Non classé

Le marteau de charbon (épisode 256)

Alors la prophétie s’accomplit.

Le mage noir leva le sceptre de Fulgur pour lancer la troisième salve. Il commença son incantation, mais omis d’accorder l’adjectif nominalisé avec la principale. Cette bête erreur de syntaxe dans une formule magique eut pour effet de retourner l’effet du sceptre contre lui. Une boule de foudre fondit sur les épaules du mage, et le décapita au niveau des omoplates, ce qui n’était pas très propre (et pas trop ragoûtant, il faut le dire).

Tout transpirant sur l’étau de supplice, Rasteban reprit espoir. Il ne faut pas moisir ici, pensa-t-il; le marteau va s’abattre sur le monde, si je ne romps pas le Lien Subtil. Rasteban ne pouvait pas vraiment bouger, mais il transpirait vraiment beaucoup beaucoup. Ce processus eut deux conséquences  favorables sur le développement de cette histoire: la première conséquence était que le Roi, en se vidant de son eau, diminuait son volume corporel, et commençait à contempler la possibilité de pouvoir se libérer de l’étau. Deuxièmement, la sueur pouvait l’aider à glisser l’extrêmité de ses membres au-dehors des anneaux de l’étau. Troisièmement, il n’y a pas de troisièmement, j’ai dit qu’il y avait DEUX conséquences, il faut vous donner un peu plus de peine pour bien lire les informations, bon sang.

Toujours est-il que Rasteban parvint à se libérer de l’étau après moultes reptations, moults halètements et moults efforts.

Au même moment, le marteau de charbon commençait à vaciller sur son axe; il allait s’abattre sur la Carte des Mages, qui matérialisait l’entier de l’Univers. Rasteban s’élança vers le Lien Subtil, qui retenait la Carte déroulée. Il lui fallait absolument briser le Lien sans faillir. Bon, comme il n’avait pas d’objet tranchant à disposition, il mordit un bon coup dans le Lien Subtil qui avait le goût de cacao. La Carte se libéra du Lien, en se repliant sur elle-même. Il était temps, parce que le marteau de charbon s’abattit avec fracas sur du vide, et dès lors on est en droit de se demander pourquoi il y avait du fracas, puisque le vide dénote une absence d’air, et sans air on ne peut pas entendre le fracas, puisqu’il faut des molécules qui transmettent le son jusqu’à nos oreilles. Bon, enfin, admettons qu’il y eut du fracas. Comme ça c’est plus dramatique.

Rasteban, grâce à cette splendide bouchée, venait de sauver le monde! Il venait de compléter sa quête! Il allait enfin pouvoir retourner dans son palais, bien au chaud avec la Reine Élodie. À cette pensée, il sourit béatement.

 FIN

Par défaut
Non classé

Le marteau de charbon (épisode 1er)

Voilà trois semaines que le Roi des Gètes n’avait pas mis la tête au-dehors de son palais. La faute à son épouse qui suscitait en lui des vagues libidineuses plus fortes que celles qui s’écrasaient contre les berges du Grand Rivage. La Reine Élodie avait, il est vrai, un fort beau teint de peau et des pieds forts menus, critère important s’il en est chez les rois gètes. Rasteban 1er, comme son peuple l’avait appelé, commençait donc à devenir malade à force de garder le lit, et sa nymphomane d’épouse s’absentait uniquement pour ricaner sottement en compagnie de ses dames de compagnie, en leur racontant les étonnantes frivolités de la nuit passée.

Ce repos forcé ennuyait le Roi: ce qu’il voulait, c’était régner. Rasteban 1er décida donc de profiter d’une absence de sa Reine Élodie pour ficher le camp par travers la fenêtre. Il se fit une corde avec les draps, comme les princes charmants qui montent au donjon de leur dulcinée, mais là c’était l’inverse.

En bas, il prit une poignée de dents-de-lion pour se barbouiller la face de chlorophylle. Il espérait que personne ne le reconnaisse, et il avait raison: son palefrenier n’y vut goutte, à tel point qu’il crut à un vol quand Rasteban 1er grimpa sur le dos de Pouliche, sa jument favorite. Mais le palefrenier n’eut pas le temps de terminer son à la garde, parce que Rasteban avait pris soin de lui asséner un fabuleux coup de coude sur la tête, ce qui est tout de même plus grave qu’un coup de tête sur le coude (le Roi avait pris un cours de développement personnel comment se débarasser des importuns).

Rasteban était maintenant bien content, parce qu’il chevauchait à vive allure loin, très loin de son château; il voulait découvrir son royaume, et l’accomplissement d’une quête quelconque, comme savent si bien le faire les véritables héros, lui paraissait un défi à la mesure de son talent.  Par des coups de bottes bien placés, il enjoignit Pouliche de le mener à Gdürsk, où le marchand de quête aurait certainement quelque chose pour lui.

Par défaut
Actualité

Lauriane Gill, en toute simpli-

Le 24Heures nous apprenait mercredi passé que Lauriane Gilliéron, Miss Suisse 2005, prenait un pseudonyme pour mieux percer dans le monde du spectacle. Désormais, la jeune étudiante à l’Actor’s Studio s’appelle Lauriane Gill. C’est pour que les réalisateurs puissent plus facilement prononcer son nom, qu’elle nous dit. Effectivement, j’imagine mal Martin Scorsese articuler Hello missiz Lauwry-Ann Djeel-aïe-wraeun au téléphone. Surtout s’il a un djob de djeymss-bonnd-geuwrl à lui proposer.

Laurianne, j’aimerais te dire qu’un pote homonyme s’est surnommé J-Iron, ça fait bien plus classe. Mais je ne t’en veux pas d’amputer ton nom de famille, parce que tu viens de lancer une mode incroyable qui va faire des ravages chez les célébrités: pour mieux s’exporter Outre-Atlantique, nos politiciens vont s’y mettre: Pascal Couch (canapé), Christoph Bloch (le juif), Daniel Brel (le chanteur), Josef Zisy (facile), Jean Fatt (le gras) et Guy Parme (le jambon).

Et ce sera une épidémie, parmi nos stars: Georges Cloon (drôle), Steven Spiel (le joueur), Stanley Küb (le bouillon), Clint East (rien de nouveau), Sean Conn (facile), Roger Moo (la vache) et Nicolas Sarko.

Vous voyez, ils ont déjà commencé.

Par défaut
Actualité, Choses politiques

Crop Circle

Le champ de Corcelles-près-Payerne (Vaud, Suisse, Europe) qui avait été le support d’un majestueux crop circle a été fauché hier soir. D’après les estimations de l’agriculteur-propriétaire (relayées par le quotidien 24Heures), environ 5000 personnes auraient défilé sur le site pendant les dix jours où le cercle était visible. Un amalgame hétéroclite de paisibles illuminés: spécialistes des phénomènes étranges, raëliens et gogos de tout poil voulaient « toucher » le phénomène, en « sentir » les énergies positives.

Moi je pense que tout ça c’est des branquignoleries, et que ce crop circle – comme tous les autres – n’est rien d’autre que le fait d’une poignée de sacrés farceurs.

Cat Circle

D’abord, il y a l’idée du cercle.

Les gens sont naturellement fascinés par cette forme géométrique, et puis parce que le « cercle est dessiné avec une précision formidable, ça peut quand même pas être des hommes qui ont fait ça« . Bigre! De toute évidence, les gens qui avancent ce genre d’arguments n’ont jamais utilisé un compas. Ce qui dénonce encore les manques flagrants de notre école vaudoise. Pourtant, avec une corde de 30 mètres et un piquet, je vous garantis que je peux tracer un cercle de 30 mètres. Dingue, non?

Mais ce n’est pas tout. Les gens sont fascinés par le cercle parce que ce motif nous évoque quelque chose d’universel, de parfait. Le cercle, c’est le symbole de l’unité, de la Terre, du Soleil. Et puis un cercle, c’est tout simplement beau. Alors les gens pensent que c’est forcément une créature venue du chaos qui leur a laissé un signe simple et parfait, tellement « super », tellement « génial ». Mais ils oublient que le symbole du cercle, ça ne marche a priori que pour les Humains. Vous les imaginez, vous, les designers de la planète Zglurb, se penchant sur les messages qu’ils aimeraient inscrire sur une nouvelle planète: « Eh bien, mon cher Brfifkt, je vous propose de faire une empreinte de cercle dans un champ, pour mieux communiquer l’idée de l’universalité et de la globalité; en plus, les Terriens vont accueillir notre symbole comme un signe de paix et de perfection. Et puis de toute façon, un crop losange, c’est super-compliqué à faire. »

Ha ha ha.

Bon, ensuite, il y a l’idée du champ de céréales.

Ah ben ouais, on a pas beaucoup vu de crop circles dans les champ de betteraves. Fichtre! C’est que c’est pas couchable la betterave, et c’est sacrèment plus compliqué à arracher. Tandis que le blé, l’avoine et le maïs, ça s’écrase sans forcer (et ça fait le bonheur de la moisonneuse-batteuse, tu parles). Là encore, j’imagine mal Brfifkt souffler à Zgrtübg que « oui, dans ce champ de seigle, ça va le faire; non, surtout pas déborder dans les patates, le coucheur-d’épis-O-tron ne le supporterait pas. »

Ce que je veux dire avec ça, c’est que les Terriens sont beaucoup trop concrets dans les signes qu’ils espèrent de Brfifkt et Zgrtübg. Des cercles de cultures, c’est beaucoup trop terro-centré, ma pauvre dame. C’est quand même regrettable que ce qu’on attend chez l’Autre, c’est toujours ce qu’on aime chez soi.

Par défaut
Actualité, Enseignement, Vidéos

Ce que les enseignants produisent

Voici une vidéo qui présente Taylor Mali, un orateur professionnel, également slammeur et poète. Il répond à une objection souvent opposée à la fonction d’enseignant, qui est celle de ne rien produire de concret. Ha ha. Voyons cela.

Une (très libre) traduction se trouve ci-dessous, mais vous pouvez préférer la version originale.

Ce que les enseignants produisent, ou
Objection Retenue, ou
« Si ça ne marche pas, vous pourrez toujours faire du droit ».

Par Taylor Mali

Le mec pose sa fourchette et dit que le problème avec les enseignants, c’est « qu’un gosse, qu’est-ce qu’il va apprendre de quelqu’un dont le plus grand but dans la vie était de devenir prof ? ha ha hé ha hin haaaha. »
Le mec rappelle aux convives que « c’est vrai ce qu’on dit à propos des profs : ceux qui sont capables, font ; ceux qui sont incapables, enseignent, ha ha hé ha hin haaaha. »
Je me mords la langue (plutôt que la sienne), et résiste à la tentation de rappeler aux autres que c’est aussi vrai ce qu’on dit à propos des avocats.
Meuh oui, on dîne, après tout. On est entre adultes polis.
« Mais en fait, Taylor », reprend le mec, « Sois honnête avec moi : qu’est-ce que tu produis ? »
Bon. J’aurais bien voulu éviter ça, (qu’ils me demandent d’être honnête), parce que voyez-vous, j’ai une ligne de conduite identique pour l’honnêteté et le bottage de cul : si on me cherche, on me trouve.

« Okay, mec, tu veux savoir ce que je produis ?
Je produis des gosses qui travaillent plus qu’ils n’auraient jamais pu l’imaginer.
Je distribue des 4 qui ont le goût du prix Nobel, et des 5 et demi qui ressemblent à des poings dans ta gueule : dis-moi, Célia, comment tu oses me présenter quelque chose qui vaut moins que ce que TU vaux ?
Je produis des élèves qui restent assis 40 minutes dans un silence absolu : NON, vous ne pouvez pas travailler en groupe ; NON, vous ne pouvez pas poser de questions ; NON, vous ne pouvez pas aller au robinet, parce qu’en fait vous n’avez pas soif : vous vous ennuyez, c’est tout.
Je produis la peur chez les parents d’élèves, quand j’appelle à la maison tard le soir : j’espère que je ne dérange pas, madame, je voulais juste vous parler de ce que Thomas a dit aujourd’hui. Thomas m’a dit, « Laissez-moi tranquille, m’sieur. Des fois, j’ai encore besoin de pleurer. Ça vous arrive pas à vous ? », et c’était le plus noble acte de courage que j’aie jamais rencontré.
Je produis cette prise de conscience, chez les parents, de se rendre compte de ce que leur enfant vaut vraiment, de qui il est et qui il pourra être.

Tu veux encore savoir ce que je produis ?
Je produis l’étonnement chez les mômes.
Je produis le questionnement chez les ados.
Je produis des étudiants qui cherchent à critiquer.
Je les fais s’excuser, et s’excuser sérieusement.
Je les fais écrire, écrire, écrire.
Et ensuite je les fais lire.
Je leur fais écrire délicieusement délicate, délicieusement délicate, délicieusement délicate, encore et encore, jusqu’à ce qu’ils l’orthographient correctement pour toujours.
Je leur fais montrer tous leurs travaux en math, et je leur fais tout cacher pour leur remise au propre en français.
Je leur fais bien comprendre que s’ils ont ça (le cerveau) et qu’ils suivent ça (le cœur), alors, quand quelqu’un viendra les juger sur « ce qu’ils produisent », ils pourront leur montrer ça (doigt d’honneur).
Alors laisse-moi te répéter, mec, parce que c’est vraiment important que tu comprennes : ce que je produis, c’est une putain de différence !
Bon. Et toi, qu’est-ce que tu produis ? »

Par défaut
Actualité

Joli temps du mois de mai

Bien bien bien bien.

Ce mois-ci, je me suis concentré sur mes études, sur mes préparations de cours; j’ai préféré lire et écouter qu’écrire et proférer. J’ai ruminé une cinquantaine de billets en projets par jour, toujours à la quête de la demi-heure salvatrice qui me permettrait de peaufiner un joli billet bien tourné. C’est raté.

Pourtant, dieu sait que j’ai des choses à dire, mais je profite encore de la (très) bonne excuse du stress professionnel pour ruminer encore mes théories au chaud. Je nous promets donc, début juillet, une superbe explosion de savoirs autour de l’improvisation, la pédagogie, Edgar Morin et les carottes de Patagonie. Wahou!

Pourquoi le jus de pommes fait-il des bulles?

J’ai aussi découvert que Lily était tombé sur un de mes billets et avait du coup commandé un bouquin d’impro. Mince, la prochaine fois je ferai de la pub pour mes cours payants.

Par défaut
Actualité, Enseignement, Internet

La crème de la crème

Oh yeah, mes billets se raréfient, la faute à pas de bol, au temps qui se mange les pouces et à Tibert qui me ronronne dans l’oreille, la faute au beau temps du mois d’avril, qui file et se découvre de tous ses fils. Heureusement, l’Internet me fait gagner du temps grâce au concept d’agrégateur, qui me permet de sélectionner la crème de la crème (c’est à dire, du beurre) pour maximaïser mon temps de lecture sur cette Toile gluante.

Il faudra d’ailleurs que je m’étende un jour un peu plus sur le concept d’agrégateur de blog: en bref, c’est un compte personnel ouvert sur bloglines ou autre qui permet de gérer les flux RSS – entendez, les derniers messages, billets ou niouzes – arrivés sur les sites préférés. L’autre jour, je disais donc à mon frère:

Moi: Tiens, c’est super-cool ce concept d’agrégateur, ça te permet de perdre moins de temps à relire les informations que tu connais déjà, il faudrait que ça existe avec les personnes. Tu vois, tu verrais les gens uniquement si ils ont quelque chose de nouveau à t’apporter.

Mon frère: Ouais, mais il y a des personnes que tu verrais plus beaucoup, alors.

(ça me fait penser que je l’ai pas vu depuis un bail, ce mec-là; il faut que je me méfie)

Quand même eu le temps, donc, de mettre les yeux sur un fichtre beau billet qui résume assez bien mes prophéties de vieux bourré sur l’avenir de l’enseignement via les blogs, les sites, et bla et bla et bla. Alors, voilà, ça se trouve là, ici, et ça parle d’enseignement par et pour les blogues; ça me fait d’ailleurs bien plaisir de voir comment le paragraphe en citation finit, parce que je viens de mettre en place un embryon de blogue de cours pour ma classe d’argumentation, ici.

Tibert, lui, s’en bat les couilles. Lui, il cherche plutôt un agrégateur de poils, parce que mon parquet commence bientôt à ressembler à de la moquette. De la moquette en poils de chat.

Tibert s’en lèche les couilles

Par défaut
Actualité

Au Nord, rien de nouveau

(Ce billet peut choquer la sensibilité de certains fins gastronomes)

Je lis que la NASA va développer le projet d’une base lunaire pour déployer les futures missions à destination de la planète rouge. Je pense au fric que ça coûte, et aux Martiens qui doivent bien se fendre la gueule de savoir ce qu’on fait de notre temps.

Tibert en orbite sur le canapé, subissant une pression de 2 ou trois G supplémentaires qui le forcent à dormir une bonne partie de sa journée

Je lis qu’une astronaute américaine, Sunita Williams, pourra participer au marathon de Boston depuis la station spatiale internationale (ISS) à 28’000 km en orbite, attachée sur un tapis roulant (puisqu’elle est en apesanteur, hé). Je pense au fric que ça coûte et je me demande comment on transpire en apesanteur: est-ce que les gouttes de sueur finissent par vous tourner autour et vous embuer les yeux?

Je lis que Wonderbra a développé des sous-vêtements avec des poches de silicone intégrées, pour mettre en valeur les formes de nos plus splendides jeunes femmes. Je pense au fric que ça coûte, et à la surprise du mec qui déballe sa conquête d’un soir en étouffant un soupir de déception lorsqu’il voit qu’un thon anorexique se cachait sous la pulpe de la plantureuse bimbo qu’il convoitait.

Je pense aussi à toutes ces dissertations stériles qu’on nous faisait écrire à l’école, sur la notion de progrès. Il y avait les « défenseurs du progrès » qui pensaient que l’humanité pourrait profiter de cette coûteuse technologie, cette nouvelle religion qui nous porterait vers le salut. Le seigneur ordinateur, le Dieu numérique. Et puis il y avait les autres, qui crachaient sur les scientifiques, sur leur attirail de chercheurs, qui constataient enfin que la science « devrait être au service de l’Homme », en regrettant que ce ne soit pas le cas.

Quand je vois tout ce fric qui se balance en l’air pour faire avancer le satané progrès, je ne peux pas m’empêcher de vomir. Je vomis sur le sol, je vomis sur la table, je vomis dans mon lit. J’en mets partout. Des gros grumeaux verts et jaunes, la totalité de mes repas depuis que je suis sorti du ventre de ma mère. Je vomis tout ce que j’ai avalé en 25 ans de vie ultra-consumériste.

Je vomis mes premiers pots pour bébé, je régurgite mes fruits écrasés, je dégueule mes infâmes Malabars, je rends mes premières cuites. Pour ne rien perdre – j’ai été éduqué dans une logique de récupération -, je ramasse cette matière vomie pour la mettre dans des paquets. Je fais de gros colis de mes anciens repas, que j’affranchis pour 14,60 Frs les cinq kilos. Je les adresse à des Organisations Humanitaires qui Luttent pour le Bien de la Planète, en redistribuant mon vomi de riche nordiste aux pauvres sudistes du Tiers-Monde.

Mais comme le vomi est une matière qui s’altère lors d’un transport en gros pétrolier qui pollue, mes colis arrivent en Afrique dans un état de non-comestibilité avancée. À ce stade, il n’y a guère que les mouches pour se disputer mes grumeaux bigarrés, reliques désespérantes de la surabondance captitaliste. Par conséquent, si vous êtes – tout comme moi – dégoûtés par ce gaspillage révoltant de vomi, je vous prie de ne consommer que le strict nécessaire dans vos activités de nordiste. Toutes les matières dont vous abuserez, je les vomirai.

Pendant les 92 secondes nécessaires à la lecture de ce billet proprement dégoûtant, 200’000 (deux cents mille) dollars ont été dépensés par l’armée américaine pour financer la guerre en Irak, 700’000 paquets de cigarettes ont été vendus dans le monde, et 30 enfants sont morts de faim dans les pays en voie de développement.

Et comme je n’ai pas compté les 7 secondes nécessaires à la lecture de l’avant-dernier paragraphe, vous pouvez rajouter deux enfants (au moins).

Par défaut
Actualité, Choses politiques

Orly est mort

Sur le bédé-blog de Trondheim, on apprend que son chat Orly est mort, écrasé par la porte du garage. Alors bon, je sais pas vraiment si c’est fiction ou réalité, mais ça fait quand même bizarre de voir rappliquer en ligne cette bonne vieille mort qu’on oublie le trois quart du temps. Mais j’ai pas de garage, alors je me fais pas de souci pour Tibert.

Tibert dans l’incertitude

Mon cousin va se faire opérer demain; un gros truc, ils vont lui ouvrir le cerveau, parce qu’il a eu une vraie merde il y a plusieurs années, une rupture d’anévrisme ou un truc du genre, la malformation d’une veine dans le cerveau qui éclate tout d’un coup, le genre de bombe à retardement avec laquelle tout le monde se trimbale et qui t’explose à la gueule si c’est pas de bol. Et là, c’était pas de bol pour lui.

Alors demain ils vont lui ouvrir un bout du crâne pour lui faire une opération assistée par un robot, le gros souci qui transforme nos utiles activités en futiles puérilités; pas vraiment le truc qui vous donne la pêche un lundi de Pâques, alors que Jésus est mort (ouais ouais, et ressucité tu parles) vendredi passé. À mon cousin, ils vont lui mettre des boulons à trois endroits, il m’a expliqué que c’était comme un GPS, ils font une triangulation en trois dimensions pour être plus précis pendant l’opération. Bla bla bla, tout ça c’est rien que de la technologie, est-ce que vous croyez que ça me rassurerait plus si vous me disiez que vous vous êtes très bien lavés les mains avant?

C’est marrant ça, on s’entoure de tout plein de progrès et de machines qui font bip-bip en aluminium, des trucs rutilants que les hôpitaux se targuent d’avoir parce que « c’est le seul électro-scanner-o-gramme d’Europe, et c’est nous qui l’avons » et on est pas rassuré pour autant. Gérer l’incertitude, voilà le vrai défi du sage.

Par défaut
Actualité

Le mystère Ramseier

Alors que les scientifiques de la NASA ont révélé leur projet d’établir une base lunaire qui servirait de camp de base aux futures expéditions pour Mars, la communauté internationale néglige un problème gravissime auquel les générations prochaines devront faire face, à savoir: pourquoi le jus de pommes Ramseier fait-il des bulles?

Pourquoi le jus de pommes fait-il des bulles?

Depuis son lancement en 1947, le jus de pommes Ramseier a reçu un écho considérable dans la population suisse. Le nom de l’entreprise a certes écarté le produit des marchés internationaux – pour cause d’imprononçabilité en anglais -, mais le doux patronyme de « Ramseier » évoque pour beaucoup un ancien camarade d’école de recrues suisse-alémanique blessé à la jambe d’un éclat d’obus (il perdait un sang terrible, inutile de faire un garrot, cas désespéré, la famille était soulagée).

Contenant exclusivement du jus de fruit – mélange subtil de pommes et de poires (10%) -, le jus de pommes Ramseier est cent-pour-cent naturel; les producteurs ont renoncé à ajouter des sucres de synthèse ou des agents conservateurs. Seulement voilà, le jus de pommes Ramseier est gazéifié artificiellement, sans qu’on puisse mettre en cause la fermentation naturelle du produit.

Après avoir savouré les premières milisecondes du délicieux nectar qui s’engouffre dans notre orifice buccal, c’est donc un petit drame qui se joue dans votre grande bouche: les petites bulles de gaz carboniques viennent picoter la langue, provoquant d’infimes démangeaisons sur toute la surface palatale. Cette action vient se corroborer à la légère acidité du produit et la douce amertume des particules de pelures de pommes (coupées très fin, il est vrai) qui viennent méchamment titiller les papilles gustatives (pour une description complète du processus, voir le très bon article de Daniel Unterberg, « Die Mundentzüdung des Ramseier », Zeitschrift für die Gastronomie-Forschung, n° 78, Januar 1986).

La question de la gazéification a rencontré un succès mitigé dans la communauté scientifique. L’étonnement des spécialistes provient du fait que le processus n’améliore en rien la conservation du jus de pommes; il n’y a donc pas là d’argument « utilitaire » pour la gazéification du Ramseier. La meilleur hypothèse à ce jour reste celle de Torstein-Hildegursson (1986) qui a proposé l’explication suivante: à l’origine, le jus de pommes fermentait, est devenait donc un peu picotant (on dit « quelle piquette », ou « que ça picotze » dans certaines régions reculées de Suisse); nonobstant les progrès de conservation, les Hélvètes ont envie de retrouver cette saveur « picotzante » dans leur jus de pommes moderne. Autrement dit, ce serait pour reproduire le goût du passé, la saveur de moisissure d’hier, que le jus de pommes Ramseier est gazéifié.

Mais Torstein-Hildegursson (1986) a rencontré des adversaires farouches pour avoir osé publier cette théorie. Parmi ses plus violents détracteurs, Apfelbaum-Tytecha a dénoncé les biais de l’étude de Torstein-Hildegursson, en remarquant plusieurs fautes d’orthographe dans les notes de bas de pages du scientifique. Le litige portait sur des erreurs d’accords du participe passé, et Torstein-Hildegursson s’est défendu dans un virulent article, « Was, warum, und wie sind die frustiger Danft viele Spunzbereitsahn? » (1986). La querelle a évolué en bataille partisane, chaque spécialiste se rangeant parmi les « pro- » ou « anti-Torstein-Hildegursson »: il devenait interdit de rester indécis sur la question (en marge du débat, les scientifiques révisionnistes ont toujours tenu à éluder la question de la gazéification).

À l’heure actuelle, le doute habite encore les chercheurs du monde entier. Parmi les pistes les plus sérieuses, celle qui impliquerait la qualité des pommes déjà cultivée avant septembre paraît pouvoir fournir de sérieux éléments de réponse, puisque les premiers résultats permettent de donner l’aval à la théorie de Torstein-Hildegursson (Gazeification and latino dances: Samba, Merengue and Calypso, Dominic Fotherington-Gregson, Lereska ed., à paraître).

Par défaut