Choses politiques

Délit de belle gueule

À chaque fois, ça me fait le coup. Je suis dans un magasin, je me rends compte que j’ai besoin de rien en particulier, je m’apprête à sortir sans achats… et je me sens tout à coup suspect. Un type qui n’achète rien dans un commerce, c’est suspect. En traversant le portail magnétique de sortie, je m’attends toujours à voir débarquer un agent de sécurité moustachu, en surcharge pondérale sévère, qui me criera « Freeze! » en me tenant en joue au bout de son Magnum calibre 38 au manche transpirant. Ça ne vient jamais, mais je m’y attends toujours.

Tibert, lui aussi, a l’air suspect

Même chose pour la douane. J’ai beau être en règle, n’avoir rien à déclarer, je me sens suspect. Je suis terrorisé à l’idée de me faire contrôler. Je me dis bien que si ces gars-là en viennent à la fouille, ils vont bien me trouver des noises: deux lingots dans les bas-de-caisses, une cartouche de cocaïne compressée dans le pommeau de vitesse, des ossements humains sous les enjoliveurs. Je suis toujours suspect.

Identique avec les flics: si je me fais arrêter pour un contrôle de routine, je ne peux pas m’empêcher de leur dire que « oui, peut-être que mes pneus sont lisses, mais je pensais les changer ce week-end, vous comprenez? ». C’est forcé. Je suis toujours suspect. J’ai la tête du coupable.

Le pire, c’est dans la rue. Je me promène tranquille, flottant entre deux activités au centre-ville, et je me fais accoster. Des humanitaires, des ONG, des sociétés de téléphonie mobile, des démarcheurs aux prétextes débiles, des scouts, des pauvres, des musiciens, des Témoins de Jéovah, des pasteurs,… à quand les imams? Et pour tous, le même refrain hypocrite: « Est-ce que je peux vous parler cinq minutes? »

Alors pour finir, le dernier qui a fait le coup de m’arrêter en pleine rue, je lui ai demandé, « pourquoi moi? ». Il m’a répondu:

« On voit que vous savez pas trop où vous aller. Et puis, vous avez une bonne tête. »

C’est ça, ouais… Une bonne tête.

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Cinq choses que je ne sais pas sur moi

Il y a quelques semaines, c’était la mode de faire une chaîne de blogs qui révélait les « cinq choses que vous, lecteurs, ne savez pas sur moi ».

Rassurez-vous, je ne vais pas tomber dans ce travers impudique. En plus d’être inintéressante, ma liste personnelle aurait louvoyé entre fantasmes débridés et confessions inavouables (dont une qui concerne mon chat, je vous laisse à vos spéculations).

Tibert cherche à fuir (la mort? le bruit? l’ennui?)

Par contre, je cherchais à détourner le principe du tag: j’aurai pu vous dire « cinq choses que je ne sais pas sur vous », mais la liste aurait à peine tenu dans trois tomes de La Pléiade. Dans un deuxième temps, je pensais vous révéler « cinq choses que je ne sais pas sur la physique moléculaire », mais, piqué par l’orgueil, je préfère jouer au mec qui fait semblant de savoir. Et puis, j’ai trouvé: je vais vous avouer « cinq choses que JE ne sais pas sur MOI ».

1) je ne sais pas si j’existe
Descartes et son « je pense donc je suis » ne me convainc qu’à moitié: car si je ne pense pas (et ça m’arrive une bonne partie de la journée), alors je n’existe pas non plus. Nul, comme preuve.

2) je ne sais pas quand je vais mourir
La plupart des gens ne savent pas la date de leur mort. C’est bien embêtant pour faire des projets (quand aller au ski? faut-il se marier? quand prendre sa retraite?). En général, plutôt que de se foutre éperduement de la question de « la mort », nous tenons à nous en épouvanter. C’est plutôt incompatible avec le bonheur.

3) je ne sais pas si je suis bon
J’écris, je compose, j’improvise, j’aime, je caresse, je chante, je joue du cornet à piston, et pourtant: au niveau qualitatif, je ne sais pas ce que je vaux. Les gens me disent si c’est bien ou pas, mais je ne suis pas sûr de vouloir les croire.

4) je ne sais pas si je sais aimer
Ça, c’est vraiment compliqué. C’est très difficile de savoir si l’amour qu’on donne est vraiment désintéressé, complet, cohérent, intègre, divin.

Bon, en même temps, je me donne un maximum, alors ça doit faire l’affaire.

5) je ne sais pas comment finir ce billet

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Cinq minutes de bonheur

J’ai passé le Réveillon avec des amis, une petite fête intime entre quatorze-z-yeux. Notre hôte avait mis une musique de fond pour nous mettre à l’aise. J’étais affalé sur le canapé en écoutant la playlist très hétéroclite qui tapissait la discussion.

À un moment donné, les hauts-parleurs ont diffusé timidement « Wind of Change » des Scorpions, et Marcel Proust s’est imposé à moi: j’étais ramené 10 ans en arrière dans le souvenir de mes premières boums.

Tibert, un exemple de bonheur

J’étais propulsé dans ma chemise-à-carreaux-super-à-la-mode, gominé comme le bras droit de Michael Corleone et sexy comme un bûcheron scandinave. J’étais au milieu de la piste de danse, dans les bras d’une Valentine, d’une Séverine ou d’une Anne-Gilberte. J’étais grisé par les harmonies des Scorpions qui me montaient le long des jambes.

« I follow the Moskva / Down to Gorky Park / Listening to the wind of change »

Je sentais le vent s’engouffrer dans l’espace qui me séparait de ma cavalière du moment. Nous dansions sur du béton brut, dans l’inévitable garage qui accueillait les surprises-parties adolescentes. Le propriétaire du lieu avait sans doute passé l’après-midi à ranger ses outils. On voyait encore quelques traces d’huile sur le sol. On avait maladroitement dissimulé l’armoire métallique avec un drap blanc.

« The world is closing in / Did you ever think / That we could be so close, like brothers »

Trois médiocres haut-parleurs éructaient les mêmes musiques que la semaine d’avant, le même quart d’heure américain, la même demi-heure de slow. On ne savait pas danser autre chose que le slow, alors on ne mettait que ça à entendre. Les couples s’enlaçaient, se délaçaient, se prélassaient, puis finissaient par se lasser. Tania sortait avec Mathieu. Jérôme avait quitté Mélanie. Laure pleurait dans un coin.

Pas grave. La musique continuait de nous faire danser.

« Take me to the magic of the moment / On a glory night / Where the children of tomorrow dream away / in the wind of change »

L’avantage de « Wind of Change », c’était que ce genre de morceau vous donnait l’occasion d’avoir d’ambitieux projets. Les Scorpions en avaient pour cinq bonnes minutes à égréner leur langoureuse mélodie, ce qui vous offrait l’opportunité de nouer avec votre partenaire une relation aux proportions démesurées: à l’âge où les couples qui duraient plus d’un week-end étaient considérées comme des vieux ringards, cinq bonnes minutes équivalaient à une demande en mariage.

J’attendais invariablement cette chanson pour inviter la plus belle fille de la soirée. Déjà doté d’une précieuse oreille musicale, j’étais le premier à repérer les accords magiques, ce qui me procurait une longueur d’avances sur mes concurrents pour aller solliciter la chère élue. Je savourais son « oui, volontiers », et je l’entraînais sur la piste de danse avec le sourire de celui qui sait qu’il a gagné cinq minutes de bonheur assuré.

La symphonie commençait. Les premiers accords « softs » nous glissaient dans une délicieuse intimité. Je plongeais mes yeux dans ses yeux, je pressais mon corps contre son corps. Après le premier refrain, je sentais généralement poindre cette embarrassante tension qui vous oblige à respecter une pudique distance au niveau de la ceinture. Je craignais qu’elle ne perçoive mon émotion. Je priais pour qu’elle attibue la déformation de mon pantalon à une contrainte extérieure (clé, lipsick, ouvre-boîte). Je contenais violemment mon émoi.

« Take me to the magic of the moment / On a glory night / Where the children of tomorrow share their dreams / With you and me »

Cinq minutes de bonheur contenu.

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Sous le signe du Lion

Meilleurs voeux pour l’année 2007!

Mes médias préférés en re-profitent pour faire leurs prévisions astrologiques pour les douze prochains mois. Je suis Lion. Deuxième décan. Petit florilège de ce qui m’attend:

D’après le Matin, je devrai être « prudent, attentif aux signes que les cieux mettront sur mon chemin de vie ». D’après le Femina, l’année 2007 sera « une année de réalisations, propice à la prise de risques, Vénus étant en accord avec Pluton ». Le 24 Heures sur-enchérit, en me désignant comme « un signe fort, qui prendra l’ascendant sur les choses, à condition que je ne sur-estime pas de mes forces ». J’adore l’horoscope. S’il ne pleut pas, alors c’est qu’il fera beau. Si clair et si limpide. Mais tout ça ne me dit pas si je dois investir dans les nanotechnologies ou manger plus de légumes. Oui, bon, admettons, je DOIS manger plus de légumes.

Tibert dévorant sa proie

L’horoscope a quelque chose d’abominable. Il nous colle arbitrairement un signe à la peau. Va encore pour ceux qui se retrouvent avec quelque chose de noble, genre « sagittaire » ou « taureau ». Mais les « poissons » devront souffrir les blagues les plus visqueuses, les « scorpions » seront montrés du doigt comme des parasites puants et les cancers seront inconsciemment assimilés à la maladie du même nom. Immédiatement après vous avoir innocemment demandé votre date de naissance, les gens vous balancent au milieu de la conversation: « Ah? Vous êtes bélier? Je m’en doutais bien! On voit que vous avez l’habitude d’enfoncer des portes ouvertes ». Super, pour se débarasser des étiquettes.

Je hais les horoscopes.

En fait, pour l’année 2007, je vais me fier à mon instinct de lion: faire de longues promenades dans la nature, me laisser pousser une souple crinière et bouffer tout cru les proies imprudentes qui viendront boire dans mon eau.

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De l’importance du doute

Pendant mon enfance, le monde était simple: il y avait les bons et les méchants, il y avait les amis et les ennemis, il y avait le noir et le blanc. La Nature me présentait des problèmes simples (Dieu existe-t-il?) et mes parents me proposaient des solutions simples (Oui/Non, biffez ce qui ne convient pas). J’avais réponse à tout.

Peu à peu, le monde est devenu très compliqué: il y avait les moins bons et les relativement méchants, il y avait les bons copains et les mauvais camarades, il y avait le rouge, le noir et mon daltonisme. La Nature commençait à me proposer des problèmes complexes (l’Amour Vrai existe-t-il, l’Homme naît-il Bon, Faut-il Mettre des Majuscules Aux Concepts?), mes parents ne me proposaient plus aucune solution et j’avais de moins en moins de réponses. J’ai commencé à douter.

Pourtant, on m’avait déjà averti que le doute était d’une infinie sagesse: Socrate et son « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien », c’était une théorie en béton. Mais ça ne m’a pas beaucoup aidé pour draguer les filles; les filles, elles voulaient se sentir en sécurité, savoir où on allait manger et qui c’est qui allait payer, elles voulaient sentir un corps chaud contre lequel on peut se blottir, pas un cerveau froid qui philosophe à longueur d’hiver.

Tibert en pleine interrogation métaphysique sur les théories de stimulus-réponse

En plus, ce qui est déprimant dans le fait de douter, c’est qu’on est quelque part persuadé qu’on est en accord avec le monde, qu’on en perçoit toute sa subtilité et ses paradoxes. On parvient à douter que 2 et 2 font 4, que la terre tourne autour du soleil et que les chats sont des mammifères: on n’a plus aucune réponse tranchée. On louvoie. On funambule. On ambiguïse.

Du coup, on devient beaucoup moins intéressant dans les discussions des cocktails mondains: puisque vous êtes incapable de prendre position, les autres ne retiennent rien de ce que vous dites. Ils cherchent à épouser une solution simple, vous leur offrez d’embrasser toute l’ambiguïté du monde. C’est pas ça qui vous aménera au pouvoir.

J’imagine bien un chef d’État dans le doute: « Hum, voyons Nielsen, je ne suis pas sûr que nous devrions continuer cette guerre. Tous ces morts sont-ils bien raisonnables? » Vous l’imaginez, au journal de 20 heures, parlant à la nation toute entière: « Chers contribuables, finalement je pense que notre pays a trop voulu chercher à contrôler le monde, je suis en train de réfléchir à un autre système, j’attends les propositions de mes conseillers et je suis dans le doute. Profondément dans le doute. »

Suivriez-vous un tel chef?

Le problème avec les gens de pouvoir, c’est qu’ils ne doutent jamais. Et le problème avec les vrais philosophes, c’est qu’ils ne seront jamais assez sûrs d’eux pour se présenter aux élections.

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Écologie et cohérence

Les gens sont très sensibles à l’environnement. Ils ont lu beaucoup d’informations contradictoires sur le sujet, ils ont vu les films du commandant Cousteau et d’Al Gore, ils se laissent nonchalamment agresser par les démarcheurs Greenpeace dans la rue.

Ensuite, ils vous tiennent des théories fabuleuses: « Tu sais, c’est dingue ce que les gens consomment comme eau du robinet; il y en a même qui laisse couler pendant qu’ils se brossent les dents. Pendant qu’ils SE BROSSENT LES DENTS! »

Dingue.

Tibert à l’attaque des idées reçues (aucun rat n’a été blessé pendant la prise de vue)

Et puis au bout d’un moment, vous vous rendez compte que ces mêmes personnes qui vous tiennent des théories faramineuses sur la consommation d’eau, vous servent un sirop EN LAISSANT L’EAU COULER. C’est pour mieux la refroidir, disent-ils. Tu parles. C’est pour mieux gaspiller, mon enfant.

Mais si vous vous égarez à leur faire une remarque, alors là, ils le prennent très mal, et vous renvoie à VOTRE PROPRE consommation. « Ah ouais, je te vois venir avec ta mine d’écologiste en herbe; mais t’es venu en voiture, si je ne m’abuse? Et puis tes fringues, ils viennent de Taïwan en pétrolier, mon gars. Et puis pour ton sirop, il a bien fallu toute une industrie polluante derrière, alors j’hésite à te servir une eau tiède, pour t’apprendre à me faire des remarques désobligeantes. »

Et c’est là que l’argumentation est vicieuse: les consommateurs croient que les comportements écologiques impliquent une entrée en religion. Ils pensent qu’il faut faire tout, ou alors ne rien faire du tout. Mais c’est pas parce qu’on ne peut pas changer le monde en dix minutes qu’il ne faut rien faire dans cette direction. On peut appeler ça de l’idéalisme pragmatique.

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La condition humaine de nos idoles

On a tous des idoles. Je veux dire, on a tous des gens qu’on admire et qu’on respecte, et avec qui on aimerait bien passer la soirée (voire même la nuit, si affinités). En général, on arrive à traverser la vie sans les croiser une seule fois, en chérissant le rêve insensé qu’ils n’existent que dans un pays parfait dont nous ne faisons pas partie. La soeur de ma dulcinée, hôtesse de l’air, elle croise des stars chaque semaine. Elle connaît les préférences de George Clooney en matière de thé-café. Elle sait si Christina Aguilera est hautaine avec ses gardes du corps. Mais en même temps, je ne crois pas que ce soit ses idoles, alors ça ne lui fait pas grand chose.

Tibert à la recherche de son idole

Hier après-midi, j’ai croisé une de mes idoles. Il est animateur de radio, mais je le respecte surtout pour ce qu’il a fait en théâtre. Il a un style incroyable. Presque un dandy. Je le vénère, en quelque sorte, et hier après-midi, je le croise dans la vraie vie. Le drame, c’est que je l’ai croisé au rayon des vêtements pour enfants.

Bon.

Je suis plus ou moins habitué à ce genre de cruelle désillusion. Après tout, le monde est une suite de représentation subjective, il est normal qu’on se frotte à la froide réalité de temps en temps. Et puis de toute façon, en période de fêtes, il est normal qu’on rencontre nos idoles en train de chercher le dernier cadeau de leur neveu Kévin. Mais là, ça m’a fait quand même un drôle de choc. Oui, nos idoles sont des êtres humains. Oui, ils font leurs achats dans les mêmes supermarchés que nous. Oui, ils vont peut-être même aux toilettes. Oui, ils font sans doute l’amour bruyamment et transpirent sous les bras.

Ça fait drôle d’être un humain.

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Le paradoxe du Marché de Noël

Je suis en train de finir l’assortiment de biscuits de Noël que m’a généreusement offert ma concierge. C’est drôle, elle a mis ses propres biscuits dans un sachet de cellophane, avec quelques « vrais » petits chocolats, comme si elle voulait dissimuler son amateurisme sous des friandises de professionnels. Pourtant, je les trouve délicieux, ses chocolats. Ma concierge est une personne modeste.

Toujours est-il que le mix est plutôt agréable: entre les biscuits – un peu secs, il est vrai – et le fondant des chocolats, je trouve mon bonheur. Et ça symbolise assez bien l’ambiance de nos Noëls modernes: un grand mélange de quelque chose et de n’importe quoi, dans un débordement d’émotion qui vous fait croire qu’un monde meilleur est possible.

Avec un pote, on dissertait sur le paradoxe du « marché de Noël ». On se disait que quand même, Noël n’était pas une fête a priori très commerciale, et que les marchands étaient pourtant revenus dans le temple. Au coeur des villes, c’est comme si un furoncle capitaliste avait poussé, écarté entre la bienveillance générale et le souci d’acheter – vite – encore le cadeau de tante Agathe: entre les échoppes ou chalets s’échappent les effluves les plus diverses, allant du biscôme au hot-dog, du vin chaud à la bière blanche, où de la bougie colorée au godemiché parfumé. Beurk! Quel patchwork d’idées.

Je suis prêt à vous parier que si le petit Jésus avait mis les pieds dans un marché de Noël, il ne se serait même pas donné la peine de naître.

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Pénis, Hitler, Oxymore

La légende circule que tel billet de blog qui contiendrait des mots-clés très recherchés sur Internet pourrait attirer à lui un pourcentage important des recherches effectuées sur Google. Beaucoup de blogueurs s’en servent en rédigeant un ou deux billets-prétextes qui contiennent un dizaine de mots cochons, pour ainsi faire exploser leurs statistiques.

Comme par exemple: bite, couille, nichons, suce-moi royalement, petite brunette en train de se faire défoncer la chatte, éjaculation faciale sur les lèvres purpurines de la duchesse en manteau de soie.

Le procédé est plutôt séduisant. Mais je ne comprends pas pourquoi la majorité des blogueurs se limitent à rameuter les internautes en quête de détails croustillants. On pourrait tout aussi bien vouloir attirer les intellectuels spécialistes en littérature française avec: Baudelaire, Mallarmé, Proust, métaphore, oxymore, anacoluthe, antanaclase, litote, euphémisme, alexandrins…

Dans le même ordre idée, on pourrait vouloir ameuter les écologistes et défenseurs des énergies « vertes » avec : protection, ozone, environnement, écologie, développement durable, 4×4, Nicolas Hulot…

Ou alors les extrêmistes de droite: Hitler, combat 18, nazi, néo-skin, IIIe Reich…

Ce qui peut être très intéressant, c’est d’attirer deux publics différents en même temps; par exemple, si l’on souhaite s’attirer les faveurs des obsédés sexuels et des spécialistes de littérature, on obtient quelque chose comme: Proust, « prout », aubépines en fleurs, pine dans le cul, Apollinaire, douze milles verges, métaphore, méga-bite bien profond dans ton cul.

En somme, ce genre de billet témoignerait d’une manière de penser révolutionnaire: jusqu’ici, les obsédés sexuels se limitent aux sites pornographiques, tandis que les philatélistes ont « timbre.com » dans leurs favoris. Mais en provoquant la rencontre d’individus aux intérêts différents, l’Internet tiendrait enfin sa promesse de rencontre culturelle, de média global et partagé.

De fait, le futur appartient aux intellectuels qui pourront parler de double-pénétration (et de hardeurs qui pourront disserter sur Proust).

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