Actualité, Choses politiques

Sous le signe du Lion

Meilleurs voeux pour l’année 2007!

Mes médias préférés en re-profitent pour faire leurs prévisions astrologiques pour les douze prochains mois. Je suis Lion. Deuxième décan. Petit florilège de ce qui m’attend:

D’après le Matin, je devrai être « prudent, attentif aux signes que les cieux mettront sur mon chemin de vie ». D’après le Femina, l’année 2007 sera « une année de réalisations, propice à la prise de risques, Vénus étant en accord avec Pluton ». Le 24 Heures sur-enchérit, en me désignant comme « un signe fort, qui prendra l’ascendant sur les choses, à condition que je ne sur-estime pas de mes forces ». J’adore l’horoscope. S’il ne pleut pas, alors c’est qu’il fera beau. Si clair et si limpide. Mais tout ça ne me dit pas si je dois investir dans les nanotechnologies ou manger plus de légumes. Oui, bon, admettons, je DOIS manger plus de légumes.

Tibert dévorant sa proie

L’horoscope a quelque chose d’abominable. Il nous colle arbitrairement un signe à la peau. Va encore pour ceux qui se retrouvent avec quelque chose de noble, genre « sagittaire » ou « taureau ». Mais les « poissons » devront souffrir les blagues les plus visqueuses, les « scorpions » seront montrés du doigt comme des parasites puants et les cancers seront inconsciemment assimilés à la maladie du même nom. Immédiatement après vous avoir innocemment demandé votre date de naissance, les gens vous balancent au milieu de la conversation: « Ah? Vous êtes bélier? Je m’en doutais bien! On voit que vous avez l’habitude d’enfoncer des portes ouvertes ». Super, pour se débarasser des étiquettes.

Je hais les horoscopes.

En fait, pour l’année 2007, je vais me fier à mon instinct de lion: faire de longues promenades dans la nature, me laisser pousser une souple crinière et bouffer tout cru les proies imprudentes qui viendront boire dans mon eau.

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Choses politiques

De l’importance du doute

Pendant mon enfance, le monde était simple: il y avait les bons et les méchants, il y avait les amis et les ennemis, il y avait le noir et le blanc. La Nature me présentait des problèmes simples (Dieu existe-t-il?) et mes parents me proposaient des solutions simples (Oui/Non, biffez ce qui ne convient pas). J’avais réponse à tout.

Peu à peu, le monde est devenu très compliqué: il y avait les moins bons et les relativement méchants, il y avait les bons copains et les mauvais camarades, il y avait le rouge, le noir et mon daltonisme. La Nature commençait à me proposer des problèmes complexes (l’Amour Vrai existe-t-il, l’Homme naît-il Bon, Faut-il Mettre des Majuscules Aux Concepts?), mes parents ne me proposaient plus aucune solution et j’avais de moins en moins de réponses. J’ai commencé à douter.

Pourtant, on m’avait déjà averti que le doute était d’une infinie sagesse: Socrate et son « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien », c’était une théorie en béton. Mais ça ne m’a pas beaucoup aidé pour draguer les filles; les filles, elles voulaient se sentir en sécurité, savoir où on allait manger et qui c’est qui allait payer, elles voulaient sentir un corps chaud contre lequel on peut se blottir, pas un cerveau froid qui philosophe à longueur d’hiver.

Tibert en pleine interrogation métaphysique sur les théories de stimulus-réponse

En plus, ce qui est déprimant dans le fait de douter, c’est qu’on est quelque part persuadé qu’on est en accord avec le monde, qu’on en perçoit toute sa subtilité et ses paradoxes. On parvient à douter que 2 et 2 font 4, que la terre tourne autour du soleil et que les chats sont des mammifères: on n’a plus aucune réponse tranchée. On louvoie. On funambule. On ambiguïse.

Du coup, on devient beaucoup moins intéressant dans les discussions des cocktails mondains: puisque vous êtes incapable de prendre position, les autres ne retiennent rien de ce que vous dites. Ils cherchent à épouser une solution simple, vous leur offrez d’embrasser toute l’ambiguïté du monde. C’est pas ça qui vous aménera au pouvoir.

J’imagine bien un chef d’État dans le doute: « Hum, voyons Nielsen, je ne suis pas sûr que nous devrions continuer cette guerre. Tous ces morts sont-ils bien raisonnables? » Vous l’imaginez, au journal de 20 heures, parlant à la nation toute entière: « Chers contribuables, finalement je pense que notre pays a trop voulu chercher à contrôler le monde, je suis en train de réfléchir à un autre système, j’attends les propositions de mes conseillers et je suis dans le doute. Profondément dans le doute. »

Suivriez-vous un tel chef?

Le problème avec les gens de pouvoir, c’est qu’ils ne doutent jamais. Et le problème avec les vrais philosophes, c’est qu’ils ne seront jamais assez sûrs d’eux pour se présenter aux élections.

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Écologie et cohérence

Les gens sont très sensibles à l’environnement. Ils ont lu beaucoup d’informations contradictoires sur le sujet, ils ont vu les films du commandant Cousteau et d’Al Gore, ils se laissent nonchalamment agresser par les démarcheurs Greenpeace dans la rue.

Ensuite, ils vous tiennent des théories fabuleuses: « Tu sais, c’est dingue ce que les gens consomment comme eau du robinet; il y en a même qui laisse couler pendant qu’ils se brossent les dents. Pendant qu’ils SE BROSSENT LES DENTS! »

Dingue.

Tibert à l’attaque des idées reçues (aucun rat n’a été blessé pendant la prise de vue)

Et puis au bout d’un moment, vous vous rendez compte que ces mêmes personnes qui vous tiennent des théories faramineuses sur la consommation d’eau, vous servent un sirop EN LAISSANT L’EAU COULER. C’est pour mieux la refroidir, disent-ils. Tu parles. C’est pour mieux gaspiller, mon enfant.

Mais si vous vous égarez à leur faire une remarque, alors là, ils le prennent très mal, et vous renvoie à VOTRE PROPRE consommation. « Ah ouais, je te vois venir avec ta mine d’écologiste en herbe; mais t’es venu en voiture, si je ne m’abuse? Et puis tes fringues, ils viennent de Taïwan en pétrolier, mon gars. Et puis pour ton sirop, il a bien fallu toute une industrie polluante derrière, alors j’hésite à te servir une eau tiède, pour t’apprendre à me faire des remarques désobligeantes. »

Et c’est là que l’argumentation est vicieuse: les consommateurs croient que les comportements écologiques impliquent une entrée en religion. Ils pensent qu’il faut faire tout, ou alors ne rien faire du tout. Mais c’est pas parce qu’on ne peut pas changer le monde en dix minutes qu’il ne faut rien faire dans cette direction. On peut appeler ça de l’idéalisme pragmatique.

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Pour revenir un peu sur Adolf H.

Un dialogue mythique que j’aime bien, lu dans « La part de l’Autre », d’Éric-Emmanuel Schmitt, Livre de Poche, dans toutes vos petites librairies. L’auteur fantasme sur le possible destin d’Adolf H., reçu à l’École des beaux-arts de Vienne, qui change totalement d’orientation morale. Après quelques années d’étude, la guerre de 14 éclate, et le peintre est mobilisé avec ses meilleurs amis, Neumann et Bernstein. Ils s’interrogent sur leur possible mort dans les tranchées:

p. 157
– S’il y a une justice, c’est moi qui dois mourir le premier… Ce ne serait pas une grande perte, dit Adolf.
– De toute façon, il n’y a pas de justice.
Neumann avait répondu d’un ton sourd, les dents serrées. Adolf le regarda avec soulagement.
– Tu as raison. Il n’y a pas de justice. Tout est loterie. La naissance, la mort, le talent. Et c’est tant pis pour nous.

“La part de l’autre”, Éric-Emmanuel Schmitt, chez Livre de Poche en 2001

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