Choses politiques

Ce que je n’arrive pas à comprendre chez les humains

Mon chat Tibert (toujours en fugue) m’a laissé une liste de choses qu’il ne comprenait pas chez les humains:

les femmes enceintes qui fument

Tibert ne comprend pas pourquoi les humains cherchent à connaître en détails certains phénomènes médicaux, pour les ignorer grossièrement la minute d’après.

– l’engouement pour les sports automobiles

Qu’est-ce qu’il y a de spectaculaire? (m’a demandé un jour Tibert). L’impression de vitesse, sans doute (lui ai-je répondu). Mais pourtant, c’est la vie qui va déjà trop vite (m’a-t-il rétorqué).

– l’armée suisse

Tibert estime que le concept « d’armée défensive » est la plus grande mascarade rhétorique du siècle.

– la presse people

On dirait que vous cherchez à vous intéresser à ce qui est le plus bizarre, le plus lointain, le plus exceptionnel de vos propres âmes. Pourtant vous avez quantité de philosophes qui auraient dû vous convaincre que le voyage en vous-mêmes était le seul qui vaille la peine.

– les gens qui ne se saluent pas dans la rue

C’est peut-être parce que je suis un chat (me dit-il), mais je ne comprends pas comment vous pouvez passer les uns à côté des autres sans vous adresser ne serait-ce qu’un signe de reconnaissance. Moi, je salue même les fleurs et les abeilles, tu sais. On fait tous partie du monde vivant, oui ou merde?

Tibert et sa liste

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Enseignement

Ce que j’aimerais dire à leurs parents

Madame, Monsieur, Cher Parents,

Pour enseigner à votre gosse, j’ai besoin qu’il soit nourri et reposé. J’ai besoin qu’il soit calme, oxygéné; j’ai besoin qu’il se soit dépensé, épanoui dans son corps. Alors pourquoi le laissez-vous se vautrer devant la télé jusqu’à 11 heures du soir?

Pour éduquer votre gosse, j’ai besoin de lui poser des limites. Il doit connaître les concepts de discipline, d’empathie et de respect des autres; il doit faire la part des choses. Alors pourquoi le laissez-vous quitter la table sans finir son assiette?

Pour éduquer votre gosse, j’ai besoin de votre aide. J’ai besoin que vous soyez de mon côté. Nous devons aller dans la même direction, donner des signaux clairs à votre enfant. Alors pourquoi me collez-vous un procès pour la punition de mardi dernier?

Pour enseigner à votre gosse, j’ai besoin qu’il écoute. J’ai besoin qu’il sache que la parole de l’autre est sacrée; que nous avons deux oreilles, et une seule bouche. Alors pourquoi me coupez-vous tout le temps?

Chers Parents, vous devez me faire confiance. Je suis payé pour préparer votre enfant à se débrouiller dans la vie. Enseigner et éduquer, c’est mon job.

J’ai besoin que vous fassiez le vôtre.

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Médaille d’argent

Je suis le deuxième couteau
Moi, le treizième salopard
Je marche à côté du héros
Toujours en marge de sa gloire

Jamais sous les feux de la rampe
La rampe, je l’ai pas passée
Les héros sont d’une autre trempe
Et me voilà poule mouillée

Tibert dans l'ombre

Souvent on me coupe au montage
Pas grave, j’étais figurant
Je suis le misérable otage
Qu’on sacrifie à l’arrière-plan

Je suis le Sancho de Quichotte
Je suis l’ombre de Rantanplan
Brutus ou Judas Iscariote
Je suis second insignifiant

Viendra le jour où les perdants
Monteront sur les barricades
Pour dégommer à balles à blanc
Les premiers de classe malades
Vous me verrez, tel un sultan
Insulter ces puissants minables
Ce jour futur, méconaissable
Je serai sur les premiers rangs
Je serai sur les premiers rangs

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Une envie pressante d’écouter

Mon chat jaune est parti depuis voilà un mois. J’ai rêvé qu’il revenait.

– Eh ben, c’est pas trop tôt,  mon ami Tibert! Enfin revenu! Qu’est-ce que tu as fait pendant tout ce temps?

– J’étais sorti. Une envie pressante.

– Mais? Tu… tu parles, maintenant?

– J’ai toujours parlé, mais tu ne m’écoutais pas.

– Mais je, je, je t’entendais miauler, tu sais! Tu miaulais pour jouer, pour…., pour manger, pour sortir…

– Oui, mais tu interprétais mal les choses: tu croyais que j’étais un animal stupide, obsédé par mes instincts. Je demandais plus que ça dans mes miaulements. Je voulais de l’amour, moi.

– Mais alors… Pourquoi… Pourquoi est-ce que je te comprends parfaitement, maintenant?

– Tu me comprends parce que tu as besoin de m’écouter. Tu m’as perdu, alors tu veux me regagner.

– Je ne comprends pas…

– Les humains sont comme ça: tant que tout roule, ils n’écoutent pas. Un beau jour, tout s’écroule, et ils dressent l’oreille, desespérés. Ils cherchent les rumeurs, ils espérent capter des messages: la parole de Dieu, les informations à la radio, les conseils de leurs amis… C’est lorsque tout va bien qu’il faut écouter d’un peu plus près.

– Tu as raison. Je vais t’écouter. Qu’as-tu à me dire, chat? Parle, je t’écoute. Je suis tout ouïe.

– Ça serait trop facile. Si je te le disais dans la minute, tu ne m’écouterais plus. Et je repartirais.

– Mais? Je… Qu’est-ce que je dois faire, alors?

– M’écouter. Tout le temps. Pas seulement pour savoir, ou pour apprendre. M’écouter pour le plaisir de m’écouter. « Écoutez-vous les uns les autres », voilà par quoi vous devriez commencer.

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Actualité, Écriture

Vous êtes un pur, vous au moins!

Je suis civiliste, ce qui implique que je devais me trouver un établissement où faire un service de 30 jours en été pour une institution de la région. Hier, je rencontrais la responsable, qui m’a engagé comme aide-cuisine.

– Alors quelle période vous préférez, pour l’engagement?

– Plutôt… plutôt pendant les vacances scolaires; c’est la morte saison, pour les comédiens, vous comprenez.

– D’accord, mais vous avez peut-être prévu des vacances, non?

– Pas pour le moment. Je vais peut-être faire un pèlerinage d’une dizaine de jours, Compostelle ou Avignon, un truc du genre… mais c’est un vague projet pour le moment. Engagez-moi sur juillet, mettons.

– D’accord, ça me va bien aussi. Et… et pour venir au travail, vous viendrez en transports publics ou en voiture? Vous savez déjà?

– Je viendrai en vélo. J’habite tout près.

– Hé bien vous alors! Venir en vélo, faire Compostelle… Vous êtes un pur, vous au moins!

– Un pur? Pas tant que ça. Disons que… Vous devez avoir l’habitude, avec tous ces civilistes: on est tous un peu dans la même mouvance, non? Légèrement écolos sur les bords, non-violents… le genre euh… le genre euh… vous voyez le genre, non?

– Oui, c’est vrai, vous avez tous quelque chose en commun. Je ne saurais pas vraiment dire quoi… Comment dire… Vous avez tous le même… Le même…

– Le même idéal, peut-être?

Tibert a disparu depuis bientôt un mois, le gredin!

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Changement

Il y a beaucoup de personnes qui ne croient pas au changement.

Il y a les àquoibonistes, qui pensent que la vie n’a aucun sens; les problèmes sont là pour notre malheur, il faut s’en contenter. Il y a les pessimistes et les paranos, qui pensent que la tartine tourne toujours du mauvais côté. Il y a les déterministes, qui croient au destin et aux malédictions, qui pensent que le talent est chose innée et que le grand-père « est comme ça. On ne pourra pas le changer. »

Le changement est en nous: tous les neuf ans, la majeure partie de nos cellules se sont régénérées au moins une fois. La nourriture que nous avalons est arrivée à notre bouche grâce aux changements successifs: décomposition, compostage, engraissement, photosynthèse, cueillette, affinage, cuisson. Nous changeons de l’intérieur: croissance, puberté, ménopause.

Sans changement, pas d’histoire: pour qu’une fable nous intéresse, le héros doit être transformé. Pour qu’une impro nous accroche, nous devons voir les personnages s’émouvoir (du latin e-movere, « bouger hors de soi »). La situation finale doit avoir sublimé la situation de départ (d’un point de vue formel, En attendant Godot n’est donc pas une histoire, avec tout le respect que je dois à Samuel Beckett).

J’ai beaucoup de peine à avoir une discussion raisonnable avec les gens qui croient à la personnalité comme de quelque chose de figé: « je suis comme ça, c’est tout; mes parents étaient comme ça / j’ai mes défauts, je les connais, ils font partie de moi, c’est ma personnalité / c’est mon caractère, tu ne me changeras pas. » Ces gens se réfugient derrière une carapace de béton qu’ils croient indestructible, plutôt qu’avouer qu’ils sont trop paresseux pour vouloir changer.

Il n’y a que le principe de changement qui résiste au changement.

Et à part ça, je suis content d’avoir placé les mots « compostage » et « Beckett » dans le même billet.

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La moustache est anti-héroïque

Je tenais ce discours l’autre jour à un ami, que la moustache est un attribut profondément anti-héroïque, dans la mesure où les héros moustachus sont sous-représentés dans les oeuvres de fictions; en outre, les moustachus sont sur-représentés dans les rôles de traîtres.

Pour le prouver, voici la liste des héros moustachus (qui se veut exhaustive):

– Zorro (cinéma)

– Magnum (télévision)

– Astérix (bande dessinée)

– Le capitaine Blake (bande dessinée, Blake et Mortimer)

– Tif (bande dessinée, Tif et Tondu)

– le comédien (cinéma, Watchmen)

Ne comptent pas: les héros non-humains; les personnages historiques; les compagnons de héros; les barbus.

Cas limite:

– Blueberry (bande dessinée, dans l’album « le bout de la piste »)

J’attends vos suggestions…

moustaches

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Écriture, Choses politiques

À l’article de la mort

Je dois cette histoire vraie à Brigitte Romanens, qui m’a confiée son chat Lipton (le frère de Tibert!).

Il était une fois, en Suisse Romande, une famille qui vivait très heureuse avec un chien. Les enfants avaient accueilli le petit chiot avec bonheur, et l’animal avait grandi en même temps qu’eux, pour atteindre l’âge respectable de vingt-cinq ans. Maintenant, il était très vieux, et le vétérinaire recourait désormais aux soins palliatifs pour lui soulager ses misères.

Un certain hiver, le chien commença à se traîner dans la maison, à l’article de la mort. Autant dire que la famille était desespérée. Au bout d’un mois, la mère alla voir le vétérinaire. Monsieur le vétérinaire, dit-elle, on ne sait plus quoi faire à la maison. Fido est tellement vieux, on dirait qu’il ne veut pas mourir. Mais nous ne pouvons pas nous résoudre à le piquer. Qu’est-ce qu’il faut faire, monsieur?

– Je comprends votre douleur. Mais voilà ce que vous devez faire: vous allez lui dire qu’il peut mourir. Vous allez lui donner la permission de partir.

La mère revint à la maison sans savoir si ça allait marcher. Le soir, elle demanda à la famille de dire adieu au chien. Elle l’emmena pour une dernière promenade (son parcours préféré!), et une fois de retour à la maison, elle lui murmura à l’oreille.

– Nous t’avons beaucoup aimé, mon chien. Merci pour tes caresses et tes aboiements. Tu peux mourir, si tu veux.

Elle se trouva un peu ridicule de parler à un chien; en allant se coucher, elle riait encore d’elle-même et se promettait de passer à une solution plus expéditive. Elle fit des rêves compliqués.

Mais le lendemain matin, le chien s’était laissé mourir.

barney

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Lettre à Whitney Toyloy

« Les gens sont tellement convaincus qu’on ne peut pas trouver la paix que c’en est maintenant risible. La première jeune femme qui remporte un concours de beauté se prononce immédiatement en faveur de la paix dans le monde; la belle affaire. Et tout le monde rigole un bon coup. Personne ne croit en la paix. C’est une belle idée. Mais ce n’est rien d’autre qu’une idée – une belle idée pour vieilles dames bien gentilles. Cela ne rime à rien. Cela n’arrivera jamais. Nous vivons dans un monde devenu un coupe-gorge et nous sommes convaincus que c’est inévitable.

Et si nous nous trompions? »

David Lynch, Mon histoire vraie, Sonatine, 2008.

Chère Whitney,

Je vous écris pour vous témoigner de ma profonde sympathie suite à votre élection gagnante au concours de Miss Suisse. J’ai aussi décidé de vous vouvoyer, parce qu’à 18 ans, tous les médias ont eu envie de vous infantitiliser, vous infligeant leurs conseils paternalistes et condescendants. Même si j’aurais toutes les raisons de vous tutoyer – je suis votre aîné de 9 ans et on habite la même région, après tout – j’ai envie de vous témoigner un respect chaste et chevaleresque et intéressé par un dîner avec vous.

Je ne vous écris ni pour vous donner des conseils, ni pour vous insulter, ni pour vous féliciter, mais surtout pour vous dire que je suis jaloux. Non, je ne suis pas jaloux de votre beauté – d’ailleurs, en toute honnêteté, je préférais votre dauphine – mais je suis jaloux de l’attention que les médias vous portent. Du jour au lendemain, toute la Suisse s’intéresse à vous, à ce que vous aimez, à ce que vous pensez. Tout le monde vous demande votre avis sur tout, c’est fabuleux. Profitez.

Vous êtes une sorte de célébrité arbitraire que tout le monde écoute pendant un moment.

Comme si Jésus avait été tout de suite écouté par des milliers de personnes à Jérusalem, sans passer par la case Béthléhem et Jean Baptiste. Whitney, vous avez l’occasion unique d’être une prophète à 100%, et j’ose espérer que vous n’avez pas eu besoin de vendre votre vertu pour en arriver là. Vous arrivez donc pure et vierge au Mont des Oliviers pour prêcher la bonne parole de votre choix.

À votre place, voilà ce que je ferais: je m’entourerais de mes lectures favorites sur le sens de la vie (Blaise Pascal, Randy Pausch, Eckhart Tolle, les Monty Pythons mais aussi les conférences TED) et je tenterai de placer ces nouvelles idées dans les réponses que je donne aux gens. Imaginez la gueule des rédacteurs du Matin, qui devraient faire des encadrés sur des philosophes pour référencer vos réponses!

Pour enfin arriver avec un interview qui parle d’autres choses que du football de l’amour des dauphins.

S’il vous plaît. Vous pouvez faire quelque chose.

« Il existe un champ d’unité en chacun. Il a toujours existé. Il est illimité, infini et éternel. C’est ce niveau de la vie qui n’a jamais eu de commencement. Il est, et sera, éternellement. On peut s’éveiller à ce champ. Chez l’être humain, l’éveil à ce champ conduit à l’illumination – le plein potentiel de l’individu. À l’échelon mondial, le résultat d’un éveil à l’unité d’un groupe oeuvrant pour la paix dans le monde signifierait la paix véritable sur terre. »

David Lynch, id.

Tibert, le plus beau chat du monde (subjectivement)

Tibert, le plus beau chat du monde (subjectivement)

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