Non classé

Nétiquette 2.0

Vous avez peut-être été redirigé sur cet article par quelqu’un qui a estimé que vous n’avez pas utilisé le bon canal de communication. 

MAIL: pertinent pour donner de l’information concrète, ou adresser des questions directes.

SMS: pertinent pour les mêmes contenus qu’un mail, mais en plus court. 


 

Pour lancer un débat, un échange d’idées ou de points de vue, adresser des critiques, donner des informations complexes et/ou litigieuses préférer: 

LA RENCONTRE (à 2): on peut tout se dire, n’est-ce pas? On peut parler avec les mains, lire le paraverbal de l’autre, passer l’émotion; vous verrez, c’est génial. 

L’ECHANGE TÉLÉPHONIQUE: c’est la RENCONTRE, en moins bien (peu de paraverbal, mais ça dépanne).

LA VISIOCONFÉRENCE: c’est l’ÉCHANGE TÉLÉPHONIQUE en plus hipster. 

LA SÉANCE DE GROUPE (3+): si c’est important que tout le monde échange sur le sujet dans un temps donné. 
(oh, à propos de séance, lisez d’abord ça avant de la convoquer)

 

Par défaut
Non classé

Anti-mythes sur les associations

Dès que tu veux ouvrir un compte postal, faire une demande de fonds, ou tout simplement structurer légalement le projet artistique pour lequel tu t’engages, tu fondes une association. En Suisse, c’est extrêmement simple. Pendant le moment qu’il vous faudra pour lire cet article, plus d’une dizaine d’associations se seront constituées, par le biais d’une assemblée constitutive (de minimum deux membres!) conduisant à l’adoption de statuts. En fait, si vous lisez ce billet, vous faites probablement déjà partie de 2 ou 3 associations. (peut-être sans le savoir) (je plaisante)moules

Au cours des échanges entre associations culturelles, principalement autour des relations avec les organismes de subventions, je me suis rendu compte que plusieurs mythes circulaient; pour certaines questions, j’ai tout entendu (tout, et son contraire aussi). J’ai pris contact avec le Centre de compétences pour la vie associative, à Lausanne, et j’ai eu un échange passionnant et fructueux avec une collaboratrice qui a éclairé ma lanterne sur plusieurs points:

Est-ce que l’association doit déclarer ses salaires et payer des cotisations sociales?

Normalement, pour une activité annexe, il y a une dérogation pour les revenus en dessous de 2’300.-.
Cela dit, pour les institutions culturelles (et le théâtre, c’est la culture), la loi prévoit que les cotisations doivent être versées dès le premier franc. Donc pas de bol, mais il faut vous affilier à une caisse AVS.

Les membres du comité peuvent-ils se salarier?

C’est fondamentalement contraire à l’esprit associatif, qui se base sur une volonté bénévole. Et c’est aussi illégal: au sein d’une association, je ne peux pas être mon propre employeur.
Par contre, le comité peut désigner un membre du comité pour un job salarié, limité dans le temps. Ce mandat force le membre du comité à perdre sa voix décisionnelle, pour la durée du mandat.

Puis-je créer une association avec ma famille au comité, qui me salarie (alors que je reste simple membre)?

Oui, bien sûr. Légalement, c’est permis. Mais c’est fondamentalement contraire à l’esprit associatif: et puis, vous voulez VRAIMENT que votre père vous signe votre fiche de salaire?

Donc je pourrais faire une association-fantôme avec mes parents au comité; mais ce qui me gêne un peu, c’est que les organismes de demande de fonds vont un peu tiquer, non?

Pas le moins du monde. « Les organismes de subvention se foutent royalement de comment vous gérez votre association. Ils veulent juste des jolis statuts bien propre en ordre » (c’est la réponse textuelle de la collaboratrice du bureau de Bénévolat-Vaud). Apparemment, donc, il faut bien faire la différence entre les deux niveaux: le niveau légal, auquel on ne doit pas déroger pour les demandes de subvention; et l’autre niveau « éthique », qu’il faut respecter dans l’esprit d’une vie associative riche, où les bénévoles s’entraident en apportant des boîtes de biscuits aux assemblées générales.
En fait, certaines associations culturelles surfent sur cette ambiguïté en adoptant la forme associative, mais en nommant un « comité de paille », peu impliqué dans les prises de décision et le travail administratif, mais à qui on demande juste de signer les papiers aux assemblées. Beaucoup d’acteurs du monde culturel m’ont dit: « C’est débile, on sait que c’est débile, mais on le fait quand même, parce qu’il faut faire comme ça. »

Le truc, c’est que si je nomme un comité de bénévoles vraiment débrouillards et engagés pour mon projet artistique, ils vont venir mettre le nez dans mes affaires et avoir des exigences, hein?

Le comité peut en effet agir comme un garde-fou (dans le cas d’un dépassement de budget, par exemple). Artistiquement parlant, par contre, vos statuts peuvent garantir une indépendance totale du directeur artistique.

Donc au final, ça devient compliqué votre histoire: il faut un comité bénévole qui s’engage quand même à fond pour des demandes de subventions, mais qui n’aura peut-être rien à dire au niveau artistique?

Oui, c’est compliqué, mais c’est aussi un défi à relever: constituer une association culturelle autour de personnes que vous pouvez motiver et impliquer dans un véritable projet. Si vous arrivez à le leur vendre, alors le reste (public, subventions) va suivre.
Alors au boulot, bande de moules.

Par défaut
Improvisation et créativité

L’indice C.F.I. en improvisation (Comment Font-Ils?)

L’indice C.F.I. se définit comme le « degré d’époustoufle multiplié par la difficulté du défi théâtral lancé », tel que formulé par Hans-Georg Schumpeter (1986):

Qualité théâtrale × Difficulté technique

Exemple A: une belle improvisation libre
Exemple B: une belle improvisation en catégorie Shakespeare rimée
Exemple C: un ratage monumental en catégorie Shakespeare rimée

Dans l’exemple A, une improvisation d’une haute qualité théâtrale (notée 10) dans un format ou exercice facile (noté 1) obtiendra un indice CFI de 10. Alternativement (exemple B), une excellente impro (notée 10) dans un format difficile (noté 10) obtiendra un indice CFI de 100.

Pour plusieurs auteurs (Rickfeld, Groodt & Feldman), l’indice CFI est problématique: dans l’exemple C d’une mauvaise impro (notée 1) dans un format très difficile (noté 10), parce que le score obtenu est identique que dans le cas A, alors que l’improvisation peut être de très mauvaise facture et ne pas créer de niveau d’époustoufle pour un public d’initiés.

Schumpeter s’est défendu longuement (1988, 1991) pour expliquer que l’indice CFI n’avait que peu à voir avec la qualité réelle de l’improvisation: « Une bande de voyous peuvent tout à fait rater une improvisation dans un format trop difficile pour eux, techniquement; si le résultat est lamentable, l’indice CFI n’en est pas moins élevé, parce qu’un public bienveillant va saluer leur bravoure. » (notre traduction)

Rickfeld n’est pas de cet avis, lui qui explique que « les spectateurs ne sont pas dupes: au bout d’un certain temps, ils feront la différence entre le vrai théâtre et l’espèce d’amas de scènes, jouées en boucle par des imposteurs qui se lancent des défis tous plus ridicules les uns que les autres » (c’est lui qui souligne). Schumpeter s’est à nouveau défendu, en arguant que « ce ne sont pas les quelques aficionados (despicable improv geeks) qui font les réputations et le succès des comédiens d’impro, mais bien les grandes masses impressionnables » (notre traduction).

Précisons que ces points de vue sont extrêmes, et reflètent une volonté de décider ce qui est de la bonne impro de celle qui n’en n’est pas. En vérité, il faut se garder d’attacher trop d’importance à cet indice, et le ramener à ce qu’il est littéralement: un indice, c’est à dire un moyen de se renseigner sur le danger potentiel (mais aussi sa plus-value) à relever un défi théâtral.

Ellis (1995) a dressé une liste des catégories « à haut rendement CFI »: des contraintes de jeu difficiles techniquement uniquement en apparence (donc avec des notes élevées), mais relativement faciles à faire fonctionner: les improvisations alphabétiques, les improvisations avec accents, les improvisations avec des blagues sur l’actualité. Il décrit des techniques (cheap tricks) que certains comédiens utilisent pour produire du théâtre de mauvaise qualité (filthy scam, low shit).

Bien sûr, l’indice défini par Schumpeter parvient au moins à susciter un débat fécond au sein des praticiens: plusieurs troupes s’inscrivent dans une tentative de réaliser concrètement du beau théâtre (awesome stuff, dude) dans des formats requérant une maîtrise technique absolue (fucking difficult).

BIBLIOGRAPHIE:

Ellis Yohann, High-reliability improv, Improv Journal, Chicago, 1995.
Feldman Marcus, Schumpeter, une belle arnaque, l’ImproViste, Genève, 1990.
Groodt Bernard, Schumpeter, you scumbag, Le Monde de l’impro, Bruxelles, 1990.
Rickfeld Herman, La bonne impro, Editions théâtrales, Paris, 1989.
Schumpeter Hans-Georg, L’indice CFI, Editions Improvisées, Paris, 1986.
Schumpeter Hans-Georg, My defence, Illinois University Press, Illinois, 1988.
Schumpeter Hans-Georg, You won’t get me alive; you’ll have to go and get me, and I’m armed, you bastard, à compte d’auteur, 1991.

 

 

 

 

 

Par défaut
Écriture

René Richardet (1)

« Je peux baisser la télé? »

« Tu peux l’éteindre, ouais. De toute façon, ils sont tous à se taper dessus, ces temps. Tout le monde se tape dessus. »

« Oui, c’est pas joli-joli, je sais. J’évite de regarder les informations, tu sais; ça apporte rien de bien, je pense. »

Il perd de nouveau son regard dans le vague. Il pivote sur sa chaise roulante. Regarde par la fenêtre. Il fait beau, aujourd’hui. Un ilôt d’éclaircies au milieu d’un été pourri. Des rideaux tout fins qui floutent une vue un peu pauvre de l’avenue Haldimand. Au moins, il y a un peu de passage.
Pivotant de nouveau, je me rends compte à quel point il est encore imposant. Encore en surpoids, mais amaigri depuis son entrée en maison de retraite. Mon grand-père est né en 1926. C’est la première fois que je vais le voir à sa nouvelle adresse.

« Tiens, grand-papa, je t’ai amené quelque chose. Il paraît que tu aimes bien les tickets à gratter, et que ceux-ci sont tes préférés. »

Je lui tends le truc.

« Ah, c’est gentil. Oui, j’aime bien. Des fois je gagne, des fois je gagne pas. Tiens, attends, j’en ai un de gagnant, là. Tu pourras aller l’échanger, comme ça tu m’en rapporte un nouveau la prochaine fois. »

Il me demande des nouvelles de moi, mais m’interrompt après ma première phrase; mes cousins m’avaient prévenu: il a une empathie toute limitée.
Mais aujourd’hui, il parle avec à-propos. Il est souvent vague, je dois lui demander de préciser les choses. Au bout du compte, je le lance sur son sujet préféré: la fanfare.

En 1947, à 21 ans, mon grand-père a été co-fondateur de la fanfare de Pomy, dans laquelle il a joué pendant plus de soixante ans. Avec une poignée d’amis du même âge, encouragés par un musicien aguerri, ils avaient commencé à répéter des marches et des polkas. Tout d’abord, aucune notion de la musique. Pas de local fixe. Pas de fonds de base. Deux mois après la première répétition, ils donnaient un premier concert en plein air autour de la poste du village. Une année après, c’était la première soirée.

« Ma mère a eu honte, le lendemain. Elle n’en revenait pas que son fils puisse organiser un bal dansant! »

« Pourquoi elle avait honte? »

« Ils étaient très… comme ça. »

Il joint les mains en prière.

La famille Richardet a toujours eu une réputation de « mômiers », de grenouilles de bénitiers, de fervents protestants. Alors le petit jeune qui organisait des bals de village, ça le faisait moyen.

« Mais pourquoi tu as fondé une fanfare? Pourquoi pas rejoindre le choeur d’hommes, par exemple? »

« Ha! Au choeur d’hommes, ça se faisait pas… Il y avait déjà d’autres familles. Tu sais, les six familles originaires, qu’on voit sur l’écusson de la commune; eh ben, il n’y avait pratiquement qu’eux. »

Une autre époque.

Par défaut
Improvisation et créativité

Deux secondes de plus

Je reviens d’un stage de deux jours à Paris, avec Ira Seidenstein.
Très enrichissant. Un système extrêmement riche, proposé par un enseignant formidablement généreux, avec une didactique exceptionnellement bien conçue.

Dans une improvisation, il m’interrompt:

« À un moment donné, tu as levé le poing, en menaçant ton partenaire. Puis tu as regardé ailleurs, pendant une seconde, cherchant autre chose à faire. Non! Ton poing exprimait déjà suffisamment! Tu dois le maintenir pendant 2 secondes de plus, pour que ça devienne complètement convaincant. Si tu lèves ton poing, crois-y! Vends-le nous!
Si tous les improvisateurs s’accrochaient 2 secondes de plus à leurs idées, ils seraient bien meilleurs!

Vous n’avez pas besoin de chercher des idées, de faire quelque chose. Placez votre attention dans votre corps: il vous donne déjà une intention, et si vous y êtes attentifs, vous serez en totale adéquation physique, en totale expression d’une idée. Evitez l’ambiguïté! Evitez de chercher ailleurs! Tenez 2 secondes de plus! »

Une grande leçon.

Par défaut
Non classé

Ressources francophones d’impro (digest)

Pour répondre à mon pote Olivier, voilà une liste fortement subjective et sélective de ressources francophones en matière d’improvisation, aujourd’hui, fin juin 2014:

Blogs

Le blog de Ian Parizot, critique, engagé et régulièrement alimenté. Très « johnstonien » et polémique, donc forcément enrichissant.
Le blog de Christophe Tournier, abondamment documenté et très ouvert sur les disciplines complémentaires (littérature, musique, danse, théâtre).
Le Caucus, blog collaboratif autour de l’impro (auquel j’ai participé), en dormance depuis bientôt 2 ans; mais les articles étaient de qualité.
Le blog d’Impro-Bretagne, très régulier dans sa parution, centré sur le match et le travail des catégories.
Le blog de la Compagnie du Cri du Chameau, peu actif, mais de qualité, et puis c’est des potes.
Le blog d’Ouardanne Jeannot, avec des articles très intéressants sur le travail de la relation avec le partenaire.
Improphylactique, un blog très centré sur la narratologie et dramaturgie improvisée.
Le blog de Hugh Tebby, un improvisateur lyonnais qui publie très régulièrement sur ses expériences et stages.
Un blog d’impro du Nouveau-Brunswick, qui publie régulièrement des articles sur les bases.

Livres

Le Manuel d’improvisation théâtrale de Christophe Tournier, et le deuxième volume sous forme de recueil d’exercices. Un bon portail pour découvrir l’impro et une méthode complète.

Impro: improvisation & théâtre de Keith Johnstone, la bible immanquable.

Le Joli Petit Manuel d’improvisation théâtrale de Jill Bernard, qu’on peut commander chez moi.

Impro, de Gravel & Lavergne, l’ouvrage fondateur du Match d’impro.

Sites

Je suis peu fan des sites d’exercices, parce qu’on risque de jouer un peu à l’apprenti-sorcier, si on ne comprend pas vraiment le but et la stratégie didactique de l’exercice. En même temps, ça peut alimenter la réflexion:

Le site Dramaction, qui propose un catalogue d’exercices de théâtre et d’impro. Ressources abondantes, mais site pas très ergonomique.

Un wiki d’exercices d’improvisation, pas encore très alimenté, mais le concept est prometteur.

Le blog Showhat, qui est davantage un recueil d’exercices, régulièrement alimenté.

Si vous êtes rédacteur francophone d’un contenu qui n’a pas été listé ci-dessus, vous pouvez vous fâcher dans les commentaires.

Par défaut
Non classé

Expertise décrite

Mardi matin, j’étais expert pour des examens oraux au collège de Z***.

Un peu la rigolade quand même: un examen « théâtre » où il s’agit de « mettre du ton » sur une phrase donnée, une présentation en anglais semi-préparée, ce genre d’exercice de style discutable. Et puis un examen d’allemand (j’avais avertis le collège que je parlais l’allemand comme une chèvre portugaise) où je peine à distinguer le bachotage ânonné de l’improvisation hasardeuse.

Bref.

J’épingle surtout deux candidats pour les T-shirts qui arborent les visuels suivants:

saggy-boobs-cartoon-1 problem-solved-tshirt

 

J’explique aux candidats que dans le contexte d’un examen oral, là où l’attitude et la présentation importent plus que tout ailleurs, il est indécent de porter ce genre de T-shirts. Je leur explique que je ne suis ni un académicien prude, ni un féministe implacable, mais que ces deux visuels envoient des signaux très négatifs pour quelqu’un qui devrait se faire une idée rapidement.

Ils répondent:

« Ah. »

Alors bien sûr, je peux paraître vieux jeu, rétrograde, sans humour, mais permettez que je m’outre. Parce qu’en amont, ces deux messieurs ont donc passé trois filtres sans qu’on les remette en question:

Les parents n’ont rien dit.

Les autres profs n’ont rien dit.

Les autres élèves ne leur ont rien dit.

Ça veut sans doute dire que ce genre d’élèves qu’on n’a pas remis en place, va tendre à saboter ses premiers entretiens d’embauches, sans savoir comment, sans savoir pourquoi. Je ne dis pas qu’il faille débarquer en costume trois-pièces avec un sourire de confirmant endimanché. Mais le premier enseignement qu’on devrait enfiler à coup de pioche dans le cerveau de ces élèves, c’est de leur expliquer à quel point leur attitude est fondamentale dans l’évaluation que la société fera à leur sujet.

Bande de machistes, va!

Par défaut
Écriture, Improvisation et créativité

Épais silence

« Il comprend que cette impatience de parler est en même temps un implacable désintérêt à écouter. »

La Lenteur, Milan Kundera

Norman fait des vidéos, Cyprien aussi, le Palmashow s’entoure de bons amis et nous fait bien marrer.
Des capsules de cinq minutes, guère plus, un montage hyperactif de surdoué du FinalCut; des plans de 4 secondes, des répliques cinglantes, on incruste les répliques en surtitre pour accentuer le propos. C’est punchy, ça plaît aux jeunes, goûte, c’est de la bonne. Leurs cerveaux en prennent plein les synapses, sursaturés d’informations; on aligne joke sur joke, c’est à la quantité que ça se joue, madame. Au royaume de la vanne, les puncheurs sont rois.

Le problème, c’est que ces vidéos deviennent la référence dominante pour les jeunes improvisateurs, et que les codes de ce genre d’humour sont radicalement anti-théâtraux.

Le public prend le train en marche, bien sûr, demande de l’impro « rapide », des gags, des blagues, on est venus pour rigoler, oublier nos vies désespérantes. On ne vient pas pour écouter les états d’âme d’un prince Danois, ou attendre un Godot qui ne viendra pas. Nous voulons du pain et des jeux, hic et nunc. J’ai payé quinze balles ma place au premier rang, j’ai bien envie de donner une suggestion pourrie,  vous voir la traiter avec incompétence mais drôlerie. Donnez-moi mon fix d’humour rapide, je suis accro à la vitesse, mais si vous m’ennuyez, je vais décrocher à vitesse grand V.

Paradoxe.

Le spectateur vient aussi au théâtre pour construire du sens. Et il faut donc lui laisser un peu de place (l’éternel Espace vide…). Cette réplique sotto voce, ce mime approximatif… c’est du bonheur pour l’interprétation, pour la projection mentale du public. Ça le fait travailler, il est venu participer. Prenez le temps de l’ennuyer, que diable! Il va s’intéresser d’autant plus à la scène, s’il n’est pas certain de la comprendre dans ses moindres détails. Il va s’avancer sur son siège, décoller le dos du dossier, entr’ouvrir la bouche pour écouter avec toutes ses cavités le jeu du comédien.

L’attention devient intense, le silence l’épaissit. Et dans cet état de tension dramatique, tout est possible (et là, une blague réussie enflamme réellement le public: WHooOOSH!).

Il faut, par toutes petites touches, confronter le spectateur à son vide intérieur, pour le faire un tant soit peu avancer dans son existence. C’est pour ça qu’il est venu au théâtre: pour mettre sa solitude en commun, et voir que ses inquiétudes de quinquagénaire frustré sont aussi celles de ses semblables.

J’en vois qui s’inquiètent: attention, hein, je ne suis pas du tout en train de faire l’apologie d’une impro chiante, pas drôle, ennuyeuse. Bien au contraire. Pour moi, l’impro théâtrale doit être vivante, comique et enthousiasmante. Mais elle l’est parfois au prix

de

nombreux

 

silences.

Par défaut
Non classé

Zero inbox

Une fois par jour, ma boîte de réception des mails est vide.

Quand je constate, outré, qu’un pote a 3’356 courriels dans sa boîte de réception, je lui explique ma stratégie de gestion des courriels.

D’abord les gens se moquent. Ensuite, ils me demandent plus de détails. Ma boîte est vide une fois par jour, depuis que j’ai vu la conférence de Randy Pausch sur le Time Management (en 2009, je pense). Des habitudes subséquentes m’ont été enseigné dans le cours de Tiago Forte sur le site Skillshare.

www.metmuseum.org

Les habitudes que j’ai prises:

1) Si je regarde ma boîte de réception (sur mon ordinateur), je les « gère » et je ne fais que ça.

2) « Gérer » un mail, c’est décider de le supprimer (ou de l’archiver, puisqu’avec Gmail, j’ai droit à 15 Go d’espace de stockage), de le classer (dans un dossier, en guise de référence, pour le retrouver plus facilement), de le transformer en tâche (j’utilise Todoist, qui a un plug-in qu’on peut ajouter sur la boîte Gmail pour faire ça en un clic).

Hier, j’ai reçu 15 courriels:
– six étaient des notifications de sites (Amazon, Tumblr,…) qui m’intéressent de temps en temps; je les parcours en diagonale, et en 2 minutes, ils sont archivés;
– six autres étaient des accusés de réception ou des réponses à des mails, qui ne nécessitaient pas de réponses; en 30 secondes, ils étaient archivés;
– 2 autres ont été transformés en tâche (« répondre à X »)
– enfin, un dernier mail me mettait en copie, sans que ce soit pertinent.

3) Pour arriver à si peu de mail pourri, je me désinscris régulièrement des newsletters indésirables (celles où j’ai oublié de décocher la fameuse case), je crée des filtres pour centraliser les mails de pubs, et surtout, je m’en remets au fabuleux filtre anti-spam de Gmail. Vraiment.
Ça m’a pris du temps une fois, mais j’en gagne pour toujours.

4) Même remarque pour les rituels: j’ai une liste de chose que je fais chaque jour (ça me prend 15 minutes: nettoyer mon desktop, vider ma boîte courriel, agender mes tâches, synchroniser mon smartphone). J’ai une autre liste que je fais une fois par semaine (vérifier mes factures, ranger mon porte-monnaie et transférer mes photos) et une troisième que je fais une fois par mois (ré-évaluer mes priorités).

5) Si une tâche nécessite moins de 2 minutes, il faut la faire tout de suite (sans l’agender, la définir: on perdrait plus de temps qu’autre chose).

6) Quand je lis mes courriels sur mon smartphone, j’archive les rares messages indésirables ou les accusés de lecture; et je sais que j’écrirai des réponses au courrier restant quand je serai devant mon ordinateur de bureau.

Bénéfices: 

A) Une fois par jour, ma boîte de réception est vide. Ce qui veut dire que personne n’attend sur moi pour une réponse urgente. J’ai l’âme légère. Je dors mieux.

B) Je n’ai pas peur « d’oublier » des choses, parce que je prends chaque jour un moment pour réfléchir aux choses que j’aurai, éventuellement, par hasard, oubliées.
Oui, bien sûr, j’oublie des choses. Mais c’est rare, et je les inscris immédiatement comme choses à faire.

C) Je ne perds pas de vue les objectifs (personnels, professionnels, artistiques) que je me suis fixé, parce que je libère du temps pour les faire, et je sais que chaque tâche que je remplis s’inscrit dans un objectif de vie.

Mais tu n’as pas peur de « mécaniser » ta vie et de la structurer de manière obsessionnelle?

Une fois que les habitudes sont prises, cela fait partie du quotidien, et on peut bien sûr les assouplir. À long terme, ce sont des pratiques « zen », bien loin de comportements obsessifs. 

Par défaut
Non classé

Lettre de candidature

Je dépouille de plus en plus de dossiers et candidatures, dans le cadre des mes activités artistiques (pour des stages, des festivals), et je constate que certains vivent encore au pays des Bisounours.

Petite mise au point, donc.

  • En .pdf, s’il vous plaît.

Je suis surpris à quel point certains candidats peuvent faire de la résistance au standard d’échange de fichiers. J’ai droit à du .doc, du .docx (celui que je déteste le plus) et même du .ppsx (oui, certains croient judicieux d’envoyer une présentation powerpoint TRÈS MAL faite). Vous n’êtes pas en train de démontrer une quelconque originalité en envoyant autre chose que du .pdf. Vous êtes juste en train de montrer que vous êtes une brêle en matière de partage de fichiers.

Primo, en envoyant du .docx, je risque de ne pas avoir la même mise en page que vous; deuzio, je vais voir toutes vos fautes d’orthographe encore plus facilement; terzio, je peux parfois même voir à quel point vous êtes un boulet au niveau de la mise en page (aaaah, les tabulations réalisées avec la barre d’espace) (si, si, même en 2014!).

  • Evitez les fautes d’orthographe

Bien sûr, tout le monde en fait; mais quand c’est 4 par lignes, j’ai les yeux qui saignent. Je sais que je ne juge pas votre orthographe, mais ça décrédibilise complètement votre propos. (et votre dossier) (et votre spectacle) (et peut-être même votre pays)

  • Soignez le mail d’accompagnement

Parce que trois phrases mal alignées, avec du texte abrégé, et avec une signature « envoyé de mon HTC Sony Xperia », eh bien NON, ça ne laisse PAS une très bonne impression.

  • Si vous voulez être original, faites-le avec soin

Je reviens sur ce CV que j’ai reçu sous la forme d’une présentation PowerPoint. C’est une très bonne idée à la base, ça vous démarque; mais si les photos sont de mauvaise résolution, qu’il y a trop d’infos par slide, que la mise en forme est bâclée, et que je dois l’imprimer pour en discuter avec des collaborateurs, votre stratégie de je-vais-les-surprendre-en-innovant-dans-la-forme risque de tomber complètement à plat.

  • Partez du principe que vous êtes une(e) inconnu(e)

Peut-être que je vous connais et que vous pensez avoir le droit d’être familier dans votre mail de motivation (et votre dossier). Peut-être que ça ne va pas me gêner. Mais mes collaborateurs (ne soyez pas naïfs, plusieurs personnes vont lire votre dossier) vont peut-être mal interpréter l’usage de surnoms ridicules, de gags internes, de smileys scatologiques ou de formules de salutations absconses.

  • Soyez bref

Ça, c’est très souvent vrai.

 

 

Par défaut