Improvisation et créativité, Internet

L’impro, c’est du théâtre en wiki

J’ai déjà mentionné le fait que les comédiens-improvisateurs étaient des créateurs généreux, parce qu’ils produisaient du théâtre sans se soucier des copyrights, des royalties et du concept de la paternité des idées. Aujourd’hui, je vais aller encore plus loin, en proclamant fièrement que l’improvisation est au théâtre ce que l’open-source est au code informatique.

Tibert cherche toujours à aller au fond des choses

Quand mon frère m’a appris l’existence d’un mouvement d’informaticiens idéalistes, qui mettaient au point des logiciels gratuits que chacun pouvait modifier à sa guise, j’ai cru à une bonne blague. Mais j’ai constaté que des projets comme Linux et Wikipedia avait tendance à marcher, et j’ai recommencé à croire en l’Homme.

Si vous avez déjà modifié une page de l’encyclopédie sus-mentionnée, vous avez certainement éprouvé deux émotions contradictoires: la première, c’est la fierté d’avoir su communiquer un aspect de votre sagesse au monde entier; la deuxième, c’est l’amertume de vous rendre compte que le moindre petit saligaud mal intentionné pourrait effacer votre magnifique prose en quelques clics. Autrement dit, en contribuant à un wiki, vous renoncez à la paternité de votre art. Vous donnez librement; et de manière désintéressée, à moins que vous n’espériez devenir célèbre et reconnu dans la communauté des Wikipédiens – et là, permettez-moi de vous dire que vous n’êtes pas au bout de vos peines.

En improvisation théâtrale, c’est à peu près la même chose: lorsque vous sautez sur la patinoire, le ring ou la scène du spectacle, vous collaborez avec un partenaire pour créer quelque chose ensemble. Vous ne pouvez à aucun moment décider de prendre la création à votre compte, puisque le co-auteur pourra donner une orientation inattendue à la scène. Le processus est encore plus manifeste dans le jeu du mot-à-mot (où chaque participant donne un seul mot à la fois pour construire des phrases), puisque vous ne pouvez même pas prévoir quel sera le mot suivant dans la phrase.

On en arrive à une philosophie assez zen de la création. Non seulement, mes idées ne sont pas mes idées (elles ne sont que des recompositions d’influences diverses), mais encore elles seront modifiées, trahies, écrasées, pour le plus grand plaisir du chaos artistique. Bon, après, il y a quand même une bonne dose d’écoute qui fait qu’on va tendre à être sur la même longueur d’onde; mais pour le principal, l’impro, c’est construire un mur sur les briques des autres. Et c’est plutôt sympa, parce que c’est généreux, social, bienveillant, et que tout ça nous rapproche un peu plus de Dieu (qui a certainement créé le monde en wiki).

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Enseignement

Élèves et confiture

Jean-Claude Calpini, dans son très éclairant cours sur les stéréotypes, les étiquettes et l’effet Pygmalion:

« Si vous mettez un pot de confiture à la cave – admettons que ce soit de la confiture de fraise – et qu’au moment de coller l’étiquette, vous vous trompez: vous mettez, disons, confiture de pruneaux sur l’étiquette. Et bien je peux vous parier que lorsque vous ressortez le pot de confiture, que vous l’ouvrez et que vous le goûtez, il aura toujours le goût de confiture de fraise. L’étiquette n’a rien changé au contenu.

Bon.

Maintenant, essayez avec un élève. Vous prenez un élève en 6ème primaire, vous l’étiquetez mal; par exemple, vous dites en conseil de classe que c’est un élève agité, qu’il est turbulent. Eh bien, je peux vous parier que le plus calme des élèves, avec ce genre d’étiquette, devient effectivement un élève agité et turbulent au bout de quelques temps.
Autrement dit, vous avez le droit de vous tromper avec la confiture, mais pas avec les élèves, parce qu’ils finiront toujours par correspondre à l’étiquette que vous leur avez collée.« 

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Le web 2.0 expliqué à ma maman

Si vous tenez à briller dans les salons mondains, vous aurez de grandes chances d’attirer à vous les regards de la blonde pulpeuse lascivement affalée sur le canapé en amenant dans la conversation la notion de « Web 2.0 ».

Vous pouvez par exemple dire que « nous sommes en train de vivre une révolution web 2.0 » ou que « Google va devoir évoluer s’il veut survivre dans l’environnement Web 2.0 ». Vous pouvez également émailler la conversation de quelques anglicismes à la mode comme YouTube, SecondLife ou MyCatVomitsEverywhere.

Mais tout ça ne nous aide pas encore à comprendre comment-quoi-c’est le Web 2.0.

Tibert se mord la patte arrière gauche pour la punir

Bon. Auparavant, on avait le web 1.0, ça paraît con à dire comme ça, mais l’essentiel de l’Internet, c’était des sites commerciaux, des pages personnelles et des films pornographiques à télécharger. Désormais, les films de boules sont restés, mais en plus, on a des services. Des services pour mettre en ligne ses textes (les blogs), ses vidéos, sa musique, sa maison aux enchères, son slip, son chien, sa belle-mère et son enclume. Désormais, l’Internet nous rend la vie facile (et, je le répète, les films de moeurs légères, eux, subsistent).

Avant, à moins d’être un mordu de l’informatique et de bricoler des transistors dans son garage, on ne pouvait pas changer grand chose à ce qui était sur le Ouèbe. Il fallait être ingénieur-informaticien, maîtriser les « codes », avoir des « mots de passe » et savoir combien d’octets pouvait contenir une disquette. Désormais, on peut changer des articles encyclopédiques comme on change de chaussette (Wikipédia), on communique à tout le monde nos pages favorites (del.icio.us) et on peut blogguer à tout va en publiant des photos de son chat.

Auparavant, on avait de la peine à trouver l’information. Il y avait bien Altavista, Yahoo, Google, mais personne ne savait exactement comment chercher: tout le monde perdait un temps fou à visiter des sites inutiles, le café devenait froid, le chien n’avait plus sa promenade. Désormais, on commence à se faire à l’idée que les liens, les hyperliens, les permaliens sont autant utiles que les pages elles-mêmes. La connaissance n’est rien, sans le chemin de la connaissance. Le nouveau Ouèbe tend à vouloir organiser la matière. Le mouvement « connexioniste » est en marche dans tous les domaines: le frère du neveu de ma mère doit « réseauter » pour trouver du job dans sa banque, mes collègues enseigants forment des « groupes de travail », tout le monde se met à la même table et c’est tant mieux, parce que plus on est de fous, plus on rit.

Maintenant, ce qui est très très bien avec l’évolution de la mise en réseau, c’est que les gens vont avoir un accès beaucoup plus rapide aux choses qui les intéressent. Les utilisateurs vont pouvoir mettre en lien leurs passions, leurs peines et leurs joies, pour que les autres utilisateurs qui ressentent les mêmes choses puissent les trouver et s’apitoyer sur leur sort. Super. Ce qui veut dire que la vie va devenir de plus en plus créative, parce que les idées vont commencer à circuler beaucoup plus vite.

On sait par exemple que le cerveau stocke les informations lexicales en créant des liaisons synaptiques (wouah, trop cool) entre les différents concepts que nous apprenons. Le ouèbe fonctionne sur le même principe, puisqu’il va mettre en relation, en communication, des gens qui ne se seraient pas forcément trouvés sans le réseau des réseaux. Naturellement, cette évolution va faire avancer l’humanité très rapidement vers la sagesse, et j’ai le plaisir de vous annoncer la paix dans le monde pour l’année 2017.

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Choses politiques

Pensée en écalage

Ce week-end, j’étais tout absorbé dans mes soirées de fanfare. Sur deux soirs, on prépare des repas pour deux cents personnes, et j’ai participé à la préparation de cuisine. En compagnie de quelques autres fanfarons, j’écalais les oeufs (on peut dire peler les oeufs, mais c’est vachement moins frime; tandis que écaler, c’est le vrai mot: on peut dire écalage, écalons, ou alors que j’écalasse).

Mais je ne veux pas parler de linguistique, bordel.

Tibert, un autre de mes interlocuteurs que j’ennuie passablement

À côté de moi, il y avait un petit gugusse qui me disait qu’il avait une technique du tonnerre pour écaler les oeufs: il en cassait plusieurs, et il arrivait à distinguer ceux qui étaient « faciles » à écaler, et ceux qui l’étaient moins. Du coup, il n’écalait que les oeufs « faciles », tandis que les écaleurs amateurs comme moi, on se tapait les oeufs dont la coquille s’accroche au blanc, si bien que vous pelez non solum la coquille sed etiam les couches de blanc qui viennent avec. Pour un oeuf de bonne taille, vous en arrivez à une couille jaune d’une taille insignifiante qui va faire franchement ridicule dans la salade. Bon.

Alors moi je lui dis, ouais mais hé, si tu écales seulement les oeufs qui vont bien, tu vas plus vite, d’accord-okay, mais tu vas quand même devoir écaler les oeufs qui sont difficiles à la fin. Et là, l’illumination: j’avais touché à la sagesse universelle. Les gens préfèrent les petits plaisirs immédiats aux grands labeurs, promesses de réconfort. Enthousiasmé, je lui dis, ouais, alors si tu écales d’abord les faciles, tu vas finir par les difficiles et tu vas rester sur un méchant souvenir; tu vois, mec, tu devrais commencer par les problèmes difficiles et tu aurais la satisfaction d’avoir des récompenses facile après.

Les autres m’ont dit de fermer ma gueule de philosophe au rabais, vu qu’on avait encore une bonne centaine d’oeufs à écaler et que j’avais intérêt à me grouiller.

Je m’en fous, j’aime bien ma théorie à la con.

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Actualité, Choses politiques

La paix dans le monde

Hier, j’ai écrit un billet sur l’absence de neige, et il a neigé toute la soirée.

Aujourd’hui, je vais donc parler de la paix dans le monde.

L’idée de faire la paix dans le monde remonte à plusieurs années. Le messie Jésus, en 34 après lui-même, fut crucifié pour avoir défendu cette idée devant un parterre de palestiniens enthousiastes. Mais les juifs, à cette époque, pratiquaient encore le déicide. Pendant le week-end de Pâques, plutôt que de faire une fête de famille où tout le monde bâfrerait des lapins en chocolat et décorerait des oeufs de poule, quelques peine-à-jouir mal intentionnés décidèrent d’emmener le messie sur le Mont Golgotha (lieu du crâne) pour lui faire découvrir leur technique de bricolage hardcore.

Les siècles passèrent, mais personne n’oublia le jeune barbu qui avait prêché l’amour du prochain.

Tibert s’en lèche les couilles

D’autres barbus commencèrent à prêcher l’amour et la paix dans le monde, mais c’était souvent pour s’attirer les faveurs des jolies filles, et leur message était par conséquent beaucoup moins convaincant. Pendant ce temps, on écrivait la vie du premier barbu, en prenant soin de transmettre l’essence de son message, avec des libertés d’adaptation contraire à la plus évidente déontologie en matière d’interprétation littéraire.

On inventait des miracles magiques là où il n’y avait de toute évidence que des tours de passe-passe rhétoriques. Le barbu avait sans doute été guérisseur spécialisé, mais de là à le considérer comme le précurseur des médecines alternatives, il n’y avait qu’un pas que les plus téméraires des fidèles se pressèrent de franchir. On tâcha de rendre l’histoire du messie un peu plus dramatique, avec quelques grands méchants (Hérode, Satan), quelques scènes d’action bien senties (Jésus chasse les marchands du temple) et tout de même un peu de sexe (Jésus réconforte une prostituée).

Toujours est-il que les autres religions émergentes avaient de la peine à faire face à la montée du christianisme. Quelques schismes plus tard, ces mécréants trouvèrent pourtant la solution à tous leur problèmes. Après plusieurs présentations PowerPoint et quelques brainstormings fumeux, un groupe de travail fut en mesure de définir en détail le concept de guerre de religion.

La guerre de religion se basait sur un paradoxe tout simple: faire la guerre en prônant l’amour. À partir de là, tout était permis aux croisés de toutes les religions, qui guerroyaient sans arrêt pour leur Vérité, leur Dieu, leur Église, ou, pourquoi pas, leur Gâteau Aux Pommes, puisque les linguistes de l’époque s’étaient mis d’accord pour dire que les grandes idées allaient prendre une majuscule.

Je constate que j’ai échoué à parler de la paix dans le monde.

La prochaine fois, je vous parlerai de ma recette de Gâteau Aux Pommes.

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Actualité

Canon à neige

Cette année, il n’y a pas de neige.

Les médias interrogent les spécialistes. Les spécialistes expliquent que la hausse des températures est probablement liée au réchauffement climatique. Alors les médias accusent les responsables du réchauffement climatique. Mais ceux-ci sont en vacances. Ils se sont envolés pour les Émirats Arabes, où ils skient en profitant des pistes couvertes.

Hiver 2005…

Alors les médias questionnent les politiques. Mais qu’allez-vous faire, ils disent. Et les politiques pensent qu’il faut réagir. Nous allons prendre les mesures qui s’imposent, ils disent. Alors les médias donnent surtout la parole aux partis écologistes et ceux-ci se frottent les mains (pourtant, il ne fait pas froid puisqu’il n’y a pas de neige on a dit bon sang).

Alors les médias disent, les gens vont changer de comportement pour diminuer la tendance du réchauffement climatique. Dix conseils pour économiser le chauffage en page trois, ils disent. Mais sur la page quatre, on peut acheter un Hummer qui consomme quinze litres aux deux kilomètres, non j’exagère. Mais en fait j’exagère pas vraiment: les gens ne changent pas si facilement de comportement, rapport aux atrocités de 39-45 qui auraient dû changer notre comportement par rapport à la guerre, ha ha ha quelle sacrée pirouette argumentative.

Alors les médias disent aux directeurs des pistes de ski, mais comment allez-vous faire, bon dieu. Mais les directeurs des pistes de ski ont une solution toute prête, ils pompent de l’eau dans les lacs de montagne et la pulvérisent avec des canons à neige.

Une sacrée bonne idée pour résoudre les problèmes, les canons.

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La pédagogie en wiki

Dans les temps anciens, l’instituteur passait pour un maniaque solitaire qui préparait avec soin des polycopiés sentant bon l’alcool à brûler, et qui composait chaque soir de nouvelles fiches d’exercices à la lueur d’une lampe à huile, dans la morne poussière d’un triste établi. Ces temps sont révolus. Désormais, nos chers profs travaillent en réseau, échangent leurs séquences didactiques sur les plateformes peer-to-peer et mettent leurs démonstrations du théorème de Pythagore sur YouTube.

Tibert vu de haut

En formation pédagogique, on commence à nous proposer du matériel comprenant des fiches d’exercices « modifiable », on nous incite à former des « groupes de travail » et à partager nos meilleurs cours et méthodes d’apprentissages. En fait, nous sommes en train de vivre la révolution du wiki en pédagogie. Ce qui pourrait nous réjouir.

Si seulement nous y étions prêts.

Constat qui s’impose: les enseignants ne sont pas portés à échanger leurs idées. Chacun préfère réinventer la poudre dans son coin, jouer à l’apprenti-sorcier et garder ses meilleures recettes pour lui-même. Les rares groupes d’enseignants qui s’échangent des supports de cours sont peut-être les seuls à avoir compris la philosophie du wiki: « Je te montre mon travail, tu me corriges; tes corrections améliorent mon travail, qui devient NOTRE travail, et celui-ci devient meilleur. L’apport se fait dans les deux sens, et tout le monde est content. »

En improvisation théâtrale, nous intégrons assez rapidement le fait que nos idées seront traitées et acceptées par l’autre, puis modifiées et renvoyées vers nous sous une autre forme. Nous savons que nos idées ne nous appartiennent pas, qu’elles ne sont qu’une re-création à partir d’autres idées.

En improvisation, comme en pédagogie, nous devrions tendre à une certaine générosité créative.

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Enseignement

Agriculture et enseignement

Après trois mois d’école pédagogique (HEP/IUFM), je suis déjà fâché contre mes futurs collègues. Depuis le début, j’entends les mêmes plaintes: à-quoi-ça-sert-tous-ces-concepts, de-toute-façon-dans-les-classes-ce-sera-différent, c’est-beaucoup-trop-théorique…

Ô que j’aime ce regard bienveillant face à la nouveauté.

Tibert s’en pourlèche les babines

Au risque de passer pour un naïf néophyte converti à la cause des « nouvelles pédagogies », je maintiendrai pendant encore une bonne douzaine de mois un intérêt marqué pour des concepts aussi bizarres que le socio-constructivisme, le métacognitivisme ou les facteurs motivationnels (liste non exhaustive). Certes, dans l’enseignement qu’on nous dispense, il y a bien quelques affabulations, quelques mythes et de nombreuses théories de sac-à-pain; mais de grâce, ne jetons pas l’élève avec l’eau du bain, parce que les savoirs « abstraits » qu’on nous inculque maintenant nous servirons plus tard, bien plus tard, lorsque nous nous serons frottés au terrain concret.

En parlant de terrain, ça me rappelle ces histoires de village, où des fils de paysans à peine sortis de l’école d’agriculture ramenaient de nouvelles conceptions sur la fertilisation des champs à la maison. Bien souvent, leur paternel avait encore la maîtrise du domaine et se gardait bien d’appliquer ces nouvelles « théories »… Entre un vieux paysan qui refuse d’utiliser un engrais révolutionnaire et un enseignant qui reste sourd aux dernières découvertes en matière de méthodes d’apprentissage, c’est kif-kif bourricot: les deux restent des ânes.

Mais si mes éminents collègues sont un tant soit peu tête de mules, c’est parce qu’ils aimeraient qu’on leur donne des recettes, des tours de main, des marches à suivre; ils voudraient des outils prêts-à-l’emploi, des méthodes prémachées avec lesquelles ils débarqueraient dans une classe en « sachant enseigner ». Donnez-nous de la pédagogie en fast-food !

Probable danger : après plusieurs années, même les meilleures méthodes s’émoussent. Il s’agit de remettre l’ouvrage sur le métier, et de ré-inventer son enseignement. C’est là que les « théories » deviennent intéressantes, pour l’analyse de sa pratique et l’échafaudage de nouvelles solutions. Donne une méthode à un maître, et il enseignera une année; apprends-lui à construire des méthodes, et il enseignera toute sa vie.

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Actualité, Improvisation et créativité

Comment éviter de se faire casser la gueule dans la rue

Ces derniers temps, les médias montent en épingle la violence urbaine; Yverdon-les-Bains et Lausanne sont les pôles vaudois des incivilités juvéniles, avec des situations qu’on avait plutôt l’habitude de voir cantonnées aux blockbusters hollywoodiens: guerre des gangs, passage à tabac, tournante dans les caves, sévices sur des chats castrés, etc.

Je ne cherche pas à tout prix à démontrer l’utilité de l’improvisation théâtrale dans la vie de tous les jours, mais quand une excuse me tombe sous la main, je suis enchanté de pouvoir faire le lien entre un exercice d’acteur et son application réelle. Démonstration, avec le travail sur les statuts (cf. Johnstone, Impro et Impro for Storytellers).

Tibert à l’attaque des idées reçues (aucun rat n’a été blessé pendant la prise de vue)

Principe essentiel: l’homme est un animal comme tous les autres, et c’est donc la loi de la jungle qui s’applique. Par exemple, que fait un coyote californien quand il est poursuivi par un grizzly ? Il fait le mort, tout simplement. Par conséquent, si vous êtes menacé par un Léopold en blouson qui a sorti son cran d’arrêt, retenez votre respiration. Ensuite, évitez de lui balancer des « qu’est-ce’tu m’cherches, sale racaille, dégage » du haut de votre mètre-soixante. D’ailleurs, soit dit en passant, ne dites pas « racaille », mais bien plutôt « kaïra », c’est bien plus hype.

Évitez donc de faire des vagues, et concentrez-vous sur votre personnage de serviteur inoffensif, qui ne cherche même plus le conflit. Quelques « trucs » peuvent vous aider à passer inaperçu: rentrer la tête dans les épaules, faire des petits pas, courber généreusement l’échine, regarder à terre, fuir les contacts visuels, paraître mal à l’aise. Siffler distraitement le cantique suisse n’est pas une bonne idée.

Dans le cas où, malgré toutes ces précautions, un loubard vous aborde, ne perdez pas votre sang-froid: fuyez son regard à tout prix, bredouillez quelques excuses en mauvais français et partez en courant. Si votre bourreau vous prend en chasse, vous ne pouvez plus faire demi-tour: tâchez donc de courir en direction de la clinique la plus proche afin de faciliter le travail des ambulanciers (qui ont déjà fort à faire avec leurs horaires irréguliers). Mais puisqu’il est probable que votre poursuivant soit armé, adoptez une course « ras-terre » qui vous permettra d’éviter les premières balles. En outre, cette position vous permettra de signaler à votre agresseur que vous lui faites allégeance, rituel d’apaisement classique chez tous les animaux.

Finalement, le mot d’ordre est: paraître insignifiant. Vous devez vous efforcer d’élever votre agresseur au-dessus de vous. Vous devez lui faire sentir que vous « n’en valez pas la peine. »

Tout être humain souhaite créer; le loisir de la « kaïra » des villes, c’est détruire, ce qui pour eux devient acte de création (ne me demandez pas la logique de leur raisonnement). Or, si vous jouez la carte du profil bas, vous n’attirerez rien d’autre que la compassion des gens qui voient en vous une sous-merde. Et personne ne viendra vous taper dessus, parce que les gens savent que taper dans la merde, ça éclabousse.

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