Enseignement, Improvisation et créativité

De l’improvisation théâtrale comme du basket

Une de mes profs de didactique d’anglais m’a dit une fois qu’un enseignant devait tendre vers un idéal: pouvoir résumer l’essentiel de son cours en une seule métaphore. Par exemple, je présente souvent à mes élèves un schéma de l’argumentation sous la forme d’une tour: les exemples en constituent les briques fondamentales, pendant que les arguments et les contre-arguments se compensent pour élever les étages de la thèse, blah blah, blah, vous voyez le genre, le prof qui fait des petits dessins en délirant au tableau.

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J’essaie souvent de faire la même chose avec mes élèves improvisateurs(trices): il y a quelques temps, je comparais la construction d’une impro à la construction d’un mur; chacun amène ses briques avec lui, et les pose sur celles de l’autre. À la fin ça donne un joli mur plus ou moins solide, qui symbolise l’histoire, plus ou moins crédible. Au bout d’un moment, mes élèves en ont eu marre de ma métaphore du mur à la noix, et moi je sentais que j’y allais droit dedans.

Alors j’ai sorti la métaphore du pont, sans doute inspiré par Johnstone qui définit le bridging comme le fait de chercher à perdre son temps dans des détails plutôt que d’aller directement au coeur de l’histoire (le petit chaperon rouge va chez mère-grand, mais en chemin elle s’arrête dans le jardin de tante Martha pour y cueillir des glaïeuls). Or, pour qu’une métaphore fonctionne, il faut qu’elle soit suffisamment riche pour amener des parallèles profitables, du genre: brique = réplique, ciment = quittance de l’information, etc, et la métaphore du pont ne menait nulle part.

Dernièrement, j’ai comparé l’improvisation théâtrale à un match de basket: les joueurs s’envoient la balle (des informations) qu’ils amènent progressivement vers le panier (le tilt, l’enjeu de la scène) en se faisant des passes (quittancer, accepter, monter les enchères, ajouter du détail). Tout ça me paraît bien satisfaisant jusqu’ici, parce que mes élèves semblent avoir mieux compris des notions comme la progression d’une scène et le fait de ne pas lancer plusieurs idées en même temps (ben ouais, on joue pas au basket avec plusieurs ballons, on n’est pas sur un terrain de flipper, bon sang!).

Je réserve pour mes vieux jours une métaphore de derrière les fagots, celle des jazzmen, où les thèmes musicaux seraient des patterns narratifs, où les solos deviendraient des lazzi et où les tonalités seraient les émotions.

Je voulais juste en parler avant qu’on me pique l’idée.

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Choses politiques

Paradoxe de Vez (2007)

Théorème formulé en décembre 2007 par le pasteur et philosophe Christian Vez:

Les adolescents, par le jeu de la confrontation, tendent à faire le contraire de leurs parents.

Pour autant que ces derniers aient fait le contraire de leurs propres parents, alors les adolescents font la même chose que leurs parents.

Autre formulation:

Soit trois générations: les adolescents (A), leurs parents (B) et leurs grands-parents (C); si l’on part du principe que tous les adolescents désobéissent à leurs parents et tentent d’échapper au schéma familial, on a: (A) désobéit à (B), et (B) a désobéi à (C) lorsque (B) étaient enfants. Avec du recul, (A) et (B) on donc effectivement fait la même chose, en désobéissant à leurs parents.

Corollaire:

Imaginons maintenant qu’une génération (A) d’adolescents tente d’échapper à ce paradoxe, en « faisant comme leurs parents ». Par là, ils vont à l’encontre de la norme fondamentale (jeu de la confrontation). Dès lors, ils ne font pas comme leurs parents; à ce titre, ils font donc comme leurs parents.

Est-ce que quelqu’un aurait de l’aspirine?

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Choses politiques

Martin Luther

Le réformateur (1483-1546) a dit :

« J’ai tant de choses à faire aujourd’hui que je vais encore prier pendant une heure. »

Une belle leçon de gestion du temps: l’art de planifier précautionneusement plutôt que de se lancer dans l’activité sans avoir pensé aux priorités.

Je repars pour une autre heure de glande.

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Improvisation et créativité

Une clé de lecture des problèmes en impro

« Oh, bonjour, mais qu’est-ce que tu fais? »

La plupart de mes élèves ont tendance à commencer leurs impros comme ça. Alors, okay, j’ai beau leur dire qu’il faut éviter de poser des questions sur les actions qui sont en train de se passer (les personnages les VOIENT, donc ils peuvent les définir mieux que personne), j’ai beau leur répéter qu’il faut éviter de se saluer (l’impro devrait commencer in medias res – au milieu d’une action déjà commencée), mais mes fripons canaillous persistent à donner ce genre de phrases.

J’ai mis longtemps (2 mois? 3 ans? 6 ans?) à comprendre ce qui ne fonctionnait pas dans ce genre de phrase, au niveau global, au niveau essentiel. Et ce qui ne joue pas, c’est qu’il n’y a absolument AUCUNE information dans cette question. Relisez-là, pour voir:

« Oh, bonjour, mais qu’est-ce que tu fais? »

Bon, il y a peut-être UNE information, c’est que les deux protagonistes se connaissent plus ou moins (ha c’est précis, ça!). Après, on peut éventuellement gloser sur le fait que le ton employé par l’improvisateur va donner une intention à la requête: est-il intéressé? narquois? vicieux? amoureux?

Mais on peut faire plus efficace.

Alors depuis quelques temps, ma théorie sur les problèmes en impro, c’est de tout ramener à des problèmes d’information:

  • une histoire qui ne décolle pas? Certaines informations n’ont pas été traitées, ou manquent d’implications.
  • une confusion phénomènale, du genre de la porte fermée qu’on enfonce, du père qu’on appelle « frangin » ou du chat qu’on croyait mort? Un bête malentendu, une information qui n’a pas été saisie.
  • un début d’impro qui fait soupirer? Les informations données sont non pertinentes, redondantes avec ce qui se passe physiquement, ou ce qui s’est passé depuis le début de la scène.

Dès lors, j’essaie de ramener toutes mes remarques à des problèmes d’information, pour élaborer une démarche toute simple pour établir une jolie scène, qui regroupe tous les anciens conseils (et tous les conseils déjà donnés en théorie d’impro):

  1. donner des informations claires (être explicite, faire des propositions physiques)
  2. intégrer les informations de l’autre (écouter, être dans le moment, rebondir, construire avec, accepter la réalité du partenaire, établir des relations entre les informations)
  3. donner des informations intéressantes (faire des implications, oser sa créativité, être spécifique dans son vocabulaire, assumer des choix moraux)

Ça devient tout simple, non?

J’essaie aussi de vérifier chaque théorie de l’improvisation par rapport au théâtre « classique » et écrit. Or, si vous lisez les premières répliques (ou scènes, quand l’auteur prend son temps) d’une pièce, vous avez un nombre phénoménal d’informations: prénoms, lieux, relations, caractère, orientation morale, etc.

Je considère donc que je pourrais me retirer de l’enseignement quand mes élèves arriveront sur scène avec:

« Papa, je veux me marier avec la veuve du Liamont. »

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