Non classé

Idée folle

L’homme raisonnable s’adapte au monde; l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable.

George Bernard Shaw (1856-1950)

Il y a quinze ans, la fanfare de Pomy cherchait une nouvelle formule de concert pour continuer à attirer son public. À l’assemblée extraordinaire, on se creusait la tête. Les propositions conventionnelles ne passaient pas la rampe: « On pourrait prendre un imitateur en 2ème partie » –  » On pourrait engager un autre ensemble renommé » – « On pourrait offrir les cafés ».
Tout à coup, quelqu’un ose le pas: « On pourrait proposer un repas-spectacle, en servant une bonne saucisse à rôtir avant le concert. »
Un musicien lance à la cantonade, sûr d’essuyer un refus hilare: « Ha ha! Et pourquoi pas faire boucherie nous-mêmes, pendant qu’on y est? »

Personne ne rit.

Quinze ans que ça dure.

Dernier Sourire

Par défaut
Choses politiques

Le mariage pour tous les goûts

Une copine qui se marie prochainement m’a raconté qu’elle avait cherché pendant des heures pour trouver un texte de mariage adéquat, qui reflète sa vision de l’amour. Ce billet servira à tous les amoureux en quête de prose pour leur cérémonie de bénédiction. Servez-vous, il y en a pour tout le monde.

Classique

En ce jour béni, nous choisissons d’unir nos âmes devant le Seigneur Dieu. Par les liens du mariage, nous promettons de nous aimer et de nous soutenir mutuellement dans les épreuves de la vie. Nous faisons la promesse aujourd’hui que nous consacrerons toute notre énergie à construire un couple sain et solide, basés sur des valeurs partagées. Enfin, nous croyons à un amour qui se construit, qui s’entretient et qui mûrit. Nous croyons à la vie.

Réaliste

En ce jour du 18 mai, nous nous marions tout en sachant que 57,4% des jeunes mariés finissent par divorcer, que 65,3% des personnes interrogées avouent avoir trompé leur partenaire, et que c’est surtout la tradition judéo-chrétienne qui nous pousse à reproduire un schéma monogamique dépassé. Nous savons que ce ne sera pas facile tous les jours. Même aujourd’hui d’ailleurs, c’est difficile. Edgar sent déjà sous les bras.

Idéaliste

En ce jour béni pour le moment pluvieux mais le soleil ne va pas tarder, nous nous unissons solennellement pour l’éternité et jusqu’à la fin du monde entier. Nous croyons à un amour passionné chaque jour que Dieu lui-même en personne fait, et nous croyons au plus profond de notre être intrinsèque et essentiel que nous sommes faits mutuellement et naturellement l’un pour l’autre, que nous ne nous fâcherons jamais, et que notre amour illimité ne connaîtra pas de limites incommensurables dans l’infini de l’éternité infinitésimale que Dieu lui-même fait chaque jour.

Sexuel

Nous nous prenons mutuellement devant cet hôtel autel pour jouir des plaisirs de la vie à deux. Sur lèche mes mains Sur les chemins de l’amour, nous serons les missionnaires du désir, les envoyés en l’air de Dieu, et nous prodiguerons l’Esprit Seins Saint envers nos semblables. Nous croyons à l’amour comme un qu’on s’en suce consensus idéal, fait de joies et de caresses dis-mon-nom divines.

Minimaliste

Bon. Ça, c’est fait.

Mariage Blanc

Moi, Edgar Chevalley, prend volontiers pour époux Mademoiselle Skolenska Kushtagamin (je prononce juste?) et nous bénissons cette union devant de nombreux témoins ici présent, monsieur l’officier d’état-civil. Nous faisons le serment de nous aimer pendant de nombreuses années, ou en tout cas pendant le délai légal de 480 jours (cachet du contrat de mariage faisant foi). Vous êtes tous invités chaleureusement à ne pas passer à l’improviste au domicile du couple.

Mariage arrangé

Merci à nos deux familles pour cette bonne idée de cérémonie. Nous nous réjouissons de nous découvrir un peu plus dans notre future vie à deux. Nous avons même déjà trouvé quelques points communs (en matière de liberté individuelle, notamment). En outre, Edgar a promis d’être discret.

Remariage

En ce jour re-béni, nous re-choisissons de réunir nos âmes re-devant le Seigneur Re-Dieu. Par les re-liens du remariage, nous re-promettons de nous re-aimer et de nous re-soutenir re-mutuellement dans les re-épreuves de la re-vie. Nous re-croyons à la réanimation.

Émotif

En ce jour béni – oh bon sang ce que je suis émue – nous choisissons d’unir (renifler) nos âmes devant le Seigneur Dieu (sortir un mouchoir). Par les liens du mariage, nous (bégayer) nous, nous, nous, promett-on-on (sangloter nerveusement) on-on de-de-de nous aihahhaaaha ouhhrgg (là, être pris de spasmes, tout en cherchant à recommencer une phrase). Nous… nous… (de plus en plus lentement – pleurer). Nous… nous… (faire des mouvements incompréhensibles – sourire à l’assistance). Nous… nous… (rouler les yeux). Nous… (défaillir)

(l’organiste enchaîne avec le Cantique 468)

Par défaut
Choses politiques

Mes premières dernières volontés

Ne vous faites pas de soucis pour moi. Je suis actuellement en excellente santé. C’est juste que je suis prévoyant.

Pour faciliter la tâche de ceux qui devront préparer ma cérémonie funéraire, voici une liste de contenus qui doivent être utilisés; l’ordre d’enchaînement doit être scrupuleusement respecté, et la cérémonie ne doit pas excéder 40 minutes:

– Programme du Culte –

1. Entrée en musique avec l’Adagio de Barber; c’est du lourd, mec.

2. Accueil du pasteur, qui intégrera la citation attribuée tantôt à La Rochefoucauld, tantôt à Michel Audiard: « La vie, ne la prenez pas trop au sérieux; de toute façon, on n’en sort pas vivant. »

3. La fanfare joue l’arrangement de The Show Must Go On; si les gens doivent pleurer, c’est le dernier moment – c’est la catharsis, il faut que ça ramone les boyaux.

4. Le pasteur évoque ma vie, sans trop entrer dans les détails et en restant indulgent sur mes égarements de jeunesse; si elle le souhaite, la femme que j’aime peut dire quelques mots d’amour.

5. La Compagnie du Cachot joue la version français du sketch des Monty Pythons The Dead Parrot.

6. Lecture du chapitre 61 du livre édité sur The Last Lecture de Randy Pausch (la conclusion de sa conférence, où il répète que les rêves doivent guider votre vie), ainsi que de la pensée (p.46) « La quête de complétude » du bouquin d’Eckhart Tolle The Power of Now, mon billet sur la tentative d’exhaustivité, ainsi que le poème de Boris Vian L’Évadé. Entre chaque texte, un interlude à l’orgue, si possible joué par mon inestimable ami et pianiste, J. D. (en plus, il a si peu l’occasion de jouer sur des orgues que ça lui fera plaisir).

7. Ensuite, un peu de musique joyeuse: Jacques Brel dans J’arrive (si possible, un enregistrement public).

8. Le mot d’envoi du pasteur (si possible assez court; les pasteurs sont toujours trop longs dans leur envoi), puis une sortie d’orgue avec la Toccata de Boellmann.

Ensuite, j’aimerais qu’on éparpille mes cendres au pied des plus proches rosiers, c’est un fertilisant incroyable pour les rosiers, ça, les cendres.

Enfin, j’aimerais qu’on fasse une vraie verrée, qu’on se tombe dans les bras, qu’on se mouche dans les serviettes, qu’on rigole un dernier coup de moi et de cette fabuleuse plaisanterie qu’est la vie.

Par défaut
Enseignement, Improvisation et créativité

Sachez sortir

Mes élèves- improvisateurs ont parfois de la peine à gérer leur sortie de scène. On parle de « scène collante » lorsqu’un des personnage refuse de quitter la lumière des projecteurs. Il faut que je leur raconte cette jolie anecdote, trouvée à la page 82 de l’excellent « How to start your own improv comedy group » de Paul Johan Stokstad [ISBN: 1887472975]:

There is an improv legend, possibly apocryphal, that Elaine May used to participate in auditions for new Compass Players which consisted of having (male) prospects enter a bar scene in which their objective was to pick her up and get her to go home with them. Elaine’s response to any line by the rookie was « Let’s go to your place ». If the beginner shut up, took her arm and walked out, they passed that test. If they continued the scene without accepting that their objective was achieved, they’d flunk.

« En impro, il existe une légende – peut-être forgée de toutes pièces – qui concerne les auditions pour les nouveaux joueurs de l’équipe du « Compass ». Elaine May participait à ces auditions et demandait à des joueurs mâles de faire une scène dans un bar, dans lequel leur but ultime était de la raccompagner à la maison. Invariablement, Elaine répondait « Allons chez toi » à son partenaire. Si le candidat s’éxécutait en la prenant par le bras et sortait avec elle, il passait le test. S’il continuait la scène en ignorant le fait que son objectif était réalisé, le candidat échouait. »

Quand vous avez fini votre job, cassez-vous.

Par défaut
Actualité, Écriture

La parabole du chat égaré

J’ai retrouvé mon chat, ce qui est une bonne chose pour la paix de mon esprit.

Je tiens donc encore une fois à remercier la bonté et la diligence de Mmes Thévenaz et Niklaus, de la Promenade des Pins à Yverdon, ainsi que Mme Pillionnel du Chemin de l’Aurore à Pomy, qui m’ont signalé « un chat jaune qui vient depuis un mois manger de temps en temps ce qu’on lui donne sur la terrasse mais il ne se laisse pas approcher ».

Tibert, les yeux dans une bouche

Et maintenant, Mesdames et Messieurs, voici la parabole du chat égaré, avec des références explicites au fabuleux ouvrage de Christopher Vogler sur les structures essentielles des mythes:

Perte d’un membre de la famille

Pour lancer la quête du héros, il faut un événement qui provoque l’action, que ce soit un défi qui se présente, un objet à trouver, ou, à l’instar de nombreux contes russes, d’un parent proche du héros qui disparaît (ou se fait enlever par un ennemi à la mine repoussante). Symboliquement, cette perte provoque un déséquilibre dans l’environnement du héros, qui le pousse à l’aventure.
Tibert a donc subitement disparu le 25 février 2009.

Le héros refuse l’appel de l’aventure

Traditionnellement, le héros se raccroche à son univers primitif pour éviter de se mettre en danger. Tous les moyens sont bons: attitude de déni, mauvaises excuses, fuite dans l’alcool et les stupéfiants, reporter la faute sur les étrangers. Rappelez-vous que Bilbon le Hobbit met un bon chapitre (et encore) avant de se lancer à la suite des nains. Dans le cas de Tibert, je me suis dit « oh, il a déjà fugué l’automne passé, une bonne semaine et il sera de retour ».

Le héros rencontre son mentor

Faites l’expérience: annoncez à vos amis que vous avez perdu un chat et observez leurs réactions. Certains vous témoigneront une empathie intègre: « oh, comme c’est dommage, tu dois être triste, qu’est-ce que je peux faire pour toi? »; d’autres vous témoigneront une empathie toute limitée: « oh, le mien aussi il est parti une fois pendant dix jours, mais il est revenu, ils reviennent tout le temps, pas grave, tu reprends une bière? » et d’autres feront preuve d’une empathie très limitée (mais d’un pragmatisme déroutant): « depuis dix jours tu dis? oh, certainement un renard, tu sais CLAC dans ses machoîres, les mâchoires d’un renard c’est incroyable comme c’est puissant, un chat il a aucune chance contre, ou alors au bord d’une route, tu habites près d’une route, non? ».
Dans les propositions intéressantes, on m’a conseillé la patience (mes parents), une annonce dans la presse (mon véto) ou de faire recours à une interprète animalière qui contacte les animaux à distance et sur photo (si, si).

Le héros passe le premier seuil

Okay, j’avoue: relativement émoustillé par le brin de magie qui entourait le procédé, j’ai tenté en premier l’interprète animalière, qui n’a pas pu me localiser Tibert, mais m’a au moins assuré qu’il était vivant et qu’il se débrouillait pour trouver de la bouffe. Quel chasseur, mon minou!

Épreuves, alliés, ennemis

Là il y a quand même une majorité de potes qui se sont fichu ma poire pour le coup de la médium; je précise que l’interprète animalière m’a tout de suite annoncé noir sur blanc qu’elle ne pouvait généralement pas localiser les fugueurs, mais qu’elle pouvait au mieux obtenir des indices sur son état. Bon. D’autres amis m’ont signalé des chats jaunes un peu partout, et d’autres m’ont clairement fait comprendre qu’au-delà d’un mois, un chat perdu est un chat mort, et que les perruches c’est pas cher et c’est aussi joli (mais ça fait du bruit).

La dernière porte

J’ai fait paraître une annonce dans le journal local, un carré insignifiant de 5 centimètres sur 4, MAIS en couleur – au diable l’avarice et les avaricieux. Au deuxième appel venant du même quartier, j’ai filé fissa pour siffler de tout mon soûl.
En narratologie, c’est le « tournant » de l’histoire, le « twist », l’épreuve finale, l’apogée, le climax, l’apex, le moment où tout le monde retient son souffle pour savoir si le héros va s’en tirer vivant (et bien coiffé).

L’épreuve

Après cinq minutes de sifflotements, Tibert est sorti d’un buisson pour me sauter dans les bras.

Récompense

Il a eu droit à des croquettes au thon, et moi à des câlins.

Le chemin du retour

Cette étape prend parfois un certain temps dans la narration. Tolkien met plusieurs chapitres à conclure Le Retour du Roi, et on pourrait dire que Proust met 670 pages à revenir de sa Recherche. Avec Tibert, ça nous a pris cinq minutes, il y avait peu de circulation dimanche soir.

Résurrection

C’est super-bizarre de retrouver vivant un chat dont vous avez fait le deuil. Vous l’accueillez comme un nouveau-né, un Moïse-sauvé-des-eaux, un peu changé et méconnaissable. J’étais pas même certain que ce soit lui avant de le voir se ruer sur les croquettes au thon.
Dans les mythes, l’épisode de la résurrection achève la transformation du héros, lui confère de manière permanente l’objet de la quête (ou la caractéristique gagnée dans l’aventure). Le héros a normalement appris quelque chose, et le spectateur aussi.

Par défaut
Écriture

Relecture

À l’instar de la Mère Michel, je cherche toujours mon chat.

Une annonce est parue ce matin dans la presse, et j’ai reçu déjà trois appels pour signaler un matou jaune en vadrouille (avec strabisme convergent, précisait l’annonce). C’est à croire que Tibert apparaît aux fidèles comme la Vierge Marie (je me demande où sont les stigmates?) dans tout le canton de Vaud.

Vu que ça fait un mois que je le cherche, je suis à l’affût du moindre petit miaulement, de la plus insignifiante des taches jaunes qui se déplace dans mon champ de vision. J’ai « découvert » une dizaine de nouveaux chats dans mon quartier. Je mets ma découverte entre guillemets, parce que finalement ces chats faisaient déjà partie de mon environnement, mais je ne leur avait pas prêté attention. Être observateur, c’est regarder la réalité avec un angle.

Ça me rappelle le temps où je retapissais mon premier appartement, et j’étais attentif au moindre défaut dans la décoration intérieure des autres lieux où j’allais. Cela m’a même conduit à me fâcher avec un ami très cher pour lui avoir soutenu qu’on voyait les coups de peinture sur une paroi de son salon – je précise que j’avais raison. Même chose lorsque je me suis mis au jardinage: j’étais pris d’une passion pour les fruits et légumes, et je découvrais des trésors floraux à des endroits que j’avais pourtant foulé cent fois.

Il en va de même avec la lecture: lorsque vous reprenez un livre que vous connaissez bien, vous découvrez de nouvelles choses que vous n’aviez pas vu aux premières lectures; puisque vous cherchez autre chose (dans votre vie, dans vos études, dans l’étude de votre vie), vous êtes attentif à d’autres éléments (ça rejoint mon constat sur le changement de la personnalité). En fait, le livre n’a pas changé, c’est VOUS qui le lisez d’une autre manière – le livre devient le témoin de votre changement intérieur; plutôt rassurant, non?

Si ce phénomène vaut pour l’environnement extérieur (les chats du voisinages, la paroi de mon ami très cher, le jardin de ma grand-mère), il en va de même pour l’environnement psychologique: si je me laisse intriguer par un bouquin inspirant (mettons Le Petit Prince), j’aurai tendance à voir les autres comme des renards à apprivoiser, des roses à arroser ou des moutons à dessiner.

Alors, quand ce sacré Tibert aura décidé de refaire surface,ma vision du monde s’en trouvera changée: je serai un peu moins obsédé par les chats jaunes, et je m’intéresserai un peu plus aux humains.

dans-lherbe

Par défaut
Non classé

Alors

Les gens ont peur,
alors ils avalent des anxiolytiques chez leur pharmacien et recrachent leur passé chez le psychologue,
alors leur confiance implose et les coûts de la santé explosent,
alors les assurances s’imposent et les impôts deviennent inquiétants,
alors les gens font des heures supplémentaires en espérant des vacances réglementaires,
alors ils sont crevés le soir et ça les gonfle,
alors ils allument la télévision pour éteindre leur foyer,
alors il y a nouvelles du monde qui se répètent se répètent se répètent,
alors les préjugés s’impriment et les téléspectateurs dépriment,
alors il y a des publicités commerciales pour combler des manques personnels,
alors les gens entassent des possessions extérieures pour combler des vides intérieurs,
alors ils lèvent les bras au Ciel en interrogeant Dieu.

Mais Dieu ne leur répond rien,

alors les gens ont peur.

Par défaut
Écriture, Choses politiques, Enseignement

Examens finaux

Un jeune moine voulait atteindre la sagesse.
Il se rendit donc au monastère de Zsouh, où enseignait le grand maître Bagha. Celui-ci le prit sous son enseignement pendant une année. Le jeune moine apprit l’art de la méditation, des mathématiques et du jardinage.
Au bout d’une année, le maître Bagha appela le jeune moine dans sa tente.

« Jeune moine, je t’ai convié sous ma tente pour que tu puisses prouver ta sagesse.

– Merci maître.

– Il n’y a pas de quoi. Avant de passer les épreuves, je vais te poser une question décisive.

– Je vous écoute, maître.

– Jeune moine, te sens-tu capable de réussir des épreuves de sagesse? »

Le jeune moine réfléchit un moment. Il avait beaucoup appris aux côtés du maître, et il pensait avoir fait des progrès adéquats. Il répondit donc:

« Oui, je me sens capable de réussir les épreuves, maître.

– Sors d’ici, prétentieux! Tu ne mérites pas que j’examine tes compétences! »

Très surpris, le jeune moine ressortit de la tente. Et pendant une année supplémentaire, il suivit l’enseignement du maître. Il apprit de nouveau l’art de la méditation, des mathématiques et du jardinage.
À la fin de l’année, Bagha fit revenir le jeune moine sous sa tente, pour à nouveau éprouver sa sagesse.

« Jeune moine, je t’ai à nouveau convié sous ma tente. Je te repose la même question: te sens-tu capable de réussir les épreuves de sagesse? »

Le moine avait réfléchi pendant toute l’année à cette question. Il trembla un peu, puis répondit:

« Non, maître. »

Bagha se mit à nouveau dans une colère noire:

« Sors d’ici, fainéant! As-tu donc paressé toute l’année pour n’avoir rien appris de plus? »

Le jeune moine était tout à fait interloqué. Il ne comprenait pas pourquoi sa réponse ne lui avait pas ouvert les portes des épreuves de sagesse. Mais il respectait son maître, et il travailla encore à son service pendant une année.
Le temps venu, le maître Bagha fit venir une troisième fois le jeune moine sous sa tente:

« Jeune moine, je t’ai enseigné l’art de la sagesse pendant trois bonnes années. J’aimerais à nouveau te soumettre aux épreuves, mais avant cela, je vais te poser la même question que les années précédentes. Tâche cette fois d’y répondre avec sagesse. Alors, te sens-tu capable de réussir les épreuves de sagesse? »

Le moine fit mine de réfléchir, mais il avait la réponse depuis deux jours:

« Maître, je ne sais pas. Je ne connais pas encore ces épreuves, mais je ferai de mon mieux. »

Son maître Bagha sourit et lui dit:

« Très bien, jeune moine. Tu as répondu judicieusement. Tu vois, la première année, tu étais plein de confiance, rempli d’égo: je devais te purger de ta vanité. La deuxième année, tu hésitais, tu doutais, tu n’avais plus de repères. Je devais te montrer le chemin. Par ta nouvelle réponse, tu viens de me prouver que tu as trouvé un équilibre entre doute et confiance. C’est ça, la sagesse.

– Merci, maître.

– Tu peux maintenant repartir chez toi, jeune moine, car je n’ai plus rien à t’apprendre. »

Et le jeune moine repartit chez lui. Plus sceptique, plus confiant, et plus sage.

grat grat grat

Par défaut