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Ecologie libérale, c’est beau moche

Le vaudois regorge de jolis oxymores: on peut dire qu’on se trouvait bien mal, qu’on trouvait ça beau moche, qu’on était fin gras. Depuis dimanche dernier, nous voilà avec un nouveau paradoxe sur les bras. Entrée en fanfare de « l’écologie libérale ».

Ha la belle plaisanterie.

Pour moi c’est vraiment la trouvaille la plus hypocrite de notre 21e siècle de néolibéralisme puant, la contradiction la plus naïve qu’on puisse faire après Fukushima, après les films de Coline Serreau et les théories de Serge Latouche. Voilà des gens très souriants qui croient pouvoir ménager la chèvre et le chou, le fric et la planète, le Hummer et le tas de compost.

1. L’écologie, c’est plutôt antilibéral grave

Ces gens ne se rendent pas compte que l’écologie, c’est prendre en compte la logique du milieu (littéralement, mais alors littéralement, hein!) et donc que Dame Nature nous impose certaines limites. Genre, produire plus, c’est aussi polluer plus. Alors ces grands gaillards qui débarquent sabots hurlants avec leur projet d’entreprises « vertes », d’énergies « vertes », de transports « verts », ils se fourrent le doigt dans l’oeil de la branche sur laquelle ils sont assis: la croissance économique pollue. Point barre.

2. Les green techs, c’est un attrape-gogos

Ben ouais, parce qu’il y a ce qu’on appel « l’effet rebond« . Si on développe des ampoules économiques, les gens en achètent plus et se lâchent plus facilement au niveau de la consommation. En plus on jette les vieilles, ça fait un bordel du tonnerre. Renseignez-vous sur le bilan énergétique global d’un vélo électrique ou d’un avion solaire, ça fout la gerbe.

3. Croissance, tu me débectes

La croissance illimitée dans un monde limité, c’est pas possible. Même un môme de 3 ans peut le comprendre, ça (bon, okay, mettons un gosse de 7 ans). Depuis cette maudite révolution industrielle, on croit au Progrès comme au nouveau Messie, et on se plante grave: la libre-entreprise, l’économie des marchés, le capitalisme, le néo-capitalisme, le proto-capitalisme, le sympathico-capitalisme, tout ça rend les riches plus riches et les pauvres plus misérables encore. Alors messieurs-dames de l’écologie libérale, je vous renvoie à votre jardin de cocagne. Pour une bonne raison: c’est de décrotter la merde que vous avez sur les yeux.

Et je ne suis pas le seul à le dire, bon sang de bonsoir:

« Avec des savants prêchant que la science peut éliminer toutes les limitations pesant sur l’homme et avec des économistes leur emboîtant le pas en ne reliant pas l’analyse du processus économique aux limitations de l’environnement matériel de l’homme, il ne faut pas s’étonner si nul n’a réalisé que nous ne pouvons produire des réfrigérateurs, des automobiles ou des avions à réaction « meilleurs et plus grands » sans produire aussi des déchets « meilleurs et plus grands ». Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance: entropie, écologie, économie, Sang de la Terre, 2008.

« On pourrait dire que le développement, avec toute l’idéologie de la croissance, du progrès, est, en termes heideggériens, une forme d’oubli de l’être, un refus d’assumer notre situation. Mais notre liberté n’existe qu’à condition d’assumer notre finitude. » Serge Latouche, in Solutions locales pour un désordre local, Actes Sud, 2010.

« Precisely because of their problems, companies [of this type] have become past masters in public relations, legal loopholes, image massaging and greenwashing. They know what works and what does not. They know you can use power to get your hands on resources, but you can also do it with a few well chosen words and promises. They know the weaknesses of democracy and democratically elected leaders. A pretty flower on your home page and a single act of charity has more impact than any number of statistics about thousands of square miles of flooded rainforest and 35’000 people driven from their homes to make room for a power plant to feed aluminium smelting in Brazil. The plans for still further devastation get lost among the flowers. » Andri Snaer Magnason, Dreamland: A self-help manual for a frightened nation, Citizen Press, 2008.

« On n’a plus le choix: l’état de la planète est tel qu’il faut soumettre l’économie aux exigences de la préservation de l’écosystème. Le libéralisme ne peut pas résoudre des problèmes aussi fondamentaux, il est totalement décalé de cette réalité que j’observe. Il croit pouvoir résoudre tous les problèmes en accentuant ses propres mécanismes, mais il ne fait que les aggraver. » Fernand Cuche, Nous voulons une autre Suisse, éd. de l’Aire, 2002.

« On peut tourner le problème dans tous les sens, dans le contexte actuel, le moyen le plus réaliste de réduire la pollution est de passer par une fiscalité écologique très incitative. » Patrice Mugny, Nous voulons une autre Suisse, éd. de l’Aire, 2002.

Peut-être qu’on me demandera ce que je propose à la place. Eh bien mon programme, c’est la sobriété joyeuse, les activités associatives du mardi soir, les balades en famille, les jeux de société, le travail à la ferme, la peinture, la musique, le théâtre, la culture; en bref, tous ces trucs qui, aux yeux des économistes, ne servent à rien.

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Enseignement, Improvisation et créativité

Rentrée

J’entame ma dixième rentrée d’entraîneur d’improvisation théâtrale. C’est beaucoup et c’est peu.

C’est beaucoup, parce que j’ai eu la chance d’expérimenter mille exercices, mille remarques, mille « théories globales » sur l’art de l’improvisation théâtrale. C’est peu, parce que je sais maintenant qu’un exercice qui « marche » avec un élève peut très bien « ne pas marcher » avec un autre. C’est ce qu’on appelle la pédagogie différenciée, et c’est très bien parce que ça rend ma dixième rentrée absolument passionnante.

J’aborde mes premiers cours avec philosophie. « Bonjour, vous allez apprendre à faire du théâtre, à raconter des histoires, à émouvoir. En plus (et ce sont des sous-produits), vous allez rire, développer votre confiance en vous et faire rire vos camarades (et votre public). »

J’annonce que ma pédagogie sera tout d’abord structurante (des bases, des règles, des fondamentaux), puis déroutante en deuxième partie d’année. Les règles d’impro sont comme les petites roues de côté, sur un vélo d’enfant. Il faut savoir rouler sans, pour aller vraiment où l’on veut. En même temps, mes élèves seraient perdus si je faisais l’impasse sur cette phase. Pour déconstruire, il faut avoir construit.

Je fais beaucoup d’exercices de lâcher-prise, de spontanéité; je dis à mes élèves que toutes les idées sont égales, qu’elles ne sont pas personnelles. Qu’il n’y a pas d’idée objectivement originale (tout a déjà été fait, mais par d’autres). Par corollaire, que toutes les idées subjectives sont originales (dis-moi ce que tu penses vraiment, ce que tu as vraiment dans le ventre, ton vécu; c’est toi qui m’intéresse). Plus tu me parles de toi, plus tu me parles de moi.

Je ris beaucoup avec les tout-petits. Cette gamine de dix ans, j’assiste à la première impro de sa vie. Elle joue une épicière, et au client qui lui demande si elle peut lui vendre 10 kilos d’huile, elle répond oui sans hésiter. Innocence de l’enfance!

J’essaie de parler moins. Je débriefe de plus en plus rarement. Je trouve ça très ennuyeux. Et de fait, si les exercices sont bien conçus, l’élève apprend suffisamment dans les interactions avec ses partenaires. Je ne veux pas le faire monter dans sa tête, le faire cérébraliser tout ça, en commençant à sur-analyser le moindre choix d’improvisateur.

J’ai bloqué pendant longtemps sur le fait de jouer moi-même certains exercices avec mes élèves. Je ne voulais pas les brimer, pas me poser en exemple. Je le fais de plus en plus, parce que je vois que ça leur fait gagner du temps. C’est la pédagogie explicite (à l’heure où les Vaudois ont refusé de revenir à une école qui glorifiait ce type d’approche).

Je viens de tomber sur le bouquin d’Asaf Ronen (pourtant sorti en 2005), et j’apprends plein de choses. C’est ce que je crois: si l’enseignant n’apprend pas autant que ses élèves, alors il enseigne un savoir mort.
Plus j’enseigne, plus j’apprends.

 

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Écriture

Le méchant

« It’s important to remember in designing stories that most Shadow figures do not think of themselves as villains or enemies. From his point of view, a villain is the hero of his own myth, and the audience’s hero is his villain. »

Christopher Vogler, The Writer’s Journey, p. 68.

Le méchant est toujours convaincu d’être le héros de sa propre histoire.

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Actualité

Ironie ferroviaire

Les rames ICN sont thématiques, autour de grands penseurs, écrivains ou ingénieurs suisses. L’autre jour, je me trouvais dans celui dédié à Mme de Staël, et j’ai lu cette phrase, juste au-dessus d’un voyageur noir:

« On se trouve bien en tout pays d’accueillir les pensées étrangères, car dans ce genre l’hospitalité fait la fortune de celui qui reçoit. »

Et j’ai souhaité que l’UDC révise un jour ses classiques (et ses préjugés).

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Tu es en retard

Vite, vite
Dare-dare
Tu es en retard
Ce n’est pas la première fois
Que tu arrives le deuxième
J’étais là avant toi
J’ai dû attendre

Vite, vite,
Dare-dare
Tu me sort plein de choses
Le trafic, les embrouilles
Les trucs dont je me bats les couilles
Que tu penses être des excuses valables
Excuses minables
Excuses pitoyables
Excuses lamentables
M’en bats les couilles sur la table

Ce que tu me dis
L’essence de ton retard
C’est que ton temps
Est plus important
Que celui que j’ai passé
À t’attendre
J’ai dû attendre

Où alors tu veux me montrer
Que tu ne sais pas t’organiser
Que tu es un artiste, un « créatif »
Qui dépasse la dimension temporelle
Alors que c’est le temps qui te dépasse
Peu importe les bouchons
Les voitures, les camions
Les motos à contresens
Les stations-essences
Qui t’ont empêché d’être à l’heure
(il faut toujours un coupable)
Tu es seul responsable
Excuses lamentables
Minables, pitoyables
Mais tu préfères me mentir
Nous mentir
Te mentir
Et sortir
Des excuses bidons
Vides de sens
Bidons d’essence

Où alors tu veux me révéler
Le peu de respect que tu as pour moi
Tu as un problème – quel est ton problème – quel est-il – dis-le moi
Tu as peur de me le dire
Ou tu n’as pas le courage de me le dire en face
Et tu crois que ça va résoudre les choses
D’éviter, éviter, éviter
Évite, évite, évite!
Vite, vite, vite, tu es en retard.

 

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Dreamland

« [A]ll the usable water energy in Iceland would be enough to power a half of the household electrical equipment that is not in use in American homes. Or to put it another way: by harnessing every ounce of hydropower in Iceland, you get enough to provide for 50 per cent of NOTHING in the USA. »(p. 212)

ou

« Toute l’énergie hydraulique utilisable en Islande suffirait à alimenter la moitié de la consommation des appareils électriques en veille dans les maisons étasuniennes. Pour le dire en clair: en exploitant jusqu’à la dernière goutte d’énergie hydro-électrique en Islande, on arrive à fournir 50% de RIEN aux États-Unis. »

J’ai eu la chance de séjourner en Islande lors de l’été passé (avant l’éruption de l’Eyjafjöll) et d’y lire le bouquin « Dreamland » d’Andri Snaer Magnason. Celui-ci y discute les récents débats entre l’ancien gouvernement de droite qui voulait installer des usines hydro-électriques sur pratiquement tous les cours d’eau, et les opposants écologistes qui voyaient là une grave atteinte à l’environnement. Plus près de chez moi, ce sont les éoliennes de Ste-Croix (Suisse) qui soulèvent un vent d’opposition.

Mon avis en matière de politique énergétique est donc très claire: avant de parler de construction de nouvelles centrales, de parc éolien ou de biogaz, il faut se poser la question des économies que nous pouvons réaliser.

Décroissance!

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Reprise des hostilités

Tout d’abord, bonne année 2011.

Et la santé, surtout!

Ensuite, j’espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d’année, que vous vous êtes jeté sur le foie gras avec nonchalance, sur les desserts avec appétit et sur le champagne avec sobriété.

Je tenais à partager une prise de conscience qui m’a frappé comme un forgeron son enclume, alors que j’étais en train de regarder les bras croisés un bêtisier sur une chaîne de télévision.

J’adore les bêtisiers, ces journalistes qui perdent le fil de leur pensée, ces démonstrateurs qui perdent la maîtrise de leurs animaux, ces politiciens qui perdent leur sérieux et ces grands-mères qui perdent leur dentier en répondant à la caméra. Ça me remplit de joie, ces grands moments d’imprévus qui s’invitent dans la chorégraphie bien réglée de la télévision. C’est un peu comme du Beckett impromptu, ça m’excite total grave.

Cette année, j’étais frappé par l’augmentation de vidéos (de mauvaise qualité) provenant du Net. Je subodore que la télé a très peur de se faire distancer par le « nouveau » média des jeunes (les récentes études de marché montrent que c’est  le cas). Mais ce n’est pas tout: dans le même bêtisier, je découvre aussi des vidéos d’émission de radios (si, si, ça existe), qui sont postées sur le Net puis relayées à leur tour à la télévision.

Alors qu’on mélange les médias, je veux bien. Moi, je suis pas farouche, tout me va au départ. Et puis, c’est vrai, la TV n’a pas attendu le Net pour faire des revues de la presse écrite, des « digests » des magazines. Tant que ça sert à trier l’info, moi je veux bien. Mais je pense sincèrement que cette espèce de fusion croissante du Net et de la télé, des nouveaux médias en général, c’est un signe de plus que le contenu est en train de s’appauvrir. Un média fait du bruit, amplifié par un autre média, et on a ce que les jeunes appellent du « buzz ».

Ça ressemble à s’y méprendre à ce que j’appellerai volontiers du « Larsen médiatique »: quand une info commence à tourner sur elle-même, sans que les journalistes ne parviennent à la décoder, à l’analyser, à l’expliciter. Ça m’avait frappé lors du traitement du 11 septembre. La TSR avait 3 (misérables) séquences vidéos (amateurs) de l’attentat, et parvenaient à nous tenir (tu parles) en haleine pendant une émission de 120 minutes. Là, pardonnez-moi messieurs-dames, mais on n’est plus dans la glose, on est dans une cacophonie monstre (là encore, ce que les jeunes appellent du « buzz »).

Et moi, derrière ce tout petit mot, je ne vois pas grand chose de plus qu’un battement effréné pour brasser de l’air, pour brasser du vent.

Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.
L’Ecclésiaste, 1:6

Ah, nom de bleu, la Bible ça fait parfois du bien.

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