Choses politiques

Blaise Pascal écologiste

Il y aura toujours des sceptiques pour dire que le réchauffement climatique n’a rien à voir avec les comportements humains. Grand bien leur fasse. Mais l’écrivain Amin Maalouf, dans son essai « Le dérèglement du monde » apporte, à mon goût, un argument décisif dans le débat, une raison de modifier nos comportements; il nous propose de faire un « pari de Pascal » écologique (je souligne):

« Et c’est là le fondement du pari que je formule concernant le réchauffement climatique: si nous nous montrions incapables de changer nos comportements, et que la menace se révélait réelle, nous aurions tout perdu; si nous parvenions à changer raidcalement nos comportements, et que la menace se révélait illusoire, nous n’aurions absolument rien perdu.

Car les mesures qui permettraient de faire face à la menace climatique sont en réalité, quand on y réfléchit, des mesures qui, de toute manière, mériteraient d’être prises – afin de diminuer la pollution et les effets néfastes qui en résultent pour la santé publique; afin de réduire les menaces de pénuries et les perturbations sociales qu’elles pourraient provoquer; afin d’éviter les conflits acharnés pour le contrôle des zones pétrolières, des zones minières, ainsi que des cours d’eau; et afin que l’humanité puisse continuer à avancer dans une plus grande sérénité. »

(A. Maalouf, Le dérèglement du monde, Grasset: Paris, 2009; pp. 286-287)

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Les cartouches d’exercices

À l’école de recrues, le lieutenant nous a dit un jour qu’on allait tirer « en situation ». Ça veut dire qu’on n’est pas dans un stand de tir, mais plutôt en pleine nature, avec casque, équipement complet et des types qui sécurisent la zone pour pas que les touristes en balade se fassent descendre. C’est du genre sérieux, si vous voyez ce que je veux dire.

On est là à tirer pendant une heure ou deux, chacun son tour, en ayant plus ou moins les boules, vu que les fusils tirent des vraies balles et qu’un accident est vite arrivé. Au bout du compte, le lieutenant nous fait mettre en rang pour conclure l’exercice, et alors a lieu le rituel des cartouches d’exercices. En clair, il nous fait vider notre chargeur contre une cible aléatoire, pour utiliser jusqu‘à la dernière cartouche prévue dans le quota.

– « Lieutenant, pourquoi on peut pas simplement rendre les balles encore neuves? »
– « Parce que sinon, la prochaine fois, le service de l’inventaire va me baisser mon quota, et j’aurai peut-être pas assez de munitions. » À chaque exercice, le cirque recommence, et on lâche à chaque fois notre bon kilo de plomb dans les fougères.

L'armée la plus utile du monde

On peut constater le même phénomène dans les grandes boîtes, lorsque les chefs de services dépassent volontairement leur budget « pour éviter que la hiérarchie ne nous le baisse l’année prochaine ». Ou dans les entreprises où l’employé est payé sur la base d’un horaire fixe pour une tâche qui peut varier; si l’employé finit avant l’heure prévue, il doit « glander discrètement » pour « faire ses heures ».

Le syndrome des balles d’exercices apparaît chaque fois qu’un bien est en surplus, mais que cette abondance est gênante pour l’organisation du travail. On préfère gaspiller librement plutôt que de repenser la structure complète.

Ce serait comme de dire que les ressources de la planète seront automatiquement reconduites annuellement, et qu’on peut s’en éviter l’économie.

Quelle idée bizarre, vraiment.

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La part des choses

Donc je résume pour ceux du fond: en juillet 2008, Hannibal Kadhafi (le fils de l’autre) est arrêté par la police de Genève, celui-ci étant accusé de mauvais traitement sur ses domestiques; peu après, les relations diplomatiques Libye-Suisse s’enveniment, au point de réduire les échanges économiques de 70%. Une année après, (mi-août 09), le président de la Confédération Merz s’excuse auprès du dictateur Mouammar Kadhafi pour que le commerce reprenne pour que 2 ressortissants suisses retenus arbitrairement en otage puissent rentrer en avion. L’opinion publique s’émeut de ces excuses, crie qu’on-ne-baisse-pas-son-froc-devant-un-dictateur et que Merz est une poule mouillée qui devrait démissionner.

Hans-Rudolf, je suis de tout cœur avec toi.

La colombe de la paix à du plomb dans l'aile

Tout d’abord, le peuple a souvent des vues à court terme (ça, c’est un euphémisme), et si on veut embrasser toute la complexité du problème de la Confédération, il faut savoir que la Libye est un important fournisseur de pétrole pour notre chère Helvétie, et qu’on l’aurait eu dans l’os, avec le prix du baril qui flambe (ça, c’est une métaphore). Du coup, les gens qui ne prennent pas en compte ce majestueux porte-à-faux croient que la Suisse peut jouer les premières de classe en diplomatie et pourrait librement envoyer paître un ex-officier à lunettes. Le problème, c’est que c’est un-peu-de-pétrole contre des-excuses-à-genoux, mes chers confédérés.

Hans-Rudolf, tu aurais donc dû proposer ça au peuple suisse: okay, on va jusqu’au bout de notre éthique, on fait un beau doigt d’honneur à Mouammar, mais alors on renonce au pétrole pendant un mois. Ben oui, facile: trente jours durant, on ne touche pas la pompe et on va à pied au boulot. Voilà qui serait un modèle de citoyenneté, de montrer au monde qu’on s’en branle d’un pseudo-embargo sur l’essence: ton or noir corrompu ne me salira pas les mains, sale dictature fasciste.

Tant qu’on accordera plus d’importance à notre auto qu’à notre éthique, les lunettes noires continueront de nous entuber (alors ça, c’est une métonymie et une métaphore en même temps).

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Le mariage pour tous les goûts

Une copine qui se marie prochainement m’a raconté qu’elle avait cherché pendant des heures pour trouver un texte de mariage adéquat, qui reflète sa vision de l’amour. Ce billet servira à tous les amoureux en quête de prose pour leur cérémonie de bénédiction. Servez-vous, il y en a pour tout le monde.

Classique

En ce jour béni, nous choisissons d’unir nos âmes devant le Seigneur Dieu. Par les liens du mariage, nous promettons de nous aimer et de nous soutenir mutuellement dans les épreuves de la vie. Nous faisons la promesse aujourd’hui que nous consacrerons toute notre énergie à construire un couple sain et solide, basés sur des valeurs partagées. Enfin, nous croyons à un amour qui se construit, qui s’entretient et qui mûrit. Nous croyons à la vie.

Réaliste

En ce jour du 18 mai, nous nous marions tout en sachant que 57,4% des jeunes mariés finissent par divorcer, que 65,3% des personnes interrogées avouent avoir trompé leur partenaire, et que c’est surtout la tradition judéo-chrétienne qui nous pousse à reproduire un schéma monogamique dépassé. Nous savons que ce ne sera pas facile tous les jours. Même aujourd’hui d’ailleurs, c’est difficile. Edgar sent déjà sous les bras.

Idéaliste

En ce jour béni pour le moment pluvieux mais le soleil ne va pas tarder, nous nous unissons solennellement pour l’éternité et jusqu’à la fin du monde entier. Nous croyons à un amour passionné chaque jour que Dieu lui-même en personne fait, et nous croyons au plus profond de notre être intrinsèque et essentiel que nous sommes faits mutuellement et naturellement l’un pour l’autre, que nous ne nous fâcherons jamais, et que notre amour illimité ne connaîtra pas de limites incommensurables dans l’infini de l’éternité infinitésimale que Dieu lui-même fait chaque jour.

Sexuel

Nous nous prenons mutuellement devant cet hôtel autel pour jouir des plaisirs de la vie à deux. Sur lèche mes mains Sur les chemins de l’amour, nous serons les missionnaires du désir, les envoyés en l’air de Dieu, et nous prodiguerons l’Esprit Seins Saint envers nos semblables. Nous croyons à l’amour comme un qu’on s’en suce consensus idéal, fait de joies et de caresses dis-mon-nom divines.

Minimaliste

Bon. Ça, c’est fait.

Mariage Blanc

Moi, Edgar Chevalley, prend volontiers pour époux Mademoiselle Skolenska Kushtagamin (je prononce juste?) et nous bénissons cette union devant de nombreux témoins ici présent, monsieur l’officier d’état-civil. Nous faisons le serment de nous aimer pendant de nombreuses années, ou en tout cas pendant le délai légal de 480 jours (cachet du contrat de mariage faisant foi). Vous êtes tous invités chaleureusement à ne pas passer à l’improviste au domicile du couple.

Mariage arrangé

Merci à nos deux familles pour cette bonne idée de cérémonie. Nous nous réjouissons de nous découvrir un peu plus dans notre future vie à deux. Nous avons même déjà trouvé quelques points communs (en matière de liberté individuelle, notamment). En outre, Edgar a promis d’être discret.

Remariage

En ce jour re-béni, nous re-choisissons de réunir nos âmes re-devant le Seigneur Re-Dieu. Par les re-liens du remariage, nous re-promettons de nous re-aimer et de nous re-soutenir re-mutuellement dans les re-épreuves de la re-vie. Nous re-croyons à la réanimation.

Émotif

En ce jour béni – oh bon sang ce que je suis émue – nous choisissons d’unir (renifler) nos âmes devant le Seigneur Dieu (sortir un mouchoir). Par les liens du mariage, nous (bégayer) nous, nous, nous, promett-on-on (sangloter nerveusement) on-on de-de-de nous aihahhaaaha ouhhrgg (là, être pris de spasmes, tout en cherchant à recommencer une phrase). Nous… nous… (de plus en plus lentement – pleurer). Nous… nous… (faire des mouvements incompréhensibles – sourire à l’assistance). Nous… nous… (rouler les yeux). Nous… (défaillir)

(l’organiste enchaîne avec le Cantique 468)

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Ce que je n’arrive pas à comprendre chez les humains

Mon chat Tibert (toujours en fugue) m’a laissé une liste de choses qu’il ne comprenait pas chez les humains:

les femmes enceintes qui fument

Tibert ne comprend pas pourquoi les humains cherchent à connaître en détails certains phénomènes médicaux, pour les ignorer grossièrement la minute d’après.

– l’engouement pour les sports automobiles

Qu’est-ce qu’il y a de spectaculaire? (m’a demandé un jour Tibert). L’impression de vitesse, sans doute (lui ai-je répondu). Mais pourtant, c’est la vie qui va déjà trop vite (m’a-t-il rétorqué).

– l’armée suisse

Tibert estime que le concept « d’armée défensive » est la plus grande mascarade rhétorique du siècle.

– la presse people

On dirait que vous cherchez à vous intéresser à ce qui est le plus bizarre, le plus lointain, le plus exceptionnel de vos propres âmes. Pourtant vous avez quantité de philosophes qui auraient dû vous convaincre que le voyage en vous-mêmes était le seul qui vaille la peine.

– les gens qui ne se saluent pas dans la rue

C’est peut-être parce que je suis un chat (me dit-il), mais je ne comprends pas comment vous pouvez passer les uns à côté des autres sans vous adresser ne serait-ce qu’un signe de reconnaissance. Moi, je salue même les fleurs et les abeilles, tu sais. On fait tous partie du monde vivant, oui ou merde?

Tibert et sa liste

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Actualité

Canon à neige

Cette année, il n’y a pas de neige.

Les médias interrogent les spécialistes. Les spécialistes expliquent que la hausse des températures est probablement liée au réchauffement climatique. Alors les médias accusent les responsables du réchauffement climatique. Mais ceux-ci sont en vacances. Ils se sont envolés pour les Émirats Arabes, où ils skient en profitant des pistes couvertes.

Hiver 2005…

Alors les médias questionnent les politiques. Mais qu’allez-vous faire, ils disent. Et les politiques pensent qu’il faut réagir. Nous allons prendre les mesures qui s’imposent, ils disent. Alors les médias donnent surtout la parole aux partis écologistes et ceux-ci se frottent les mains (pourtant, il ne fait pas froid puisqu’il n’y a pas de neige on a dit bon sang).

Alors les médias disent, les gens vont changer de comportement pour diminuer la tendance du réchauffement climatique. Dix conseils pour économiser le chauffage en page trois, ils disent. Mais sur la page quatre, on peut acheter un Hummer qui consomme quinze litres aux deux kilomètres, non j’exagère. Mais en fait j’exagère pas vraiment: les gens ne changent pas si facilement de comportement, rapport aux atrocités de 39-45 qui auraient dû changer notre comportement par rapport à la guerre, ha ha ha quelle sacrée pirouette argumentative.

Alors les médias disent aux directeurs des pistes de ski, mais comment allez-vous faire, bon dieu. Mais les directeurs des pistes de ski ont une solution toute prête, ils pompent de l’eau dans les lacs de montagne et la pulvérisent avec des canons à neige.

Une sacrée bonne idée pour résoudre les problèmes, les canons.

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