Choses politiques

Individualisme vs. Humanisme

L’individualisme, c’est croire que les efforts pour le confort individuel vont améliorer la société.

L’humanisme, c’est savoir que les efforts pour améliorer la société vont améliorer le confort individuel.

L’individualiste se demande quel véhicule – d’entre la Punto et le Hummer – il pourra prendre pour éviter la cohue dans les supermarchés pour réaliser au mieux ses achats de Noël dans l’ambiance la plus festive possible.

L’humaniste s’en fout: il sera en train de servir la soupe populaire.

 

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Poésie

T-2-5-6-5

Poème SMS n°1 (les poèmes SMS font exactement 160 signes, espaces compris)

T-2-5-6-5:
Tes deux seins si saints,
Tes deux yeux tant mieux,
Ton parfum si fin,
Tes cheveux je veux,
Tes bras en ébats,
Tes sens en émois,
Et moi contre toi.

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Actualité, Écriture

Tous limités

Ce dimanche, j’entre dans un café bondé. Une seule place de libre, à côté d’un handicapé moteur; torturé par des spasmes incontrôlables, ce barbu crispé tente désespérément d’attirer l’attention d’une serveuse pour payer son dû. Je vous avoue que j’hésite trois secondes avant de m’asseoir. Peur de qui, peur de quoi, après tout?

Après deux minutes, feignant d’ignorer le handicap de mon voisin, je démarre mon ordinateur portable. L’homme engage la conversation, en articulant avec peine les syllabes qui forment difficilement ses mots. À moi de mettre tout ça en phrase, péniblement.

– Bon…zour… c’est-c’est-c’est…le…derrniéé…modaèl? (il montre maladroitement mon ordinateur)

– Si c’est le dernier modèle? Ah non, je l’ai acheté d’occasion, voyez-vous; je crois qu’il est sorti il y a un ou deux ans.

– Comm…zça…c’est…moins…chehhrrr…

– Oui, oui, c’est plus économique.

Je paraphrase chacune de ses répliques, pour être sûr d’avoir bien compris.

– Jje…peux…vous…rrhaconter… une…mauvaizzz…expérienssss?

– Heu… Honnêtement, je préférerais que vous me racontiez une expérience heureuse, mais allez-y…

Et l’homme de raconter péniblement – il développe des efforts incroyables pour articuler convenablement – une anecdote qui date de l’année passée: il s’est vu refuser l’embarquement pour une croisière au départ de Venise. Arrivé jusque dans la cité des Doges, des voyagistes l’empêchent d’embarquer sous d’obscurs motifs; l’homme est convaincu qu’il a subi une discrimination effrontée. Je suis pris de pitié, rageant contre les services (ou des hommes) qui ne se rendent pas compte de la souffrance morale qu’ils font subir à des êtres déjà limités.

– Mais… Vous n’avez pas tenté de porter plainte, de les poursuivre en justice?

– Oui-oui-ouhouhoui… Mais…il…n’y…aah… pas…de…lwoââ… pour… çâââh.

– Mais est-ce qu’il n’y a pas quelqu’un qui pourrait vous représenter juridiquement?

– Ou-ou-ouiiii, j’ai… une…assisssssstaonte…sociale…

Et il conclut, candidement:

…mais-mais-mais… elle…est…li-mi-téééée.

couché sur l'échafaudage

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Actualité, Choses politiques

Les pressés

Pire que les retards imprévus des CFF, pire que leurs contrôleurs aigris, pire que les taches suspectes sur les sièges, pire que les gosses qui braillent dans tout le wagon; oui, il y a pire que tout ça: le vrai problème, le seul fléau, c’est l’usager pressé qui vous pousse sans aucune dignité au moment d’embarquer.

Tout d’abord, le train arrive en gare. Pendant la durée de sa lente immobilisation progressive, les voyageurs s’agglutinent comme des mouches autour d’une plaie sanguinolente, en ébauchant une bizarre chorégraphie: maladroitement, les pressés esquissent des mouvements de crabes pathétiques pour se positionner dans l’axe de la porte.

Ensuite, la porte s’ouvre pour laisser s’échapper les voyageurs précédents. Ceux-ci doivent se frayer un difficile chemin à travers la foule de pressés, qui ne lâchent pas d’un pouce leur précieux terrain – chèrement défendu à force de regards noirs et frottements subreptices. Comme s’ils ne connaissaient pas les règles élémentaires de proxémique, les pressés fusionnent en une masse noirâtre et humanoïde, qui se referme sur les évadés avec brutalité. Vous qui entrez en gare, abandonnez toute espérance d’apercevoir une once de dignité: ici, c’est chacun pour soi. Si les usagers avaient des machettes, il y aurait du sang sur les voies.

Troisième phase: les pressés se poussent discrètement pour entrer les premiers, obsédés qu’ils sont par l’idée d’être enfin à l’intérieur – comme si le train n’allait pas les attendre, comme si le wagon était un vagina dentata prêt à les avaler dans un gloussement sec et morbide. Toute trace d’empathie a définitivement disparu, et les pressés s’ignorent religieusement; le silence est de rigueur – on n’ose pas proposer un « après vous », qui pourrait soudain ouvrir une brèche d’humanité dans cet océan d’égoïsme.

Quatrième phase: une fois dans l’intimité du wagon, les pressés occupent leur place comme une propriété privée; tous les moyens sont bons pour prendre le plus de place possible, pour rendre impossible toute intrusion étrangère: bagages en désordre, nourriture odorante, pieds nus, position de sieste (parfois feinte), musique bruyante – les pressés ne reculent devant aucun stratagème. Et si un quidam se permet le sacrilège de demander si la place est libre, il se voit sanctionner d’un regard noir, d’un « mouais », d’un deuxième regard noir et d’une lente manifestation d’efforts surhumains, accomplis à contrecœur, pour libérer de l’espace.

Et encore – les pressés gardent toujours l’accoudoir central. Toujours.

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Où l’on apprend les positions de Tibert en matière de télévision

Mon chat Tibert est constamment installé sur le canapé, juste devant la télévision.

– Tu veux que je t’allume le poste, Tibert?

– Oh non, maître! (il bâille et s’étire)

– Tu es sûr? Tu ne t’ennuies pas?

– Bien sûr que je m’ennuie – aucune chatte à câliner et pas de nouvelles croquettes. Mais je préférerais courir à poil sous la pluie du mois de novembre plutôt que de regarder une de vos émissions de télévision. (Il se lèche la patte, puis la passe derrière l’oreille. Il bâille à nouveau). J’en ai déjà fait l’expérience: la télévision est l’une de vos réalisations les plus ineptes.

– Je veux bien que tu m’expliques ça.

– Sans aucun problème (il se relève, se gratte l’oreille avec sa patte de derrière, puis se recouche dans une autre position). Alors votre télévision, c’est à peu près ça : des émissions d’actualité avec des catastrophes à tous les coins de rues, des débâcles, des scandales, des erreurs, des horreurs, des explosions, des implosions, des convulsions, des dangers à tous point de vue. Au milieu de tout ce charabia, un reportage tout chou tout sucré sur la chorale de Bottoflens qui monte un spectacle de variété, avec des sourires et des enfants et des sourires d’enfants.

Après cela, une petite page de publicité pour vous faire bien comprendre que vous êtes incomplets sans le dernier Gilette, la dernière Nivéa, la néo-tourniquette et le déo dessous-de-bras.

Ensuite, un magazine politique où deux invités de gauche et de droite s’interrompent de gauche et de droite en répétant répétant répétant répétant les mêmes arguments de gauche et de droite pour attaquer les échecs de gauche et de droite. (Tibert se lève et se lèche le bas du cou)

Tout de suite après, une nouvelle page de publicité pour bien vous faire re-comprendre que vous êtes incomplets sans la dernière Punto, les lunettes de Johnny, les céréales au choco et la moutarde Thomy.

Aussitôt, une sirupeuse sitcom qui glorifie l’empire des émotions et la réussite matérialiste : on se demande comment la ménagère-type qui repasse son jogging taille 45 peut encore oser s’identifier à ces larmoyants éphèbes californiens intriguant dans des salons floutés.

À la fin du sitcom – devinez quoi ? – une page de publicité pour vous faire sentir – dans votre chair et dans votre sang – que vous êtes définitivement incomplets sans les assurances Axia, le Hummer Toyota, la lessive Omo Ultra Plus et le Dildo Deep Anus.

Ensuite, un dessin animé pour les gosses qui rentrent de l’école, qui viendront s’ébaubir devant les vulgaires combats de héros manganoïdes venus sauver l’univers à grands coups de genoux dans la gueule. Allez leur dire de faire une rédac’ sur Martin Luther King après ça… (Tibert se relève, et se secoue la tête vigoureusement)

Juste après, une émission de télé-réalité (quelle réalité?) sous forme de concours stupide, où le meilleur chanteur / danseur / beau parleur gagne cent cinquante mille euros ; comme ça, vos mômes intègrent bien les principes de l’esprit de compétition et d’humiliation perverse, et surtout apprennent que l’ARGENT C’EST IMPORTANT.

Enfin, pour satisfaire petits et grand dans la bonne humeur générale, un jeu télévisé trivial, dans lequel un animateur aux dents très blanches pose des questions de culture GÉNÉRALE, puisque c’est ça la mission de la télévision : de la CULTURE GÉNÉRALE, nivelée par le bas, édulcorée et hachée tout fin pour que des bambins aux gencives fragiles puissent ingérer tout ce que l’écran vomit, une bouillie infâme et culpabilisante qui vous maintient dans un état de manque. (il tousse deux fois, puis se réinstalle plus confortablement)

Alors regarder la télévision, moi, non merci.

Tu n’aurais pas plutôt un bon bouquin?

Love

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Où Tibert nous explique qu’il parle parfaitement bien le français

Génie en herbe

Je ne vous l’ai sûrement jamais dit, mais mon chat a un secret.
C’est un chat qui parle.
Comme vous et moi.
Il peut parfaitement bien s’exprimer, d’un français limpide et savoureux. C’est peut-être même mieux qu’il vous l’explique lui-même.
Tibert, tu veux bien nous dire deux ou trois choses?

– Miaou.

– Tibert! En français, s’il te plaît!

– Qu’est-ce que tu veux que je te dise, moi? (il bâââille)

– Je ne sais pas, moi… C’est pour mes lecteurs, tu comprends. C’est sans doute la première fois qu’ils apprennent qu’un chat peut parler.

– Ah. Mouais. Mrrraou (il s’étire)

– Allez, fait un effort, quoi! Explique-leur pourquoi tu parles rarement, par exemple!

– Pourquoi je parles rarement? C’est très simple, ça, maître: parce que votre conversation d’humain est très ennuyeuse. En fait, c’est même pour ça que les chats dorment autant pendant la journée: leurs maîtres ne savent pas les passionner. On prendrait bien un moment à discuter avec vous, à vous apprendre des trucs sur la vie, mais vous êtes tellement ennuyeux qu’on abandonne assez vite.

– Tibert! Tu es plutôt sévère avec nous…

– Mais c’est la vérité, maître! Tout d’abord, les humains parlent beaucoup trop et n’écoutent pas assez. Pourquoi croyez-vous que la Nature ait fait les êtres vivants avec deux oreilles et une seule bouche? Pour le seul confort de la stéréophonie? Voilà bien le symbole de vos courtes vues! Si l’évolution nous a doté ainsi, c’est parce qu’il faut passer deux fois plus de temps à écouter qu’à parler. (il se lèche la patte)
Vous, les humains, vous vous exprimez sur tous les sujets sans rien savoir, vous faites des suppositions sur des phénomènes qui vous échappent totalement, et vous échafaudez des théories ineptes sur tous les sujets qui vous passent sous les griffes – pardon, je veux dire, pas les griffes, mais sous les mains. Voilà le problème, maître.

– Je suis très étonné, parce que tu prends des airs supérieurs, mais tu continues à m’appeler « maître »…

– Ah, attention! Il ne faut pas tout confondre! Si je t’appelle comme ça, c’est d’abord parce que j’ai beaucoup d’estime pour toi; mais je sais également que tu es sensible à la flatterie… Et puis c’est donnant-donnant: tu me tiens au chaud et tu me donnes des croquettes au goût de bœuf-champignons, et en échange, je t’appelle « maître ». Crois-moi, en matière de transfert de biens et services, je gagne à tout point de vue. Les chats domestiques réussissent la prouesse d’être les plus cyniques des parasites, tout en étant très estimés par leur maître (il ronronne).

– Tu dis ça pour te rendre méchant. Je sais que tu es très gentil, au fond.

– Vous et votre manie de tout séparer en catégories… bien ou mal, gentil ou méchant, chaud ou froid! C’est bien un truc d’humain: vous collez des étiquettes sur les êtres qui vous entourent – soit-disant pour vous y retrouver dans la réalité; et puis la minute d’après, vous figez les choses dans leur contexte, pour être plus tranquilles. Les choses changent, humains! Vous avez même un  joli mot pour décrire ça: « l’impermanence » (il se lèche fébrilement). Il y avait deux ou trois humains qui étaient assez malins pour vous faire voir ça – Héraclite et Lao-Tseu, je crois – je suppose qu’ils étaient inspirés par des chats. C’est connu, ça: la plupart des génies ont un chat qui leur souffle des idées.

– J’ai tout de même de la peine à vous croire si sages que ça, vous les chats.

– Maître! Ne m’as-tu pas encore observé assez longtemps? Dormir, manger, câliner des chattes et chasser des souris; n’est-ce pas la plus sage des existences?

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Toi aussi, joue avec les scams africains

Meuh oui, je suis sûr que vous avez déjà reçu ce genre de message:

De: zone010@ezg12.com
À: finpoil@danstabouche.com

Bonjour ,

En septembre 2003  des millions ont été dérobé dans la succursale de la BCEAO de Man (ouest d’Abidjan) par des ex rebelles qui étaient censés assurer sa sécurité . C’est le quatrième « casse » de ce genre dans les agences de ladite banque installées en zone ex rebelle, et le deuxième perpétré  en Côte d’Ivoire. Étant en service dans cette localité en tant qu’auditeur , j’ai pris connaissance d’un dossier portant sur une importante somme d’argent appartenant à feu M. Richard  qui était client à la banque.

Depuis lors, j’ai mené plusieurs enquêtes  pour localiser un des parents du défunt client mais en vain. Après plusieurs tentatives échouées, j’ai décidé de m’investir un peu plus pour pouvoir trouver un membre de sa famille et c’est ainsi que je rentre en contact avec vous.

N’ayant pas trouvé de parent au cours de 2 dernières années, je voudrais si vous êtes intéressé  pour que je vous introduise comme un parent proche du défunt et par conséquent l’héritier légal pour que les fonds puissent vous êtes versés ainsi le partage se fera entre vous et moi. J’aimerais avoir votre entière et honnête coopération pour nous permettre de réaliser cette affaire.
Espérant que vous voudriez bien répondre à ma proposition , je vous salue cordialement ,

H.Dagri

Donc je reçois ce message la semaine passée; et je renvoie immédiatement mon message-type pour ce genre de demande (que je vous invite à copier-coller pour vos propres ripostes):

De: finpoil@danstabouche.com
À: zone010@ezg12.com

Bonjour,

Vous cherchez des victimes crédules pour une escroquerie connue sous le nom de « scam africain » (http://www.hoaxbuster.com/dossiers/detail.php?idDossier=3595). Vous êtes une personne malhonnête et vous insultez mon intelligence en me prenant pour un naïf utilisateur de l’Internet.

Je crois à des valeurs de respect, et j’espère que vous les rejoindrez un jour.
Je crois à la valeur du travail, et j’espère que vous vous y mettrez un jour.
Je crois à l’idée du karma, et je sais que vous noircissez le votre. Pire: vous insultez vos semblables en donnant des exemples aux racistes qui dressent l’égalité « Africains = Voleurs ».

Je vous plains, et en même temps je suis persuadé que vous avez la possibilité de changer en quelqu’un de bon.
Je n’échangerai plus aucune correspondance avec vous.
Quelqu’un qui vous veut du bien.

Peut-être un peu bon enfant, comme réponse, mais ça a le mérite d’être non-violent et de les envoyer poliment paître. Palsambleu! Que ne fut pas ma surprise en découvrant cette réponse, qui se passe de commentaires (les typos sont d’origine, vous pensez bien…). Ça m’apprendra à être poli, bordel de merde!

De: zone010@ezg12.com
À: finpoil@danstabouche.com

Toi , le fils de pute que tu es !!!! losrque vous et vos dirigeants et vous sales cochons allez cesser de foutre le bordel sur notre peuple Afrivain , nous allons aussi cesser de vous soutirer de l’argent .

Vous venez piller nos richesses pour aller construire vos villes et pays . Vous organisez les guerres civiles partout en Afique et vous voulez qu’ait pitié de vous ? Vous nous montez les uns contre les autres !!!

Va te faire mettre bien dans CUL de ta mère bien profondement .  C’est bien vous les VOLEURS . Vous pensez que l’Afrique est votre POUBELLE ?

SALES COCHONS que vous êtes , Fais passer mon messages sur toutes vos chaines de télés sans oublier le cul de ta mère et ta grd mère aussi ainsi chanque matin en lavant son CUL à travers lequel t’es venu au monde elle se souviendra .

Si t’as une un tête réflechis bien car vous les COCHONS , vous reflechissez qu’avec vos QUEUES …

Allez, sans rancune…

Jesus_Loves_You

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Écriture, Choses politiques

Les deux manières

Il y a deux manières d’être riche: avoir beaucoup, ou désirer moins.
Il y a deux manières d’aimer son prochain: le rendre aimable, ou le trouver parfait.
Il y a deux manières de rencontrer Dieu: le chercher toute sa vie, ou savoir qu’il est en chacun de nous.

à l'abri

Il y a deux manières d’être riche: avoir beaucoup, ou désirer moins.

Au début, les gens mangeaient leurs légumes, cultivaient leur jardin et discutaient au clair de lune. Et puis un fou est arrivé, leur a dit que dans un pays lointain, les gens labouraient avec de meilleurs outils, semaient de meilleures semences et faisaient de meilleures récoltes (ce qui leur permettait de prendre des vacances en Italie). Les gens ont pris le fou au sérieux, ont voulu construire des charrues à trois socs, sont allés chez le forgeron qui voulait être payé avec de la nourriture; alors les gens ont voulu défricher plus de terres cultivables pour nourrir le forgeron, sont allés chez les bûcherons qui voulaient être payés avec plus de nourriture; alors les gens ont voulu envahir leurs voisins pour nourrir les bûcherons. Mais l’armurier était malade, alors ils ont du travailler comme des fous, et ils attendent encore leurs vacances (en Italie).
Depuis, le fou est mort et enterré, mais les gens continuent à croire à ses promesses.

Il y a deux manières d’aimer son prochain: le rendre aimable, ou le trouver parfait.

Au début, on s’aimait comme des fous, insouciants et stupides: on folâtrait dans la nature avec les vaches et les brebis. Et puis Femina a fait paraître ce fameux quiz « Avez-vous le partenaire idéal? » et tu l’as fait pour moi et je l’ai fait pour toi et on s’est fait la gueule pendant un mois, en croyant que l’idéal était plus important que le moment présent. Quand l’idéal est entré dans nos vies, nous sommes entrés dans nos têtes: tout devenait conditionnel, tout devenait futur; tout devenait intellectuel, tout devenait culture; et on a commencé à croire que l’un devait compléter l’autre, que l’autre devait stimuler l’un. On s’est pris mutuellement en défaut, alors que l’on était déjà parfaits.
L’amour, ça se construit; les briques ne manquent jamais.

Il y a deux manières de rencontrer Dieu: le chercher toute sa vie, ou savoir qu’il est en chacun de nous.

Au début, je vivais avec la nature, le ciel et les nuages. Un jour, un homme est arrivé, tout en noir avec une tache blanche au cou. Il m’a dit que Dieu était mort pour moi sur la croix, et que les différences entre le Bien et le Mal étaient inscrites sur les pages d’un grand livre (plutôt que sur les veines de mon cœur). On m’a dit que Dieu nous regardait d’en haut, qu’il nous aimait mais nous laissait libres. Moi, ça m’étonnait. Dieu, je l’avais toujours entendu à l’intérieur de moi. Et je ne l’appelais pas Dieu. Je ne l’appelais pas: je le sentais.
Le jour où je me suis rappelé que j’étais Dieu, que tout le monde était Dieu, j’ai souri.
Et je souris encore.

Quel scandale pour le productivisme, si les gens savaient qu’ils ont déjà tout.
Quel scandale pour le sentimentalisme, si les gens savaient qu’ils sont tout.
Quel scandale pour le fondamentalisme, si les gens savaient qu’ils sont Le Grand Tout.

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Actualité

Pour que Doris relise Boris

Un interview de Doris Leuthard pour le 24Heures m’a fait bondir sur ma chaise. Ma tête à cogné le plafond, et ma cervelle s’est répandue sur le carrelage de la cuisine, tandis que ma boîte crânienne retombait comme une feuille aux couleurs d’automne. Mes deux chats jaunes sont venus se régaler de ma matière grise, et j’étais vert de rage lorsque j’ai repris mes esprits.Doris

S’il était encore vivant, je proposerais volontiers à Mme Leuthard de laisser son poste à Boris Vian; mais vu qu’il est mort depuis 50 ans, c’est un peu difficile. D’ailleurs, qui s’est soucié de lui rendre hommage cette année, hein? Personne! Alors bravo la reconnaissance, bordel! Mais ce qu’il y a de bien avec un écrivain mort, c’est qu’on peut le relire avec la certitude qu’il a laissé quelque chose à la postérité, à la différence des politiciens de droite.

Je propose donc officiellement à Mme Leuthard de relire la prose (et la poésie) de M. Vian, écrivain, ingénieur, inventeur, musicien, auteur, parolier, poète, critique, scénariste et traducteur (excusez du peu; c’est vrai qu’avant TF1, les artistes se mêlaient de tout et refusaient les étiquettes qui collent).  À la lumière des brillants passages de Boris, Doris pourra certainement trouver des contre-arguments de choix, ce qui lui évitera de nous jouer du pipeau (Boris jouait de la trompette) quand elle nous dit que les « armes ont une fonction dissuasive, et peuvent servir en ce sens d’instruments de dialogue. » À ce niveau d’argumentation, moi j’ai tendance à prêcher la décapitation immédiate, mais je me retiens (après tout, la guillotine est-elle un instrument de dialogue?) pour laisser la parole au poète:

Colin entra. La pièce était petite, carrée. Les murs et le sol étaient de verre. Sur le sol, reposait un gros massif de terre en forme de cercueil, mais très épais, un mètre au moins. Une lourde couverture de laine était coulée à côté par terre. Aucun meuble. Une petite niche, pratiquée dans le mur renfermait un coffret de fer bleu. L’homme alla vers le coffret et l’ouvrit. Il en retira douze objets brillants et cylindriques avec un trou au milieu, minuscule.
– La terre est stérile, vous savez ce que c’est, dit l’homme, il faut des matières de premier choix pour la défense du pays. Mais, pour que les canons de fusil poussent régulièrement, et sans distorsion, on a constaté, depuis longtemps qu’il faut de la chaleur humaine. Pour toutes les armes, c’est vrai, d’ailleurs.
– Oui, dit Colin.
– Vous pratiquez douze petits trous dans la terre, dit l’homme, répartis au milieu du cœur et du foie, et vous vous étendez sur la terre après vous être déshabillé. Vous vous recouvrez avec l’étoffe de laine stérile qui est là, et vous vous arrangez pour dégager une chaleur parfaitement régulière.
Il eut un rire cassé et se tapa la cuisse droite.
– J’en faisais quatorze les vingt premiers jours de chaque mois. Ah!… j’étais fort!…
– Alors? demanda Colin.
– Alors vous restez comme ça vingt-quatre heures, et, au bout de vingt-quatre heures, les canons de fusil ont poussé. On vient les retirer. On arrose la terre d’huile et vous recommencez.
(L’Écume des Jours, chapitre 51)

Ça, c’est pour le côté émotionnel et onirique de l’argumentaire; à l’image des canons de Colin, Doris Leuthard s’enfonce encore plus avant dans la bêtise, en criant au massacre de 5’100 emplois. Voilà où se situe le débat: des guerres contre des emplois! « De la chair contre du papier-monnaie »! C’est juste une variation sur le thème du « pétrole contre des médicaments ». Et on revient toujours à ce sacro-saint argument de l’emploi: le travail, toujours le travail, comme une litanie, un mythe de paix dans le monde. Lorsque tout le monde travaillera, la paix universelle sera atteinte, ha ça oui! Leuthard nous présente le travail comme un but, une fin en soi, l’Achèvement Ultime!

Le paradoxe du travail, c’est que l’on ne travaille, en fin de compte, que pour le supprimer.
Et refusant de constater honnêtement son caractère nocif, on lui accorde toutes les vertus pour masquer son côté encore inéluctable.
De fait, le véritable opium du peuple, c’est l’idée qu’on lui donne de son travail. Comme si le travail était autre chose qu’un moyen, transitoire, de conquête de l’univers par l’homme.
[…]
La guerre est la forme la plus raffinée et la plus dégradante du travail puisque l’on y travaille à rendre nécessaire de nouveaux travaux.
(Traité de civisme, fragments II et note D)

En outre, Boris Vian s’appuie lui-même sur les travaux de Lewis Mumford pour montrer à quel point la guerre, en tant qu’entreprise économique, relève d’un cynisme dégoûtant:

L’armée est le consommateur idéal, car elle tend à réduire à zéro l’intervalle de temps entre la production initiale profitable et le remplacement profitable. La consommation rapide du ménage le plus luxueux et le plus prodigue ne peut rivaliser avec celle d’un champ de bataille. Mille hommes fauchés par les balles entraînent plus ou moins la demande de mille uniformes, mille fusils, mille baïonnettes supplémentaires. Un millier d’obus tirés ne peuvent être récupérés et ré-employés. À tous les malheurs de la bataille, s’ajoute la destruction plus rapide des équipements et du ravitaillement.
(L. Mumford, Techniques et civilisation, cité par Vian)

L’armée n’est plus seulement un pur consommateur, elle devient un producteur négatif: c’est-à-dire que, suivant l’excellente expression de Ruskin, elle produit le mal au lieu du bien: la misère, la mutilation, la destruction physique, la terreur, la famine et la mort caractérisent la guerre et en sont le principal résultat.
(Traité de civisme, notes éparses)

Je voudrais être clair: à mon sens, on ne peut pas défendre la production d’armes comme un métier normal. Comme beaucoup d’autres professions, c’est un métier qui échappe à l’éthique (maquereau, dealer, trafiquant, cambrioleur, voleur, jeune libéral, militaire, tueur à gages, terroriste); en élevant les ouvriers des armes au même rang que les autre professions du secteur tertiaire, Mme Leuthard glorifie toute idée de travail comme respectable; on pourrait lui objecter qu’il faudrait encourager le trafic de drogues, juste parce que l’économie permet de tourner grâce à lui. En soutenant les marchands d’arme, la conseillère se tire tout simplement une balle dans le pied.

On me dira que c’est triste, ces 5’100 personnes qui vont se retrouver au chômage.

Oui, c’est triste de se retrouver au chômage.

Et alors? Je suppose qu’ils pourront retrouver un travail plus éthique, l’occasion pour eux de changer de métier, de vivre une passion. Je veux dire, j’aurai quand même de la peine à comprendre un ouvrier qui soit réellement attaché à sa fonction de constructeur de balles! Un fabricant d’armes, qu’est-ce qu’il répond dans les soirées mondaines, quand on l’interroge sur son métier, sur ce qu’il fait de ses journées? Est-ce qu’il dit la vérité?

Ou est-ce qu’il dit juste qu’il a un travail?

Un travail.

Un cravail.

Une crevaille.

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