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Lettre à Whitney Toyloy

« Les gens sont tellement convaincus qu’on ne peut pas trouver la paix que c’en est maintenant risible. La première jeune femme qui remporte un concours de beauté se prononce immédiatement en faveur de la paix dans le monde; la belle affaire. Et tout le monde rigole un bon coup. Personne ne croit en la paix. C’est une belle idée. Mais ce n’est rien d’autre qu’une idée – une belle idée pour vieilles dames bien gentilles. Cela ne rime à rien. Cela n’arrivera jamais. Nous vivons dans un monde devenu un coupe-gorge et nous sommes convaincus que c’est inévitable.

Et si nous nous trompions? »

David Lynch, Mon histoire vraie, Sonatine, 2008.

Chère Whitney,

Je vous écris pour vous témoigner de ma profonde sympathie suite à votre élection gagnante au concours de Miss Suisse. J’ai aussi décidé de vous vouvoyer, parce qu’à 18 ans, tous les médias ont eu envie de vous infantitiliser, vous infligeant leurs conseils paternalistes et condescendants. Même si j’aurais toutes les raisons de vous tutoyer – je suis votre aîné de 9 ans et on habite la même région, après tout – j’ai envie de vous témoigner un respect chaste et chevaleresque et intéressé par un dîner avec vous.

Je ne vous écris ni pour vous donner des conseils, ni pour vous insulter, ni pour vous féliciter, mais surtout pour vous dire que je suis jaloux. Non, je ne suis pas jaloux de votre beauté – d’ailleurs, en toute honnêteté, je préférais votre dauphine – mais je suis jaloux de l’attention que les médias vous portent. Du jour au lendemain, toute la Suisse s’intéresse à vous, à ce que vous aimez, à ce que vous pensez. Tout le monde vous demande votre avis sur tout, c’est fabuleux. Profitez.

Vous êtes une sorte de célébrité arbitraire que tout le monde écoute pendant un moment.

Comme si Jésus avait été tout de suite écouté par des milliers de personnes à Jérusalem, sans passer par la case Béthléhem et Jean Baptiste. Whitney, vous avez l’occasion unique d’être une prophète à 100%, et j’ose espérer que vous n’avez pas eu besoin de vendre votre vertu pour en arriver là. Vous arrivez donc pure et vierge au Mont des Oliviers pour prêcher la bonne parole de votre choix.

À votre place, voilà ce que je ferais: je m’entourerais de mes lectures favorites sur le sens de la vie (Blaise Pascal, Randy Pausch, Eckhart Tolle, les Monty Pythons mais aussi les conférences TED) et je tenterai de placer ces nouvelles idées dans les réponses que je donne aux gens. Imaginez la gueule des rédacteurs du Matin, qui devraient faire des encadrés sur des philosophes pour référencer vos réponses!

Pour enfin arriver avec un interview qui parle d’autres choses que du football de l’amour des dauphins.

S’il vous plaît. Vous pouvez faire quelque chose.

« Il existe un champ d’unité en chacun. Il a toujours existé. Il est illimité, infini et éternel. C’est ce niveau de la vie qui n’a jamais eu de commencement. Il est, et sera, éternellement. On peut s’éveiller à ce champ. Chez l’être humain, l’éveil à ce champ conduit à l’illumination – le plein potentiel de l’individu. À l’échelon mondial, le résultat d’un éveil à l’unité d’un groupe oeuvrant pour la paix dans le monde signifierait la paix véritable sur terre. »

David Lynch, id.

Tibert, le plus beau chat du monde (subjectivement)

Tibert, le plus beau chat du monde (subjectivement)

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Du porno avec recul

Vous savez que je suis en train de réaliser un rêve de gosse? Je participe à un atelier de quatre jours avec le grand Keith Johnstone. Pour le moment, c’est tellement dense et inspiré que j’aurai besoin de digérer tout ça en relisant mes notes.

Citation du jour de mon gourou préféré:

« Je suis certainement le seul à regarder des films pornos en cherchant à savoir quelle rangée de dents – inférieure ou supérieure – les acteurs montrent pendant l’acte.

Si vous voulez faire de l’impro, soyez curieux, observez ce genre de comportements humains »

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Choses politiques, Enseignement

7 conseils pour réussir ses études

Après avoir réussi successivement le Gymnase (lycée), l’Université et la Haute École Pédagogique (IUFM) du premier coup, en menant également une carrière d’improvisateur, de musicien amateur et d’amant (!), je me permets de partager quelques conseils. À prendre où à laisser; faites-en votre miel, ça n’engage à rien.

  • Soyez présent

Venez au cours. Venez aux séances de séminaires. Venez aux trucs qui sont pas vraiment obligatoire, mais qui pourraient être intéressants. Le but, c’est de faire partie des murs. Les rares fois où vous serez cloués au lit, on remarquera (et déplorera) votre absence. Et quand je dis « soyez présent », suivez le cours, ne suivez pas la conversation du dernier rang.

  • Faites le boulot

Le moindre exercice à rendre, donnez-le dans les délais. La moindre dissertation à écrire est sur la table de l’assistant au jour dit. Le courriel que vous devez écrire au professeur pour lui annoncer votre programme d’examen, vous le taperez à la minute où vous aurez fini de lire ce billet.

  • Faites-vous apprécier des profs

J’ai été prof, je sais de quoi je parle: l’enseignant est de toute manière favorable à l’élève qu’il aime bien. Évaluations, délais, entretiens… Tout joue en la faveur du chouchou. Pas besoin de vous transformer en lèche-cul pour autant: faites juste le mec qui écoute; regardez votre prof quand il parle; regardez-le avec le regard intelligent de l’élève qui comprend.

  • Limitez le temps avec vos collègues étudiants (surtout les imbéciles)

Seigneur, on serait surpris du temps que les gens passent délibérément avec des collègues qu’ils n’aiment pas. Fuyez les gens qui ne vous apportent rien. Ayez toujours un livre urgent à lire à la biblio. Arrêtez le café. Refusez les apéros. Tout ça ne va pas vous « donner du courage » ou vous « détendre ». Ce qui vous détend, c’est d’arriver le soir à la maison en ayant bien bossé.

  • Communiquez honnêtement (avec les profs, avec vos amis, avec vous-même)

Vous avez besoin d’un délai supplémentaire pour rendre votre travail écrit; envoyez un courriel au professeur pour lui demander ce qui est possible. Vous avez merdé votre présentation orale; dites à votre co-séminariste pourquoi. Prenez la responsabilité. Montré que vous comprenez ce qui s’est passé et que vous reconnaissez vos erreurs. Soyez dur avec vous-même. Puis pardonnez-vous.

  • Rendez-vous indispensable

Vous êtes doué en informatique, et vous en faites profiter toute la classe. Vous prenez des bonnes notes, et vous les photocopiez à ceux qui vous le demandent. Vous connaissez le mystérieux numéro de la salle où a lieu le prochain cours et vous le communiquez aux autres. De cette manière, vous partez en positif avec les autres. Quand vous serez dans la merde, vous aurez des gens sur qui compter. Après quelques années, ça s’appelle de l’amitié.

  • Ayez les yeux plus gros que le ventre. Mais finissez quand même l’assiette

Prenez beaucoup trop d’engagements (surtout quand vous devez finir votre travail de certificat); c’est lorsque vous êtes sous pression que vous êtes efficace (dans les limites du raisonnable). Demandez à ce qu’on vous impose des délais. Mettez-vous en retard exprès, une fois pour rire. Lisez un bouquin de gestion du temps, aussi.

Je ne garantis pas que vous réussirez. Mais par contre, vous vous rendrez compte que les « bons élèves », les « premiers de classe », les « intellos » appliquent tout naturellement ces principes depuis leur plus tendre enfance.

Et ça marche.

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Actualité, Choses politiques

Peut-être mon dernier billet

Randy Pausch est décédé il y a une semaine d’un cancer du pancréas.

C’était un charmant gaillard.

Je l’ai découvert en visionnant une vidéo sur la manière de gérer un peu mieux son temps, alors que j’étais dans une période où je procrastrinais relativement pas mal (ça veut dire beaucoup). Randy Pausch m’a convaincu qu’il était redoutablement efficace de traiter ses e-mails régulièrement et de se coucher avec une boîte de réception vide (conseil que j’applique avec succès depuis 3 mois, yeah).

En quelques mots, Randy Pausch est un universitaire brillant, mais pas seulement: c’est un humaniste profond, un orateur hors pair et un philosophe incroyablement pratique: le genre de mec qui vous donne des conseils de time management alors même qu’il sait qu’il n’a plus que 6 mois à vivre. Il avait ainsi pris l’habitude, dans ses conférences, d’annoncer de but en blanc sa mort imminente. « S’il y a un éléphant sur scène, autant le présenter tout de suite au public, » disait-il, en commentant le diapositive qui montrait les tumeurs sur son pancréas.

En septembre 2007, il avait donné une conférence intitulée The Last Lecture pour encourager les gens à réaliser leurs rêves de gosses. Perso, c’est plutôt sa précédente causerie qui m’avait le plus impressionné, mais cette « dernière conférence » est peut-être plus émouvante; elle a réalisé l’improbable prouesse d’être une vidéo qui a dépassé les 5 millions de visions sur YouTube, alors même qu’elle dépasse une heure.

Ce qui me semble intéressant à dire, c’est que Randy Pausch illustre une prise de conscience assez courante chez nous: on a tous entendu parler de quelqu’un, proche ou pas, qui a subitement ré-orienté sa carrière, sa manière de vivre ou ses priorités suite à une crise de santé / un accident gravissime / une expérience de la mort.

Mais oui, vous connaissez tous l’histoire de l’oncle Richard qui, suite à son accident quasi-mortel, a revendu son entreprise qui était sa vie, lâché ses actions Swisscom, et prend son pied à donner des cours de macramés aux enfants handicapés du Bénin.

Je fais le lien avec Eckhart Tolle, que j’ai lu récemment, qui disait que la sagesse vient après avoir décidé de lâcher son ego, de « mourir avant sa vraie mort »: c’est tellement dommage d’avoir besoin d’une rencontre choquante avec la mort pour faire le point sur sa vie.

Dieu m’est témoin que je ne vous souhaite ni cancer exécrable, ni perte de votre animal favori, ni accident de voiture avec du sang sur les vitres.

Mais faites-vous plaisir avant que ça vienne, bon sang.

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Choses politiques

Le coup de marteau

On ose à peine appeler ça une légende urbaine, puisque c’est plutôt une histoire campagnarde, que mon père raconte quelquefois quand il veut donner un argument sur la valeur de l’expérience.

Il y avait un temps où chaque village du canton de Vaud (Suisse) avait une laiterie. Vous savez certainement qu’une laiterie dispose d’une énorme cuve, où est caillé, puis présuré le lait afin d’amorcer le processus de fabrication du fromage. Parfois, cette cuve est fixée sur un axe tournant, pour permettre le brassage de la masse.

Dans un village dont on a oublié le nom, le laitier constate que sa cuve fait un drôle de bruit. Une espèce de brom-bodom-bom-bodom persistant, un bruit sourd qui finit par résonner dans toute la laiterie.

« Il faut faire quelque chose, » se dit le laitier. « Je vais appeler le fabricant de la cuve, il doit pouvoir réparer ça. »

Le fabricant ne sait pas d’où provient le bruit. « La cuve a probablement reçu un choc. Elle n’est plus tout à fait ronde, elle est déséquilibrée sur son axe. À part changer la cuve, il n’y a rien à faire. »

« Mais je n’ai pas les moyens de changer la cuve! » dit le laitier. « Vous n’auriez pas une autre solution? »

Le fabricant lui répond qu’il voit peut-être une autre alternative. « Il y avait un vieux ouvrier dans notre filiale suisse-allemande, il avait le chic pour résoudre toutes les pannes. Il pourra peut-être vous aider. »

Ni une, ni deux, le laitier appelle le spécialiste; le lendemain, il est là: c’est un vieillard moustachu qui sent la poussière.

Le vieux s’approche de la cuve. Il la fait tourner. Il écoute le bruit. Il ressort de la laiterie, fourrage dans sa voiture, revient avec un marteau. Il fait à nouveau tourner la cuve. Il écoute le bruit. Il arrête la cuve.

À un endroit précis de la cuve, il assène un violent coup de marteau. Il fait tourner la cuve.

Plus un bruit. La cuve est comme neuve, et glisse sur son axe.

Le laitier saute de joie: « Seigneur! Merci mon brave! Vous êtes un sacré spécialiste! Comment puis-je vous remercier? »

Le vieux fait un signe de la main, il parle de facture. Le laitier croit s’en tirer avec une bonne bouteille. Il offre un verre au vieux, qui ne refuse pas. Il le remercie encore et encore, lui tape sur l’épaule.

Trois jours plus tard, le laitier reçoit une facture du spécialiste. Il est plutôt surpris, presque en colère: il y a un total de 1021 francs. Le détail n’est pas expliqué. Le laitier téléphone au vieux pour lui demander des précisions. Le vieux lui répond.

« C’est simple, mon bon monsieur:

Essence: 20 francs.

Un coup de marteau: 1 franc.

Savoir où donner le coup de marteau: 1000 francs. »

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