci étant accusé de mauvais traitement sur ses domestiques; peu après, les relations diplomatiques Libye-Suisse s’enveniment, au point de réduire les échanges économiques de 70%. Une année après, (mi-août 09), le président de la Confédération Merz s’excuse auprès du dictateur Mouammar Kadhafi pour que le commerce reprenne pour que 2 ressortissants suisses retenus arbitrairement en otage puissent rentrer en avion. L’opinion publique s’émeut de ces excuses, crie qu’on-ne-baisse-pas-son-froc-devant-un-dictateur et que Merz est une poule mouillée qui devrait démissionner.

Hans-Rudolf, je suis de tout cœur avec toi.

La colombe de la paix à du plomb dans l'aile

Tout d’abord, le peuple a souvent des vues à court terme (ça, c’est un euphémisme), et si on veut embrasser toute la complexité du problème de la Confédération, il faut savoir que la Libye est un important fournisseur de pétrole pour notre chère Helvétie, et qu’on l’aurait eu dans l’os, avec le prix du baril qui flambe (ça, c’est une métaphore). Du coup, les gens qui ne prennent pas en compte ce majestueux porte-à-faux croient que la Suisse peut jouer les premières de classe en diplomatie et pourrait librement envoyer paître un ex-officier à lunettes. Le problème, c’est que c’est un-peu-de-pétrole contre des-excuses-à-genoux, mes chers confédérés.

Hans-Rudolf, tu aurais donc dû proposer ça au peuple suisse: okay, on va jusqu’au bout de notre éthique, on fait un beau doigt d’honneur à Mouammar, mais alors on renonce au pétrole pendant un mois. Ben oui, facile: trente jours durant, on ne touche pas la pompe et on va à pied au boulot. Voilà qui serait un modèle de citoyenneté, de montrer au monde qu’on s’en branle d’un pseudo-embargo sur l’essence: ton or noir corrompu ne me salira pas les mains, sale dictature fasciste.

Tant qu’on accordera plus d’importance à notre auto qu’à notre éthique, les lunettes noires continueront de nous entuber (alors ça, c’est une métonymie et une métaphore en même temps).

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Choses politiques, Enseignement

7 conseils pour réussir ses études

Après avoir réussi successivement le Gymnase (lycée), l’Université et la Haute École Pédagogique (IUFM) du premier coup, en menant également une carrière d’improvisateur, de musicien amateur et d’amant (!), je me permets de partager quelques conseils. À prendre où à laisser; faites-en votre miel, ça n’engage à rien.

  • Soyez présent

Venez au cours. Venez aux séances de séminaires. Venez aux trucs qui sont pas vraiment obligatoire, mais qui pourraient être intéressants. Le but, c’est de faire partie des murs. Les rares fois où vous serez cloués au lit, on remarquera (et déplorera) votre absence. Et quand je dis « soyez présent », suivez le cours, ne suivez pas la conversation du dernier rang.

  • Faites le boulot

Le moindre exercice à rendre, donnez-le dans les délais. La moindre dissertation à écrire est sur la table de l’assistant au jour dit. Le courriel que vous devez écrire au professeur pour lui annoncer votre programme d’examen, vous le taperez à la minute où vous aurez fini de lire ce billet.

  • Faites-vous apprécier des profs

J’ai été prof, je sais de quoi je parle: l’enseignant est de toute manière favorable à l’élève qu’il aime bien. Évaluations, délais, entretiens… Tout joue en la faveur du chouchou. Pas besoin de vous transformer en lèche-cul pour autant: faites juste le mec qui écoute; regardez votre prof quand il parle; regardez-le avec le regard intelligent de l’élève qui comprend.

  • Limitez le temps avec vos collègues étudiants (surtout les imbéciles)

Seigneur, on serait surpris du temps que les gens passent délibérément avec des collègues qu’ils n’aiment pas. Fuyez les gens qui ne vous apportent rien. Ayez toujours un livre urgent à lire à la biblio. Arrêtez le café. Refusez les apéros. Tout ça ne va pas vous « donner du courage » ou vous « détendre ». Ce qui vous détend, c’est d’arriver le soir à la maison en ayant bien bossé.

  • Communiquez honnêtement (avec les profs, avec vos amis, avec vous-même)

Vous avez besoin d’un délai supplémentaire pour rendre votre travail écrit; envoyez un courriel au professeur pour lui demander ce qui est possible. Vous avez merdé votre présentation orale; dites à votre co-séminariste pourquoi. Prenez la responsabilité. Montré que vous comprenez ce qui s’est passé et que vous reconnaissez vos erreurs. Soyez dur avec vous-même. Puis pardonnez-vous.

  • Rendez-vous indispensable

Vous êtes doué en informatique, et vous en faites profiter toute la classe. Vous prenez des bonnes notes, et vous les photocopiez à ceux qui vous le demandent. Vous connaissez le mystérieux numéro de la salle où a lieu le prochain cours et vous le communiquez aux autres. De cette manière, vous partez en positif avec les autres. Quand vous serez dans la merde, vous aurez des gens sur qui compter. Après quelques années, ça s’appelle de l’amitié.

  • Ayez les yeux plus gros que le ventre. Mais finissez quand même l’assiette

Prenez beaucoup trop d’engagements (surtout quand vous devez finir votre travail de certificat); c’est lorsque vous êtes sous pression que vous êtes efficace (dans les limites du raisonnable). Demandez à ce qu’on vous impose des délais. Mettez-vous en retard exprès, une fois pour rire. Lisez un bouquin de gestion du temps, aussi.

Je ne garantis pas que vous réussirez. Mais par contre, vous vous rendrez compte que les « bons élèves », les « premiers de classe », les « intellos » appliquent tout naturellement ces principes depuis leur plus tendre enfance.

Et ça marche.

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Actualité

Canon à neige

Cette année, il n’y a pas de neige.

Les médias interrogent les spécialistes. Les spécialistes expliquent que la hausse des températures est probablement liée au réchauffement climatique. Alors les médias accusent les responsables du réchauffement climatique. Mais ceux-ci sont en vacances. Ils se sont envolés pour les Émirats Arabes, où ils skient en profitant des pistes couvertes.

Hiver 2005…

Alors les médias questionnent les politiques. Mais qu’allez-vous faire, ils disent. Et les politiques pensent qu’il faut réagir. Nous allons prendre les mesures qui s’imposent, ils disent. Alors les médias donnent surtout la parole aux partis écologistes et ceux-ci se frottent les mains (pourtant, il ne fait pas froid puisqu’il n’y a pas de neige on a dit bon sang).

Alors les médias disent, les gens vont changer de comportement pour diminuer la tendance du réchauffement climatique. Dix conseils pour économiser le chauffage en page trois, ils disent. Mais sur la page quatre, on peut acheter un Hummer qui consomme quinze litres aux deux kilomètres, non j’exagère. Mais en fait j’exagère pas vraiment: les gens ne changent pas si facilement de comportement, rapport aux atrocités de 39-45 qui auraient dû changer notre comportement par rapport à la guerre, ha ha ha quelle sacrée pirouette argumentative.

Alors les médias disent aux directeurs des pistes de ski, mais comment allez-vous faire, bon dieu. Mais les directeurs des pistes de ski ont une solution toute prête, ils pompent de l’eau dans les lacs de montagne et la pulvérisent avec des canons à neige.

Une sacrée bonne idée pour résoudre les problèmes, les canons.

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Saddam vs. Sardanapale

En 1827, Eugène Delacroix termine un grand tableau: quatre mètres sur cinq, le bougre. Il a choisi le sujet de « La Mort de Sardanapale« , probablement inspiré par un poème de Byron, qui présente le suicide du roi babylonien Sardanapale en compagnie de toute sa suite. D’après la légende, le souverain est épuisé par le siège de sa ville; pour ne rien laisser à ces chiens d’envahisseurs, il allume un gigantesque incendie dans la cité, réunit ses esclaves, ses favorites, puis déclenche un sanglant suicide collectif dans son palais.
Delacroix jette un drame sur la toile. Me voilà ému.

“La Mort de Sardanapale”, d’Eugène Delacroix, 1827, huile sur toile, Louvre.

Il y a moins d’une semaine, on pendait un dictateur. Incrédule, les internautes assistent à l’exécution d’un despote qui a laissé son pays à feu et à sang. Nous décryptons de misérables images prise sur un natel insignifiant, par une micro-caméra méprisable. Vidéo-vérité ou canular hollywoodien?

Plutôt qu’un beau tableau, on nous montre une bande d’encagoulés dans une cave, qui parlent une langue incompréhensible (où sont passés les sous-titrages?). L’éclairage est mal agencé, l’image tremble; le jeu des acteurs reste minimaliste, sans profondeur. Seul le rôle principal se dégage un peu du lot, un vieux moustachu qui réprime à peine son émotion. Encore que, pour un comédien rompu à l’art du mensonge, on pourrait attendre une performance plus flamboyante: que fait le metteur en scène? Donnez-nous du drame, donnez-nous du pathos, donnez-nous Shakespeare, Brecht et les autres, donnez-nous Eugène Delacroix!

Bref, tous les pixels du monde n’arriveront jamais à la cheville d’un peintre romantique.

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Du point de vue de Saddam

Les salauds. Me faire ça à moi. Ils croient que j’ai pas vu leur caméra. M’en fous. Je vais rester digne, rien que pour les emmerder. Jusqu’à la fin, je vais porter mon humanité sur le dos, pour leur prouver que ma mort n’arrangera rien. Jouer les martyrs. Juste pour leur faire chier. Quand on verra mes derniers moments sur YouTube, on sera pris d’un méchant malaise; on pourra dire: c’est quand même un homme, après tout.

Qu’est-ce qu’il me veut, l’encagoulé? Il me donne des conseils? Il veut m’apprendre à pendre un mec, il croit que j’ai jamais vu ça? Un bandeau sur les yeux? Pourquoi pas sur la bouche, pendant que t’y es. Tu parles. J’ai préparé mes derniers mots, tu me prendras pas le droit de dire mes dernières paroles. Une fois mort, j’aurai prononcé ces mots pour l’éternité. Ces mots auront raison.

D’ailleurs, je me rends compte que j’ai un avantage décisif sur le mec qui meurt par surprise, dans son lit. J’ai pu préparer ma mise à mort. J’ai pu la visualiser pendant la nuit. J’ai mal dormi quand même. J’ai imaginé mes derniers pas, j’ai répété mes derniers gestes. C’est bien qu’il y ait la télé, j’aurai pas tout chorégraphié en vain.

Merde. Ils me passent la corde autour du cou. C’est rêche, putain, une corde.

Tibert bâille

Qu’est-ce que ça va changer, de toute façon? Plus ça change, plus c’est la même chose. Un autre dictateur me remplacera. Un gouvernement en assassinera un autre, quel progrès! Connards d’Américains. Vous brûlerez dans les flammes de l’enfer, avec votre arrogance capitaliste. On vous pendra bien un jour.

Ça y est. Ils m’amènent au-dessus de la trappe. Cette planche va me lâcher dans l’abîme, me vomir dans la mort. Le dernier rectum avant l’éternité.

Je me demande si je vais bander. Il paraît que les pendus ont une érection; certains jouissent même. Ça serait le comble ça, que je jouisse pendant ma propre exécution. C’est bien un truc que les caméras du monde ne me prendront pas, ça.

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Choses politiques

Écologie et cohérence

Les gens sont très sensibles à l’environnement. Ils ont lu beaucoup d’informations contradictoires sur le sujet, ils ont vu les films du commandant Cousteau et d’Al Gore, ils se laissent nonchalamment agresser par les démarcheurs Greenpeace dans la rue.

Ensuite, ils vous tiennent des théories fabuleuses: « Tu sais, c’est dingue ce que les gens consomment comme eau du robinet; il y en a même qui laisse couler pendant qu’ils se brossent les dents. Pendant qu’ils SE BROSSENT LES DENTS! »

Dingue.

Tibert à l’attaque des idées reçues (aucun rat n’a été blessé pendant la prise de vue)

Et puis au bout d’un moment, vous vous rendez compte que ces mêmes personnes qui vous tiennent des théories faramineuses sur la consommation d’eau, vous servent un sirop EN LAISSANT L’EAU COULER. C’est pour mieux la refroidir, disent-ils. Tu parles. C’est pour mieux gaspiller, mon enfant.

Mais si vous vous égarez à leur faire une remarque, alors là, ils le prennent très mal, et vous renvoie à VOTRE PROPRE consommation. « Ah ouais, je te vois venir avec ta mine d’écologiste en herbe; mais t’es venu en voiture, si je ne m’abuse? Et puis tes fringues, ils viennent de Taïwan en pétrolier, mon gars. Et puis pour ton sirop, il a bien fallu toute une industrie polluante derrière, alors j’hésite à te servir une eau tiède, pour t’apprendre à me faire des remarques désobligeantes. »

Et c’est là que l’argumentation est vicieuse: les consommateurs croient que les comportements écologiques impliquent une entrée en religion. Ils pensent qu’il faut faire tout, ou alors ne rien faire du tout. Mais c’est pas parce qu’on ne peut pas changer le monde en dix minutes qu’il ne faut rien faire dans cette direction. On peut appeler ça de l’idéalisme pragmatique.

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Pour revenir un peu sur Adolf H.

Un dialogue mythique que j’aime bien, lu dans « La part de l’Autre », d’Éric-Emmanuel Schmitt, Livre de Poche, dans toutes vos petites librairies. L’auteur fantasme sur le possible destin d’Adolf H., reçu à l’École des beaux-arts de Vienne, qui change totalement d’orientation morale. Après quelques années d’étude, la guerre de 14 éclate, et le peintre est mobilisé avec ses meilleurs amis, Neumann et Bernstein. Ils s’interrogent sur leur possible mort dans les tranchées:

p. 157
– S’il y a une justice, c’est moi qui dois mourir le premier… Ce ne serait pas une grande perte, dit Adolf.
– De toute façon, il n’y a pas de justice.
Neumann avait répondu d’un ton sourd, les dents serrées. Adolf le regarda avec soulagement.
– Tu as raison. Il n’y a pas de justice. Tout est loterie. La naissance, la mort, le talent. Et c’est tant pis pour nous.

“La part de l’autre”, Éric-Emmanuel Schmitt, chez Livre de Poche en 2001

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