Actualité, Choses politiques

Comment gagner une votation populaire

Définitions préliminaires

Généralisation: technique rhétorique visant à globaliser un exemple unique, pour l’ériger en tant que règle.
Exemple: Monsieur Durand ne mangera pas de viande à dîner.
Généralisation: tous les hommes sont végétariens.

Argument de la pente glissante: technique rhétorique visant à extrapoler les conséquences d’une mesure potentielle, en exagérant les potentialités de cette mesure.
Exemple: Monsieur Durand ne mangera pas de viande à dîner.
Argument de la pente glissante: les bouchers vont être lésés, les éleveurs de bétails seront au chômage, le pays plongera dans une crise financière sans précédent, entraînant le monde et l’univers dans sa chute.

Arguments hors-sujet: technique rhétorique visant à engorger le débat sous un embrouillamini d’énoncés sans aucun rapport avec la question centrale.
Exemple: Monsieur Durand ne mangera pas de viande à dîner, c’est bien la preuve que les socialistes ont toujours défendu la Loi sur la Protection des Données, gna gna gna, sans parler du complot sioniste international qui contrôle la plupart des conglomérats politico-financiers, de toute façon, c’est l’économie qui décide depuis un bon moment dans ce pays, bla bla bla sans parler du prix de la viande.

Comment gagner une votation populaire

1. Poser une question très concrète sur un débat très abstrait.

2. Situer la campagne d’arguments sur les deux plans: concret et abstrait, pour assurer une confusion générale chez tous les interlocuteurs.

3. Dans le cas où le débat parvient tout de même à se centrer sur la question de base, généraliser. Invoquer l’argument de la pente glissante. Déguiser des exceptions en règles. Si ça ne marche toujours pas, mentir discrètement. Exagérer les chiffres. Parler vague. Traiter les problèmes complexes avec des solutions simples.

4. Concevoir une affiche choquante.

5. Réussir à se faire censurer par l’opposition.

6. S’indigner de cette censure et détourner le débat général sur un nouvel objet: le débat sur la censure des affiches. Polémiquer. Se poser en victime.

7. Globaliser le débat à des notions encore plus abstraite (par exemple: la liberté d’expression, la liberté de pensée, la liberté). Faire croire aux gens que ces grandes questions abstraites sont intimement liées à la question concrète.

8. Généraliser. Faire des amalgames. Perdre tout le monde. Diviser pour mieux régner.

9. Gagner la votation.

10. Si les opposants pleurnichent en soutenant que le peuple a été manipulé, les piéger définitivement en déclarant que s’ils sont contre la décision du peuple, ils sont contre le peuple; s’ils sont contre le peuple, ils sont contre la démocratie; s’ils sont contre la démocratie, ils sont pour la dictature.

11. Savourer.

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Démocrachie

Poème SMS n°5 (les poèmes SMS font exactement 160 signes, espaces compris)

Sous la monarchie
Quand on est mécontent
On prend la Bastille
Et on décapite le Roi du moment

En démocratie
On peut juste faire la gueule
À son voisin de palier

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Poésie

Sorry Chéri

Poème SMS n°4 (les poèmes SMS font exactement 160 signes, espaces compris)

Il a vu
Mon alliance
Il a dit
Pas de chance
Moi j’étais
Sous le charme
Il a dit
Pas d’alarme
Il m’a fait
Plein de trucs
Interdits
Dans le lit
I’m so sorry
Chéri

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Choses politiques

Individualisme vs. Humanisme

L’individualisme, c’est croire que les efforts pour le confort individuel vont améliorer la société.

L’humanisme, c’est savoir que les efforts pour améliorer la société vont améliorer le confort individuel.

L’individualiste se demande quel véhicule – d’entre la Punto et le Hummer – il pourra prendre pour éviter la cohue dans les supermarchés pour réaliser au mieux ses achats de Noël dans l’ambiance la plus festive possible.

L’humaniste s’en fout: il sera en train de servir la soupe populaire.

 

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Poésie

T-2-5-6-5

Poème SMS n°1 (les poèmes SMS font exactement 160 signes, espaces compris)

T-2-5-6-5:
Tes deux seins si saints,
Tes deux yeux tant mieux,
Ton parfum si fin,
Tes cheveux je veux,
Tes bras en ébats,
Tes sens en émois,
Et moi contre toi.

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Actualité, Écriture

Tous limités

Ce dimanche, j’entre dans un café bondé. Une seule place de libre, à côté d’un handicapé moteur; torturé par des spasmes incontrôlables, ce barbu crispé tente désespérément d’attirer l’attention d’une serveuse pour payer son dû. Je vous avoue que j’hésite trois secondes avant de m’asseoir. Peur de qui, peur de quoi, après tout?

Après deux minutes, feignant d’ignorer le handicap de mon voisin, je démarre mon ordinateur portable. L’homme engage la conversation, en articulant avec peine les syllabes qui forment difficilement ses mots. À moi de mettre tout ça en phrase, péniblement.

– Bon…zour… c’est-c’est-c’est…le…derrniéé…modaèl? (il montre maladroitement mon ordinateur)

– Si c’est le dernier modèle? Ah non, je l’ai acheté d’occasion, voyez-vous; je crois qu’il est sorti il y a un ou deux ans.

– Comm…zça…c’est…moins…chehhrrr…

– Oui, oui, c’est plus économique.

Je paraphrase chacune de ses répliques, pour être sûr d’avoir bien compris.

– Jje…peux…vous…rrhaconter… une…mauvaizzz…expérienssss?

– Heu… Honnêtement, je préférerais que vous me racontiez une expérience heureuse, mais allez-y…

Et l’homme de raconter péniblement – il développe des efforts incroyables pour articuler convenablement – une anecdote qui date de l’année passée: il s’est vu refuser l’embarquement pour une croisière au départ de Venise. Arrivé jusque dans la cité des Doges, des voyagistes l’empêchent d’embarquer sous d’obscurs motifs; l’homme est convaincu qu’il a subi une discrimination effrontée. Je suis pris de pitié, rageant contre les services (ou des hommes) qui ne se rendent pas compte de la souffrance morale qu’ils font subir à des êtres déjà limités.

– Mais… Vous n’avez pas tenté de porter plainte, de les poursuivre en justice?

– Oui-oui-ouhouhoui… Mais…il…n’y…aah… pas…de…lwoââ… pour… çâââh.

– Mais est-ce qu’il n’y a pas quelqu’un qui pourrait vous représenter juridiquement?

– Ou-ou-ouiiii, j’ai… une…assisssssstaonte…sociale…

Et il conclut, candidement:

…mais-mais-mais… elle…est…li-mi-téééée.

couché sur l'échafaudage

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Actualité, Choses politiques

Les pressés

Pire que les retards imprévus des CFF, pire que leurs contrôleurs aigris, pire que les taches suspectes sur les sièges, pire que les gosses qui braillent dans tout le wagon; oui, il y a pire que tout ça: le vrai problème, le seul fléau, c’est l’usager pressé qui vous pousse sans aucune dignité au moment d’embarquer.

Tout d’abord, le train arrive en gare. Pendant la durée de sa lente immobilisation progressive, les voyageurs s’agglutinent comme des mouches autour d’une plaie sanguinolente, en ébauchant une bizarre chorégraphie: maladroitement, les pressés esquissent des mouvements de crabes pathétiques pour se positionner dans l’axe de la porte.

Ensuite, la porte s’ouvre pour laisser s’échapper les voyageurs précédents. Ceux-ci doivent se frayer un difficile chemin à travers la foule de pressés, qui ne lâchent pas d’un pouce leur précieux terrain – chèrement défendu à force de regards noirs et frottements subreptices. Comme s’ils ne connaissaient pas les règles élémentaires de proxémique, les pressés fusionnent en une masse noirâtre et humanoïde, qui se referme sur les évadés avec brutalité. Vous qui entrez en gare, abandonnez toute espérance d’apercevoir une once de dignité: ici, c’est chacun pour soi. Si les usagers avaient des machettes, il y aurait du sang sur les voies.

Troisième phase: les pressés se poussent discrètement pour entrer les premiers, obsédés qu’ils sont par l’idée d’être enfin à l’intérieur – comme si le train n’allait pas les attendre, comme si le wagon était un vagina dentata prêt à les avaler dans un gloussement sec et morbide. Toute trace d’empathie a définitivement disparu, et les pressés s’ignorent religieusement; le silence est de rigueur – on n’ose pas proposer un « après vous », qui pourrait soudain ouvrir une brèche d’humanité dans cet océan d’égoïsme.

Quatrième phase: une fois dans l’intimité du wagon, les pressés occupent leur place comme une propriété privée; tous les moyens sont bons pour prendre le plus de place possible, pour rendre impossible toute intrusion étrangère: bagages en désordre, nourriture odorante, pieds nus, position de sieste (parfois feinte), musique bruyante – les pressés ne reculent devant aucun stratagème. Et si un quidam se permet le sacrilège de demander si la place est libre, il se voit sanctionner d’un regard noir, d’un « mouais », d’un deuxième regard noir et d’une lente manifestation d’efforts surhumains, accomplis à contrecœur, pour libérer de l’espace.

Et encore – les pressés gardent toujours l’accoudoir central. Toujours.

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Où l’on apprend les positions de Tibert en matière de télévision

Mon chat Tibert est constamment installé sur le canapé, juste devant la télévision.

– Tu veux que je t’allume le poste, Tibert?

– Oh non, maître! (il bâille et s’étire)

– Tu es sûr? Tu ne t’ennuies pas?

– Bien sûr que je m’ennuie – aucune chatte à câliner et pas de nouvelles croquettes. Mais je préférerais courir à poil sous la pluie du mois de novembre plutôt que de regarder une de vos émissions de télévision. (Il se lèche la patte, puis la passe derrière l’oreille. Il bâille à nouveau). J’en ai déjà fait l’expérience: la télévision est l’une de vos réalisations les plus ineptes.

– Je veux bien que tu m’expliques ça.

– Sans aucun problème (il se relève, se gratte l’oreille avec sa patte de derrière, puis se recouche dans une autre position). Alors votre télévision, c’est à peu près ça : des émissions d’actualité avec des catastrophes à tous les coins de rues, des débâcles, des scandales, des erreurs, des horreurs, des explosions, des implosions, des convulsions, des dangers à tous point de vue. Au milieu de tout ce charabia, un reportage tout chou tout sucré sur la chorale de Bottoflens qui monte un spectacle de variété, avec des sourires et des enfants et des sourires d’enfants.

Après cela, une petite page de publicité pour vous faire bien comprendre que vous êtes incomplets sans le dernier Gilette, la dernière Nivéa, la néo-tourniquette et le déo dessous-de-bras.

Ensuite, un magazine politique où deux invités de gauche et de droite s’interrompent de gauche et de droite en répétant répétant répétant répétant les mêmes arguments de gauche et de droite pour attaquer les échecs de gauche et de droite. (Tibert se lève et se lèche le bas du cou)

Tout de suite après, une nouvelle page de publicité pour bien vous faire re-comprendre que vous êtes incomplets sans la dernière Punto, les lunettes de Johnny, les céréales au choco et la moutarde Thomy.

Aussitôt, une sirupeuse sitcom qui glorifie l’empire des émotions et la réussite matérialiste : on se demande comment la ménagère-type qui repasse son jogging taille 45 peut encore oser s’identifier à ces larmoyants éphèbes californiens intriguant dans des salons floutés.

À la fin du sitcom – devinez quoi ? – une page de publicité pour vous faire sentir – dans votre chair et dans votre sang – que vous êtes définitivement incomplets sans les assurances Axia, le Hummer Toyota, la lessive Omo Ultra Plus et le Dildo Deep Anus.

Ensuite, un dessin animé pour les gosses qui rentrent de l’école, qui viendront s’ébaubir devant les vulgaires combats de héros manganoïdes venus sauver l’univers à grands coups de genoux dans la gueule. Allez leur dire de faire une rédac’ sur Martin Luther King après ça… (Tibert se relève, et se secoue la tête vigoureusement)

Juste après, une émission de télé-réalité (quelle réalité?) sous forme de concours stupide, où le meilleur chanteur / danseur / beau parleur gagne cent cinquante mille euros ; comme ça, vos mômes intègrent bien les principes de l’esprit de compétition et d’humiliation perverse, et surtout apprennent que l’ARGENT C’EST IMPORTANT.

Enfin, pour satisfaire petits et grand dans la bonne humeur générale, un jeu télévisé trivial, dans lequel un animateur aux dents très blanches pose des questions de culture GÉNÉRALE, puisque c’est ça la mission de la télévision : de la CULTURE GÉNÉRALE, nivelée par le bas, édulcorée et hachée tout fin pour que des bambins aux gencives fragiles puissent ingérer tout ce que l’écran vomit, une bouillie infâme et culpabilisante qui vous maintient dans un état de manque. (il tousse deux fois, puis se réinstalle plus confortablement)

Alors regarder la télévision, moi, non merci.

Tu n’aurais pas plutôt un bon bouquin?

Love

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