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Loi de Hofstadter

Pour ceux qui se demandent pourquoi mes publications se raréfient, voici la loi de Hofstadter:

« Ça prend toujours plus de temps qu’on ne le pense, même en tenant compte de la loi de Hofstadter. »

Et, oui, je pensais aussi que ce billet ne me prendrait qu’une minute à écrire.

Tibert, un exemple de bonheur

(…et je parie qu’à la base, vous ne vouliez perdre que « quelques minutes » sur Internet)

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Actualité

Dans la tête d’une hôtesse du salon de l’Auto

Ma soeur m’avait bien dit, tu verras frangiiine, tu te feras maaater, c’est tous des cochons ces cliiients – elle appuie les mots pour me mettre la honte – en plus, t’aime pas ces voaaatures, c’est de la mécanique, une fille ça s’intéresse pas à la mécaaaanique, Stéphaniiiie, redescend sur teeeerre.

Tibert pose, sur un canapé de la gamme IKEA

Je m’en fiche, je suis quand même venue. Une invitation du Search Marketing Manager de BMW, ça se refuse pas. Muriel croit que c’est pour booster ma carrière de star. La gourde! Elle comprend pas que je fais du théâtre parce que j’aime Molière, Tchekhov et Pagnol; je tiens pas à finir James Bond Girl, moi madame. Le cinéma, c’est juste bon pour les Lauriane Gilliéron qui se gavent d’un crash course pour richetots à l’Actor’s Studio. Non! Moi, je veux faire du vrai théâtre avec des vrais rôles, crever de faim pendant six mois à Paris, cachetonner dans des rôles obscurs de servantes anorexiques. Je veux manger de la vache enragée, moi!

D’ailleurs, ça me fait penser que j’ai skippé le dîner. Je me sens drôle et mon ventre fait des gargouillis. Pas très glamour, pour présenter le dernier diesel VX3.

Bof, de toute façon ils regardent mes jambes, les clients. Ils défilent un moment devant le stand, me jaugent de haut en bas, et s’arrêtent en bas: 130 balles d’épilation au laser, ça les vaut, mes gaillards! Et puis ils sont trop drôles, ces visiteurs: juste avant, un petit mari qui passait avec sa grosse femme; il fait semblant de regarder l’étiquette du prix. Ha! Il matait l’échancrure de ma robe, ouais. Son épouse l’empoigne par le col et l’entraîne vers le stand des 4×4.

Un autre mec, il s’est arrêté deux minutes, il est resté là, pensif. On voyait qu’il réfléchissait VRAIMENT à quelque chose. Tout à coup, son visage s’illumine, et il me pose une question. Moi comme une tarte, je m’apprête à lui répondre, mais il s’avançait comme un poulpe en zieutant mon décolleté. Ni une, ni deux, j’appelle Vincent, du stand technique. Le mec repart un peu déçu (Vincent, c’est un grand sec tout brun et tout moustachu, il pue du goulot, c’est infect; je crois qu’il est accro au stand de spécialités thaï de la cafét’, le bougre.)

Ma soeur, pendant ce temps, elle scrute les résultats aux votations. Elle a des ambitions politiques, un peu gaucho, un peu féministe sur les bords, alors sa frangine qui fait hôtesse au salon de l’auto, je comprends que ça la minait. En plus, jeudi c’était la journée de la femme, alors elle me trouvait pas franchement progressiste avec mon job de femme-objet.

Elle pense que je vaux mieux, avec ma licence de philo juste en poche. Mais qu’est-ce qu’elle croit au juste? Que c’est plus respectable pour une fille de faire des théories sur Socrate que de parler de l’embrayage du dernier break Volvo? Que c’est se prostituer que de se mettre en pâture devant vingt paires d’yeux et un gros tas de feraille? Mais frangine, je découvre le fond de l’âme humaine! Les passions et les perversions réunies au salon de l’Auto.

Et puis de toute façon, une licence de philo… Même à l’examen oral, l’expert me matait.

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Et pour quelques calories de plus

Si le film est bien, c’est un supplice. S’il est franchement nul, c’est un soulagement: je veux bien sûr parler de l’entracte au cinéma. Et avec l’entracte, la glace qui va avec.

Tibert au cinéma

Tout d’abord, il y a les préliminaires: se dé-vautrer, ressortir des plis du fauteuil qui nous avait englouti, se débarasser négligemment des crampes qui nous torturaient sans le savoir. Étirer ses jambes, reprendre contact avec la réalité (tu veux quelque chose à boire, ma chérie?) se laisser happer par le rythme de la musique d’ambiance, généralement en parfait décalage avec le reste du film. On a parfois droit à Que je t’aime de Johnny Hallyday au beau milieu d’un film de guerre.

Ensuite, le moment tant redouté de l’achat: on hésite entre le cornet fraise, on se décide pour le chocolat, et puis finalement non, c’est le caramel qui l’emporte. Whôa et puis zut, ce truc aux amandes serait pas mal non plus. Ce sera le truc aux amandes (en plus, il y a du caramel avec).

L’acte charnel peut commencer: on déchire avidement le papier d’emballage, on décalotte subtilement la gourmandise, et le reste s’effectue avec la bouche. Les enfants, tournez les yeux, circulez-y-a-rien-à-voir, c’est réservé aux adultes, la glace du cinéma.

Le film reprend en essayant vainement de construire une atmosphère, mais la salle obscure ne produit que des schlips-schlops de succion langoureuse, vanille-fraise, caramel-chocolat, amandes-poulet. Le drame! Tandis que Kazan, Kubrick et Klapisch tentent de nous intéresser, nous nous passionnons pour le travail des dents, des lèvres et de la langue sur la crème glacée onctueuse à trois francs cinquante la bouchée.

Rhâ, qu’il est dur le métier de cinéaste, face à la concurrence déloyale de la glace à l’entracte!

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Improvisation et créativité

L’art de la choucroute

Entendu dans le bus, aujourd’hui:

« Whâ, tu sais, la Cantatrice Chauve, le texte de ouf’, quand il y a des répliques dans tous les sens, moi aussi j’aurais pu l’écrire, ce bouquin. Ionesco, c’est de l’arnaque.« 

Tibert, satisfait du travail bien fait

Nous avons tous déjà commis une phrase de ce genre. Devant une toile de peinture abstraite où se cherchent deux carrés d’un rouge et vert uniforme de fond blanc, nous l’avons dit. Devant une sculpture d’art brut constituée de deux pneus vaguement jetés sur un gros coussin, avec pour titre « le mariage des géants », nous l’avons dit. Devant des boîtes de conserve étiquetées « Merda d’artista », nous l’avons dit. Nous aurions pu faire la même chose.

Mais la vérité, c’est que nous ne l’avons pas fait.

Ce qui différencie les génies du reste du monde, c’est la faculté de faire les choses, la capacité à passer à l’action. L’audace artistique, voilà le chemin de la création. L’avenir appartient aux génies qui se sortent les pouces du culturellement admis.

Voilà qui est fascinant dans l’improvisation théâtrale: le public accède en même temps au moment de la création et au moment de la production finale. Tout est simultané. C’est un peu comme Molière s’invitant à votre table; ou Beckett confiant ses états d’âme en direct. Les spectateurs touchent à une portion intime du comédien-improvisateur: ils le voient réfléchir, hésiter, créer. Il y a même des moments où l’improvisateur ne produit qu’un brouillon qui mériterait bien des améliorations. Le public assiste alors aux efforts désespérés du créateur pédalant dans la choucroute.

Mais là encore, l’impro reste intéressante. Quoi de plus jouissif que de voir pédaler quelqu’un dans la choucroute, je vous le demande?

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Gelée royale

Moi: Allô?
Elle: Bonjour monsieur, je représente la maison « Nature et Joie », et j’aimerais vous parler de nos produits quelques instants, puis-je vous poser une question monsieur, monsieur est-ce que vous avez déjà entendu parler de la gelée royale, monsieur?
Moi: Ouais, c’est un truc avec les abeilles.
Elle: Oui, monsieur, parfaitement, notre maison « Nature et Joie » fournit des produits cent-pour-cent naturels, et la gelée royale monsieur est la nourriture exclusivement réservée à la reine de la ruche, pour votre information monsieur.
Moi: Ben ouais, je savais bien que c’était un truc comme ça.
Elle: Ha ha hi ha, oui monsieur, et puis-je savoir, monsieur, si vous êtes en bonne santé, monsieur?
Moi: Je suis en TRÈS bonne santé, madame.
Elle: Ha ha ha oui, c’est très bien monsieur, je vous félicite monsieur, et comment faites-vous pour être en bonne santé, est-ce que vous faites du sport monsieur?
Moi: Ouais, je fais du vélo et de la natation. Je suis en super-forme.
Elle: Ha oui, très bien monsieur, c’est très bien de faire du sport, en plus donc la natation, ça améliore considérablement la circulation sanguine et c’est très bien pour les muscles et le coeur et monsieur, est-ce que je peux vous demander si vous prenez des compléments alimentaires comme des vitamines par exemple, monsieur.
Moi: Nan, je mange équilibré, des fruits, des légumes, tout ça.
Elle: Eh bien c’est très bien monsieur, on sent que vous êtes quelqu’un qui fait attention à sa santé, monsieur.
Moi: Je suis en très bonne santé, madame. Je suis en pleine forme. Ha ha.
Elle: Ha ha, oui, on entend que vous êtes en pleine forme, eh bien moi j’aimerais vous parler de notre gelée royale, qui peut se prendre en cure, deux fois par année, et qui peut être pris comme complément à une alimentation saine, monsieur, la gelée royale a des effets bénéfiques sur la circulation des énergies et la tension artérielle, monsieur.
Moi: Oui, mais je vous ai dit que j’étais en bonne santé.
Elle: Ha oui monsieur, mais comme on dit, mieux vaut prévenir que guérir, monsieur, et la gelée royale peut se prendre en cure, moi-même j’en prends trois fois par année, et je me porte très bien.
Moi: D’accord, je suis très content pour vous, mais moi ai rien à guérir, et je préviens les maladies en mangeant sainement, voilà.
Elle: Vous avez raison, monsieur, mais…
Moi: Mais quoi? Vous êtes incroyable, vous voudriez que j’achète quelque chose rien pour me prémunir des risques de tomber malade? Vous voulez que je contrôle tous les risques de ma vie, c’est ça? En plus, avec votre gelée à la con, vous voulez me faire croire que je vais pas tomber malade, c’est ça? Vous voulez me vendre la garantie avec, hein? Relisez Huxley, bordel! La vie, la vraie vie, c’est la vie avec tous les risques que ça implique! J’ai envie d’avoir mal, j’ai envie d’avoir froid, d’avoir des frissons de fièvre dans le dos et des picotements dans les genoux, parce que je sais que c’est dans les périodes de souffrance que je sais comment c’est bien d’être en bonne santé, okay? C’est une loi universelle, bordel de merde, il faut sentir le froid pour apprécier le chaud, on vous apprend pas ça à l’école de télé-marketing? Hein? Il faut souffrir, madame! La vie, c’est la souffrance! Alors laissez-moi tomber malade si je veux, okay?

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Choses politiques

Mozart, et du café soluble

Je viens d’un petit village. Actuellement j’habite à la grande ville, mais à l’origine, je viens d’un petit village. Un petit village de six cents habitants, ou presque. Une bonne centaines de vaches en plus.

Tibert en face d’une sacrée incohérence

Dans les petits villages, il y a les sociétés de village. La fanfare. La gym. Le choeur d’hommes. Le choeur mixte. Le tir. Encore une combine pour boire des verres, elles disent. Et puis chaque année, il y a la soirée annuelle. C’est l’occasion de faire tourner la caisse, et puis ça fait vivre le village, ça permet de se mettre au courant des derniers ragots. Que le syndic trompe sa femme;  qu’elle ne le sait pas encore; qu’il ne pense pas lui dire; qu’elle le saura quand même un jour ou l’autre.

On cause, quoi.

Dans les soirées de village, il y a la première partie. La fanfare met son uniforme et joue ses meilleurs morceaux. Le choeur d’hommes fait un repas et sert ses meilleurs morceaux. Les dames de la gym nous font voir leur derniers morceaux. C’est la première partie.

Ensuite, normal, la deuxième partie. On a invité une autre société, on a fait venir un clown, un prestidigitateur, un comique-pétomane ou une troupe d’improvisateurs. On rigole. On se détend, et on continue à causer. Du syndic et de sa femme.

Entre les deux parties, il y a l’entracte. C’est quelque chose, l’entracte. On annonce quinze minutes, ça dure trois quart d’heure. Tout gamin, c’était la première fois que je comprenais que les adultes pouvaient mentir.

Pendant l’entracte, les jeunes de la société vendent la tombola. Des billets à un franc, qu’on déchire, qu’on déroule, pour tomber soit sur un « merci-d’avoir-joué » sarcastique, soit sur un numéro magique, derrière lequel se cache un lot incroyable. Les lots de la tombola, c’est toute une histoire: les membres de la société sont allés chercher des denrées chez les gens. Des paquets de pâtes, des conserves, des friandises, des bouteilles d’huile. Des services à thé, des pelles à gâteau, des pattes à marmites. Mais aussi des cédés de musique classique, des kits de pâte à modeler, des livres sur la cuisine au micro-ondes. Des trucs que les gens ont chez eux, qu’ils avaient trop honte de donner pendant les fêtes.

Du coup, pour ré-équilibrer la valeur des lots, le caissier de la société a fait des paquets avec les différentes choses: la boîte de cacao est dans un plat à salade, la poupée-Donald est attachée au family pack de ravioli, et Mozart est scotché à du café soluble.

Toute les contradictions du monde dans une tombola.

Parce que c’est ça, l’univers: un paquet de trucs incongrus qui se retrouvent associés on ne sait pas comment. Un gros mélange de tendances qui tirent à tort et à travers. On aime les symphonies de Beethoven parce qu’elles sont dissonantes à un moment donné. On aime les personnages de Shakespeare parce qu’ils ont toujours une petite incohérence. On aime nos femmes parce qu’elles nous tapent (quand même) parfois sur les nerfs.

L’univers, c’est beau parce que c’est pas cohérent.

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Choses politiques, Enseignement, Improvisation et créativité

Meilleur que moi

Lorsqu’on nous présente un idéal (Dieu / un génie artistique / la paix dans le monde), nous sommes souvent prompts à nous décourager. C’est trop dur, on dit. On va jamais pouvoir. Il reste trop de choses à faire. Et puis c’est les autres qui ont commencé, alors ils fouteront toujours tout par terre.

Une autre stratégie (celle des enfoirés d’idéalistes comme moi) consiste à se motiver: allons-y, mettons-nous au travail. Tendons vers cet idéal. Les autres vont bien finir par suivre.

Tibert, intéressé par une histoire d’en haut

Dans la vie, ça donne quelque chose comme une opposition pessimiste/optimiste, actif/passif, voyeur/acteur porno. En art, on trouve les couples critique/créateur, réactionnaire/créatif; en impro, on a le cabotin/le constructeur; en pédagogie, on a l’innéiste/le constructiviste, bon, okay, je pense que vous avez compris.

Pour moi, on peut y voir deux attitudes face à la vie: d’une part, ceux qui baissent les bras, qui sont fatalistes et qui pensent que la vie est un magma de douleurs et de souffrances, que l’ataraxie ne viendra jamais et que la coke, c’est pas mal. De l’autre côté, il y a ceux qui ont la foi: on peut toujours s’en sortir, on peut toujours changer les choses, il y a toujours quelque chose à faire.

Je me rappelle être sorti d’une salle de concert, un trompettiste avait donné un récital. Une technique grandiose, un talent inouï, le genre de truc qui vous fait des frissons que même si vous détestez la trompette, vous avez eu des frissons dans les organes génitaux. On sort, mon cousin et moi, et il me dit (il fait aussi de la trompette) :

« Woah, putain, un talent pareil, ça dégoûte. »

Moi, je lui répond:

« Non. Un talent pareil, ça fait envie de travailler. »

Dans la vie, on a toujours le choix: être découragé par ce qui est meilleur que nous; ou vouloir l’atteindre.

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Improvisation et créativité, Internet

L’impro, c’est du théâtre en wiki

J’ai déjà mentionné le fait que les comédiens-improvisateurs étaient des créateurs généreux, parce qu’ils produisaient du théâtre sans se soucier des copyrights, des royalties et du concept de la paternité des idées. Aujourd’hui, je vais aller encore plus loin, en proclamant fièrement que l’improvisation est au théâtre ce que l’open-source est au code informatique.

Tibert cherche toujours à aller au fond des choses

Quand mon frère m’a appris l’existence d’un mouvement d’informaticiens idéalistes, qui mettaient au point des logiciels gratuits que chacun pouvait modifier à sa guise, j’ai cru à une bonne blague. Mais j’ai constaté que des projets comme Linux et Wikipedia avait tendance à marcher, et j’ai recommencé à croire en l’Homme.

Si vous avez déjà modifié une page de l’encyclopédie sus-mentionnée, vous avez certainement éprouvé deux émotions contradictoires: la première, c’est la fierté d’avoir su communiquer un aspect de votre sagesse au monde entier; la deuxième, c’est l’amertume de vous rendre compte que le moindre petit saligaud mal intentionné pourrait effacer votre magnifique prose en quelques clics. Autrement dit, en contribuant à un wiki, vous renoncez à la paternité de votre art. Vous donnez librement; et de manière désintéressée, à moins que vous n’espériez devenir célèbre et reconnu dans la communauté des Wikipédiens – et là, permettez-moi de vous dire que vous n’êtes pas au bout de vos peines.

En improvisation théâtrale, c’est à peu près la même chose: lorsque vous sautez sur la patinoire, le ring ou la scène du spectacle, vous collaborez avec un partenaire pour créer quelque chose ensemble. Vous ne pouvez à aucun moment décider de prendre la création à votre compte, puisque le co-auteur pourra donner une orientation inattendue à la scène. Le processus est encore plus manifeste dans le jeu du mot-à-mot (où chaque participant donne un seul mot à la fois pour construire des phrases), puisque vous ne pouvez même pas prévoir quel sera le mot suivant dans la phrase.

On en arrive à une philosophie assez zen de la création. Non seulement, mes idées ne sont pas mes idées (elles ne sont que des recompositions d’influences diverses), mais encore elles seront modifiées, trahies, écrasées, pour le plus grand plaisir du chaos artistique. Bon, après, il y a quand même une bonne dose d’écoute qui fait qu’on va tendre à être sur la même longueur d’onde; mais pour le principal, l’impro, c’est construire un mur sur les briques des autres. Et c’est plutôt sympa, parce que c’est généreux, social, bienveillant, et que tout ça nous rapproche un peu plus de Dieu (qui a certainement créé le monde en wiki).

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Enseignement

Élèves et confiture

Jean-Claude Calpini, dans son très éclairant cours sur les stéréotypes, les étiquettes et l’effet Pygmalion:

« Si vous mettez un pot de confiture à la cave – admettons que ce soit de la confiture de fraise – et qu’au moment de coller l’étiquette, vous vous trompez: vous mettez, disons, confiture de pruneaux sur l’étiquette. Et bien je peux vous parier que lorsque vous ressortez le pot de confiture, que vous l’ouvrez et que vous le goûtez, il aura toujours le goût de confiture de fraise. L’étiquette n’a rien changé au contenu.

Bon.

Maintenant, essayez avec un élève. Vous prenez un élève en 6ème primaire, vous l’étiquetez mal; par exemple, vous dites en conseil de classe que c’est un élève agité, qu’il est turbulent. Eh bien, je peux vous parier que le plus calme des élèves, avec ce genre d’étiquette, devient effectivement un élève agité et turbulent au bout de quelques temps.
Autrement dit, vous avez le droit de vous tromper avec la confiture, mais pas avec les élèves, parce qu’ils finiront toujours par correspondre à l’étiquette que vous leur avez collée.« 

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Actualité, Choses politiques, Internet

Le web 2.0 expliqué à ma maman

Si vous tenez à briller dans les salons mondains, vous aurez de grandes chances d’attirer à vous les regards de la blonde pulpeuse lascivement affalée sur le canapé en amenant dans la conversation la notion de « Web 2.0 ».

Vous pouvez par exemple dire que « nous sommes en train de vivre une révolution web 2.0 » ou que « Google va devoir évoluer s’il veut survivre dans l’environnement Web 2.0 ». Vous pouvez également émailler la conversation de quelques anglicismes à la mode comme YouTube, SecondLife ou MyCatVomitsEverywhere.

Mais tout ça ne nous aide pas encore à comprendre comment-quoi-c’est le Web 2.0.

Tibert se mord la patte arrière gauche pour la punir

Bon. Auparavant, on avait le web 1.0, ça paraît con à dire comme ça, mais l’essentiel de l’Internet, c’était des sites commerciaux, des pages personnelles et des films pornographiques à télécharger. Désormais, les films de boules sont restés, mais en plus, on a des services. Des services pour mettre en ligne ses textes (les blogs), ses vidéos, sa musique, sa maison aux enchères, son slip, son chien, sa belle-mère et son enclume. Désormais, l’Internet nous rend la vie facile (et, je le répète, les films de moeurs légères, eux, subsistent).

Avant, à moins d’être un mordu de l’informatique et de bricoler des transistors dans son garage, on ne pouvait pas changer grand chose à ce qui était sur le Ouèbe. Il fallait être ingénieur-informaticien, maîtriser les « codes », avoir des « mots de passe » et savoir combien d’octets pouvait contenir une disquette. Désormais, on peut changer des articles encyclopédiques comme on change de chaussette (Wikipédia), on communique à tout le monde nos pages favorites (del.icio.us) et on peut blogguer à tout va en publiant des photos de son chat.

Auparavant, on avait de la peine à trouver l’information. Il y avait bien Altavista, Yahoo, Google, mais personne ne savait exactement comment chercher: tout le monde perdait un temps fou à visiter des sites inutiles, le café devenait froid, le chien n’avait plus sa promenade. Désormais, on commence à se faire à l’idée que les liens, les hyperliens, les permaliens sont autant utiles que les pages elles-mêmes. La connaissance n’est rien, sans le chemin de la connaissance. Le nouveau Ouèbe tend à vouloir organiser la matière. Le mouvement « connexioniste » est en marche dans tous les domaines: le frère du neveu de ma mère doit « réseauter » pour trouver du job dans sa banque, mes collègues enseigants forment des « groupes de travail », tout le monde se met à la même table et c’est tant mieux, parce que plus on est de fous, plus on rit.

Maintenant, ce qui est très très bien avec l’évolution de la mise en réseau, c’est que les gens vont avoir un accès beaucoup plus rapide aux choses qui les intéressent. Les utilisateurs vont pouvoir mettre en lien leurs passions, leurs peines et leurs joies, pour que les autres utilisateurs qui ressentent les mêmes choses puissent les trouver et s’apitoyer sur leur sort. Super. Ce qui veut dire que la vie va devenir de plus en plus créative, parce que les idées vont commencer à circuler beaucoup plus vite.

On sait par exemple que le cerveau stocke les informations lexicales en créant des liaisons synaptiques (wouah, trop cool) entre les différents concepts que nous apprenons. Le ouèbe fonctionne sur le même principe, puisqu’il va mettre en relation, en communication, des gens qui ne se seraient pas forcément trouvés sans le réseau des réseaux. Naturellement, cette évolution va faire avancer l’humanité très rapidement vers la sagesse, et j’ai le plaisir de vous annoncer la paix dans le monde pour l’année 2017.

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