Il y a beaucoup de personnes qui ne croient pas au changement.
Il y a les àquoibonistes, qui pensent que la vie n’a aucun sens; les problèmes sont là pour notre malheur, il faut s’en contenter. Il y a les pessimistes et les paranos, qui pensent que la tartine tourne toujours du mauvais côté. Il y a les déterministes, qui croient au destin et aux malédictions, qui pensent que le talent est chose innée et que le grand-père « est comme ça. On ne pourra pas le changer. »
Le changement est en nous: tous les neuf ans, la majeure partie de nos cellules se sont régénérées au moins une fois. La nourriture que nous avalons est arrivée à notre bouche grâce aux changements successifs: décomposition, compostage, engraissement, photosynthèse, cueillette, affinage, cuisson. Nous changeons de l’intérieur: croissance, puberté, ménopause.
Sans changement, pas d’histoire: pour qu’une fable nous intéresse, le héros doit être transformé. Pour qu’une impro nous accroche, nous devons voir les personnages s’émouvoir (du latin e-movere, « bouger hors de soi »). La situation finale doit avoir sublimé la situation de départ (d’un point de vue formel, En attendant Godot n’est donc pas une histoire, avec tout le respect que je dois à Samuel Beckett).
J’ai beaucoup de peine à avoir une discussion raisonnable avec les gens qui croient à la personnalité comme de quelque chose de figé: « je suis comme ça, c’est tout; mes parents étaient comme ça / j’ai mes défauts, je les connais, ils font partie de moi, c’est ma personnalité / c’est mon caractère, tu ne me changeras pas. » Ces gens se réfugient derrière une carapace de béton qu’ils croient indestructible, plutôt qu’avouer qu’ils sont trop paresseux pour vouloir changer.
Il n’y a que le principe de changement qui résiste au changement.
Et à part ça, je suis content d’avoir placé les mots « compostage » et « Beckett » dans le même billet.




