Actualité, écologie, Choses politiques

La Décroissance expliquée à mon chat

Je travaille trois mois à Gênes, en résidence d’artiste, sur un spectacle solo sur la décroissance (c’est pour février 2017). Quand j’annonce ça, j’essuie souvent la question de c’est quoi la décroissance? et heureusement mon chat se la pose aussi (avec d’autres questions, comme ce que je fais VRAIMENT en tant que comédien, la marque de mes croquettes préférées et pourquoi je ne me lèche pas les couilles pour les laver). Je laisse mon chat jaune Lipton mener cette interview.

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Lipton Choderlos Corleone, mon chat dans toute sa glandeur

Pourquoi tu me fais t’interviewer? Je dormais.

Parce que j’aime le dialogue, chat. Et que si c’est toi qui poses les questions, les gens pourront suivre les réponses comme si c’était eux qui les posaient.

Je pose pas les mêmes questions que les humains. Je suis pas un humain.

Je sais, chat. Je sais. Allez, pose la première question.

Qu’est-ce que la décroissance?

C’est un mouvement de pensée né à la fin des années septante qui soutient que la croissance économique n’est pas souhaitable pour des raisons écologiques. C’est aussi le titre d’un journal français très intéressant d’écologie radicale; son équivalent veveysan, Moins, est très bien aussi.

Mais quel rapport avec Gênes?

À la base, aucun rapport. J’avais surtout envie d’écrire un spectacle écologique, une réflexion sur le coût environnemental de la culture, du genre: combien coûte une représentation de Richard III dans un théâtre subventionné. Je me suis aperçu que c’était – primo – très compliqué à calculer, et – deuzio – assez anecdotique. En creusant mes recherches, je me suis rendu compte que la pensée décroissante était de toute manière liée au combat anticapitaliste. Or, en 2001, paf: il y a eu les émeutes anti-G8 à Gênes.

J’étais pas né.

G8

Wouhééé, la fine équipe.

En juillet 2001, l’Italie berlusconienne accueille le G8 à Gênes. C’est la dernière fois que les 8 pays les plus industrialisés se sont rencontrés dans le centre d’une grande ville – au sein de la société urbaine. Après les émeutes, les sommets sont devenus  plus frileux, organisés dans des villes de moyenne importance ou des nids d’aigles hyper-sécurisés. Mon point de départ, c’était cette fuite des grands de ce monde hors du forum, hors de l’espace urbain.

Je comprends toujours pas très bien le lien entre les deux.

Je sais, moi non plus. Je cherche encore. Mais j’avais aussi un autre point de départ: Gênes est la ville natale de Christophe Colomb. Pour moi, c’est un peu l’inventeur de la mondialisation. C’est très inexact d’un point de vue historique, mais symboliquement, ça tient la route: Colomb était un visionnaire qui s’est agrippé à sa vision d’un nouveau monde et qui a remis en cause les paradigmes de l’époque. C’est émouvant de lire les passages de son journal où il explique qu’après quatre semaines de navigation, les marins déprimaient et s’en plaignaient à leur amiral. Quels arguments Colomb a-t-il trouvé pour les encourager à poursuivre l’aventure? Quand tu ne sais pas vraiment qu’il y a la terre ferme devant, tu dois quand même avoir une sacrée dose de confiance en soi. C’est à l’image de l’écologie radicale: le message de la décroissance peut paraître peu sexy à première vue, mais il faut suivre le cap confiance, en sachant qu’il y a un nouveau monde à inventer.

J’ai le dos qui démange. Gratte-moi.

Chamberlain

Chamberlain brandissant l’accord de paix anglo-allemand. Ces rires.

Je vois le succès très encourageant du film Demain et les réactions enthousiastes qu’il suscite, qui dénoncent aussi la crise de l’écologie politique: on a vu un regain d’intérêt pour les Verts après Fukushima, mais sinon c’est mou du bide et complètement consensuel. En décembre 2015, il y a eu cette somptueuse COP21, ce sommet mondial autour du réchauffement climatique. Le seul « résultat » de cette grande messe écologique, c’est un vulgaire bout de papier: un accord non-contraignant qui dit en substance Ouh là là il fait déjà chaud, alors essayons de se dire qu’avec 2 degrés ça sera tout juste tenable, et prenons cinq ans pour faire valider ça par nos parlements nationaux, on se revoit en 2020 pour en recauser tranquille entre potes, ça vous va? Et surtout, est-ce qu’il reste du caviar au buffet?

Vous, les humains, vous êtes ridicules.

Je sais. Le pire, c’est que tous les gouvernements, et la plupart des partis écologistes croient encore au développement durable.

(Lipton bâille) Ben ça? Je croyais que c’était plutôt du côté des gentils, le développement durable?

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Reculer pour mieux foncer dans le mur

Non! Le fondement du développement durable, c’est une foi inébranlable dans la croissance et le progrès. Tout plein d’oxymores à se mettre sous la dent: croissance soutenable, écologie libérale, énergies vertes, moteurs propres. On nous fait miroiter une voiture électrique à « zéro émission », en cachant sous le tapis tous les composants minéraux et toxiques qui sont entrés dans sa fabrication. Il y a une hypocrisie énorme là autour: je peux m’acheter un vol easyJet et « compenser mon empreinte carbone en finançant des fours solaires à Madagascar« . Ton train de vie suisse (lequel nécessite 2,5 planètes) te permet de délocaliser ton engagement, pour aller aider les malgaches (dont l’impact est trois fois moindre) à cuire leur dîner. Les grandes entreprises se montrent sous leurs atours les plus « verts » et obtiennent des labels d’engagement pour la planète. C’est ce qu’on appelle du greenwashing, du lavage de cerveau avec du pipi de robot.

Mon pauvre, tu m’as l’air bien remonté. (il se frotte l’oreille) 

Et c’est tout le système productiviste qui agonise dans un râle bruyant, soutenu par tous les consommateurs. Et tout le monde vit dans le déni: les gens savent pertinemment que c’est mal de faire un Genève-Londres pour 12€, mais on continue en se donnant bonne conscience avec des « petits gestes pour la planète ». Si j’éteins mon wifi la nuit, ça compense mon week-end en avion, non? Tout le monde est mal à l’aise par rapport à ça, alors on adule Bertrand Picard, nouveau prophète de la technologie verte et chercheur de solutions. La décroissance explique que c’est perdu d’avance: il ne faut pas chercher l’écologie dans un système productiviste.

Mais la science va bien trouver une solution pour tout ça, non?

C’est un mythe! On nous fait croire que la technologie nous sauvera, mais c’est ignorer le paradoxe de Jevons (plus ton système énergétique est efficient, plus les gens vont consommer avec), l’effet rebond de consommation (plus une ressource est rendue disponible, plus les gens vont l’utiliser) et surtout, surtout, la deuxième loi de la thermodynamique.

(il bâille) BORING!

En clair: les ressources du monde sont finies. On ne peut donc pas espérer une croissance infinie. Donc, autant décroître avant l’effondrement.

Ok. Donc il faut s’éclairer à la bougie, c’est ça? Je vais m’y brûler les moustaches. Et puis ça pue, tes trucs!

Ça, c’est l’image qu’on donne de la décroissance: un retour à l’Âge de pierre, éclairé à la lampe à huile, dans un monde ultra-policé avec contrôle des naissances. L’autre argument récurrent, c’est d’expliquer que la décroissance est inapplicable pour le Tiers-Monde, auquel ce serait égoïste de refuser le progrès dont l’Occident a pu profiter pendant deux siècles. Comme si c’était égoïste de prévenir quelqu’un qu’il va faire une erreur.
Bien sûr, certains vont pointer du doigt mes contradictions: je prends encore l’avion, j’ai une voiture et un scooter, un appartement mal isolé, un iMac, un iPad, un iPhone… Mais t’es qui, toi, pour nous donner des leçons?

Ok, et moi je vais aller me recoucher. Juste avant… Les pistes d’actions concrètes, parce que tes idées, là, c’est un peu flou du genou. 

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Cultivez l’art d’ouvrir la gueule

Vivre la décroissance, c’est refuser de consommer des produits superflus (aujourd’hui, sur QoQa: un mini-réfrigérateur avec allume-cigare. Oui madame), c’est retrouver des potes pour des jeux de société, c’est pratiquer la « sobriété heureuse » ou la « simplicité volontaire » comme disent les Québecois. Concrètement, c’est manger local, bio et peu emballé, c’est faire longuement l’amour, c’est lire des bouquins en papier et jouir du temps qui passe. C’est profiter de la vie, en somme.

Voilà un programme qui me plaît! (il se lèche la patte avant et s’endort)

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Où est Charlie?
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À priori, oui.

Le week-end passé, j’étais invité à la première édition du WISE, le Festival d’improvisation de Clermont-Ferrand organisé par Improvergne. 160 participants, 10 formateurs, 4 journées d’ateliers et 3 soirs de spectacles. De la très très belle organisation, à tel point que j’étais persuadé que c’était la 6e édition de l’évènement: l’équipe réunie autour de Rémi Couzon gérait tout ça avec une efficacité rare, l’ambiance était top et la proximité des lieux de stages donnait une superbe unité à ce Festival qui a de beaux jours devant lui.

C’était une occasion pour moi de retrouver de bons amis et de faire quelques découvertes. Oui, Fabio, le geocaching est mille fois mieux que Pokemon Go! Oui, Katar, je reste un enfant de six ans dans un corps de prof de grec! Oui, Remi, il faut absolument un 2e WISE en 2017!

L’improvisation francophone commence à se constituer en communauté

C’est Matthieu Loos qui parlait de ça, en expliquant qu’avec de belles initiatives comme le podcast d’Hugh Tebby et les festivals européens, les professionnels de l’impro commençaient à se solidariser autrement que par le Match. On se croise à Nancy ou à Toulouse, on refait le monde à l’Improvidence, Yverdon-les-Bains ou Clermont-Ferrand. Tout ça pour partager des expériences, des questionnements et des idées autour d’une passion-métier qui gagne peu à peu ses lettres de noblesses.

Facebook vient combler les vides et met en réseau: à l’inverse du format Match qui favorise les échanges internationaux, les concepts qui tendaient à isoler les compagnies dans leur coin trouvent une manière de garder le contact: les festivals inspirent, fédèrent et relient.

À priori, OUI.

Dans tous les ateliers, il y a le (ou la) stagiaire qui pose des questions. Celui pour qui tout est sujet à débat, celle à qui il faut toutes les précisions imaginables avant de faire l’exercice. J’avais déjà parlé de ma politique agressive à l’encontre des questions, mais je sais mettre de l’eau dans mon vin: j’ai remarqué que la plupart des questions que les stagiaires me posent sont des requêtes de permissions (Est-ce qu’on peut commencer l’impro sur une chaise?), des interrogations motivées par la peur (Ça marche, si mon personnage est fâché au début de la scène?) ou des questions propres à chaque exercice – et donc, des cas particuliers: grand paradoxe de vouloir improviser en planifiant déjà les réactions pour chaque cas de figure.

Je me rends bien compte que ces stagiaires sont souvent dépendant d’un style d’apprentissage qui s’appuie sur un programme de cours clair, d’une théorie complète. Ces élèves sont tentés par l’exhaustivité (Que faire dans le cas où…) et la cohérence (Mais tout à l’heure, tu as dit que…). J’ai remarqué que je couvrais 95% des questions avec cette simple et brève réponse: A PRIORI, OUI.

Je vais me faire imprimer un T-shirt, ça fera le mec qui est cool.

Du contenu dans l’enveloppe

Dans les discussions autour des spectacles, on commence à dépasser la pure technique. Il est bientôt fini le temps où on décrivait seulement un « concept ». Les professionnels sont aguerris aux techniques et se désintéressent d’une impro purement performative. Qui veut encore faire une improvisation alphabétique de 2 minutes sur la suggestion « oncologue »? Certes, les vieilles ficelles auront la vie dure, spécialement dans le théâtre en entreprise et les formats de divertissement, mais je trouve enthousiasmant d’entendre des réflexions sur l’esthétique propre à une troupe ou sa quête de sens.

Partout, les praticiens prennent conscience du potentiel illimité de l’improvisation théâtrale (et de sa qualité théâtrale, justement). « L’impro, espace de réalité augmentée depuis plus de 3’000 ans« , devrait-on dire. Le matin du 15 juillet, alors que je réfléchissais au format que nous allions proposer en carte blanche le soir, j’apprenais le tragique évènement de Nice. Et immédiatement, j’ai su que nous devions faire un spectacle là-dessus (ou à tout le moins, aborder le sujet sous un angle personnel). Parce que si le théâtre doit parler du monde, il doit parler du monde d’aujourd’hui. Quel théâtre plus contemporain que celui qui peut improviser ses textes le soir-même? Il était vital que nous parlions de tolérance, d’ouverture, d’écoute et de tendresse humaine.

Pour que l’improvisation soit au-delà d’un « divertissement sans substance » (Johnstone) et que la discipline devienne « le théâtre du coeur » (Del Close).

Be wise.

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Douche écossaise

Au risque de vous faire perdre 15 secondes, vous allez devoir regarder cette vidéo:

Tout un symbole pour le Brexit, quand on sait que ce pauvre Alistair est un chat anglais. Rassurez-vous, il va bien. Le pogona aussi. Oui, moi aussi j’ai dû vérifier qu’un pogona était un lézard, on en apprend tous les jours.

La vidéo nous prive du fin mot de l’histoire, comme le Brexit nous fait glisser dans l’inconnu. Comment? Quoi? Les Britanniques ont voté? C’est… définitif? Pas de retour en arrière? Et l’Europe lui fait la gueule; on dirait un vieux couple qui lave son linge sale en public. Les séances du Parlement Européen tournent au concours de vannes. Entre l’émotion du député écossais et les piques de Jean-Claude Juncker, les débats tournent au vinaigre. Et le vinaigre, tout le monde le préfère avec un bon fish & chips.

Même si ça va pas changer le goût de la Guinness ces prochains moins, ça me fait intimement mal au coeur. J’avais tendance à croire à l’Europe des 28 comme un juste poids lourd face à ce qu’on appelait jadis les superpuissances. Comme sur le plateau de Risk, jouer l’Europe pouvait contrer les Etats-Unis et rapportait cinq renforts par tour. Quel gâchis, ce projet européen qui tombe à l’eau (oui, parce qu’au risque de jeter bébé avec l’eau du bain, on peut quand même dire que l’Europe sans l’Angleterre, c’est un peu comme un canard à l’orange sans canard) (ou sans oranges) (à ce stade, autant faire un poulet au citron, qui n’est pas mal non plus).

Et même si j’ai appris que Goldman Sachs avait financé la campagne du Remain (suspect, ça) et que les règles de la bureaucratie européenne faisaient le miel de Monsanto, j’ai de la peine à souscrire à une décision saluée par l’extrême-droite. Quand Marine Le Pen applaudit, ça ne peut pas vraiment me réjouir. Les gags de Coluche perdent un peu de leur superbe quand c’est les nazis qui se tapent les cuisses.

Pourtant, on peut voir aussi les bons côtés des décisions de l’UE, comme cette récente interdiction de la pêche en eaux profondes. Bon, apparemment, la loi reste timide et ne concerne qu’une minorité de pêcheurs, mais ça fait du bien de voir que l’Europe peut aller dans la bonne direction.

Le Brexit m’a donc réellement surpris, et je suis pas le seul: visiblement, la décision du 23 juin a même pris les Britanniques au dépourvu: plus de 4 millions demandent un nouveau vote. La gueule de bois du lendemain de référendum, ils disent. Vous me direz que c’est pas étonnant de prendre la démocratie à la légère, avec une génération du ⌘+Z où tout n’est que provisoire et pétition internet.

Mais cherchons le positif, et voilà au moins deux choses que le Brexit nous apprend:

  1. C’est dur de prévoir les catastrophes
    Tout le monde a été pris de court, des bookmakers aux commentateurs, des financiers aux instituts de sondage. Oui, on peut le rappeler: les sondages, c’est de la merde.
    « Il est 6 heures le soir, une mère de famille est en train de faire une sauce béchamel quand Ipsos lui téléphone: « Qu’est-ce que vous pensez de la nouvelle politique sur l’immigration? – Bon… bon… Je suis contre! » On va téléphoner comme ça à mille personnes et ce résultat va influencer les prises de décisions politiques en France ou ailleurs. C’est absolument incroyable! Un grand chercheur américain, James Fishkin, a dit, en substance: dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand il ne pensent pas. » (David Van Reybrouck cité dans Demain – Un nouveau monde en marche, Cyril Dion, p. 264).
    Mais c’est surtout dur de se représenter une catastrophe: avant qu’elle arrive, elle semble impossible, et quand elle est là, elle paraît inévitable. Bonjour, bienvenue dans le monde des Cassandre que personne n’écoute: « C’est la source de notre problème: car s’il faut prévenir la catastrophe, on a besoin de croire en sa possibilité avant qu’elle ne se produise. » (Pour un catastrophisme éclairé, Jean-Pierre Dupuy, 2002, p. 13)
  2. Un pays peut changer
    Et c’est plutôt une bonne nouvelle. La démocratie fonctionne encore. Alors pourquoi ne pas changer écologiquement? En prenant en compte les problèmes à la racine? Dans la campagne du Brexit, Farage exploitait le problème puant de la crise migratoire, sans mentionner qu’elle est probablement due au (ou en tout cas accentuée par le) réchauffement climatique. Quand les gens sauront que la guerre en Syrie est liée au réchauffement de la planète, que les réfugiés climatiques sont trois fois plus nombreux que les réfugiés de guerre, peut-être qu’ils éteindront la lumière à la cave, qu’ils remettront en cause leur escapade à Nice avec EasyJet et revendront leur 2e Peugeot 307. Et on pique-niquera dans la rue.
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Le côté obscur des votants

Si vous lisez l’anglais, ça peut être cool de lire cet article très intéressant sur l’empathie argumentative, le fait de tolérer que les avis de « ces gens-là » soient complètement fondés et méritent d’être écoutés. Le fait aussi qu’on ne publie sur Facebook que ce qui nous attirera des encouragements de la part de notre « tribu » bien-pensante. Tout ça m’inspire une réflexion difficile à mener sur les prochaines votations, avec un débat qui s’annonce déjà un peu puant, parfois médiocre au niveau des arguments mais avec des arbitres intéressants.

À ma gauche, vous avez le 85% de mes amis Facebook, éducation supérieure, une fibre écologique 100% coton Max Havelaar, des loisirs intelligents, un intérêt pour la culture et les voyages, un peu bobo sans l’avouer: ceux qui pensent que l’UDC, c’est mal, c’est moche et ça mériterait de finir dans des chambres à dans une institution psychiatrique.

À ma droite, vous avez quelques-uns de mes potes, et à vue de nez 55% des votants helvétiques. Wow, plus de la moitié. Le genre de personnes qui ne va pas en débattre ouvertement avec moi, parce qu’il a peur de me fâcher, de se fâcher, de nous fâcher, de me faire passer (moi) pour un angéliste ou de passer (lui) pour un con.

Du coup, mes potes de gauche publient des caricatures contre l’UDC et relaient des articles ridiculisant Freysinger, alors que le restant de mes connaissances postent des photos de chats, des vidéos musicales ou des invitations d’anniversaire. On fait profil bas, tout le monde rigole, certains sous cape, mais la paix des ménages est préservée.

Et pourtant, je la sens, votre douleur, à vous mes amis de droite, qui voterez probablement en vous disant que « non-ça-ne-passera-pas-mais-je-veux-juste-envoyer-un-SIGNAL », vous qui souffrez de cette ironie qu’ont les babouzes de gauche à faire passer les crimes contre la société pour de ridicules peccadilles. Vous, que ça frustre de voir des violeurs se faire relâcher après quelques années.

Comme nous tous, d’ailleurs.

Ce débat m’écoeure déjà, cette argumentaire qui s’amplifie en effet Larsen, on martèle les mêmes arguments, et ils ne comprennent rien, et les gens votent avec la peur, votre parti qui surfent sur l’émotionnel, vous ne comprenez rien, vous ne comprenez rien à rien.

Le problème que je vois, c’est que ridiculiser les gens de droite, c’est les écarter du débat, sans même savoir ce qui les anime, comment ils en sont arrivés à penser comme ça; quel est leur paradigme, leur cadre de réflexion, leur mythologie intérieure. Est-ce que le fait de ne jamais m’être fait agressé dans la rue (en fait, si, une seule fois) me pousse à faire de l’angélisme? Sont-ce mes lectures, spectacles, parents, amis, qui m’ont endoctriné à ce point pour dire qu’il n’y a pas de solutions simples à un problème complexe? Est-ce que le dernier Star Wars m’a aidé à créer une image positive de l’altérité, à créer une image frappante qui m’empêche de succomber à la peur? Puisque c’est ceci qu’il nous manque: des symboles forts de paix et d’harmonie, pour lutter contre ces images fortes de peur et de haine.

Il ne faut jamais oublier que le méchant croit toujours être le héros de sa propre histoire. Alors pote de droite, j’ai envie de comprendre ton point de vue, j’ai envie d’écouter tes arguments; parce que j’ai envie que le film se finisse bien.

 

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Comme dans un jeu vidéo

Le mercredi 7 janvier, j’avais un alibi: j’étais au cinéma.

Dans la foulée d’une sympathique rétrospective de la trilogie de l’Anneau et des deux premiers Hobbits, mon pote Renaud Delay m’a invité à aller voir la Bataille des Cinq Armées en version originale et en trois dimensions, s’il vous plaît. Ça tombait bien: j’avais appris les évènements de Charlie en fin d’après-midi, j’étais sous le choc, j’avais déjà ras-le-bol de tout le tintamarre argumentatif autour de la liberté d’expression, du fondamentalisme religieux et du suivisme sur les réseaux sociaux. En bref, j’avais envie de voir une fiction où tout finit bien, et où le Mal est vaincu sur des accords majeurs de trombones triomphants.

J’étais déjà averti: par l’effet conjugué des images de synthèses et de l’effet 3D, on vous envoie plein la face de personnages irréels sortis de jeux vidéos, de faux monuments dans des faux arrières-plans, devant lesquels s’époumonent laborieusement de vrais comédiens avec des fausses barbes. Franchement, entre regarder des experts s’entretuer sur Twitch.tv, et admirer les prouesses de la bande de Thorin, je n’y ai vu que du feu: les personnages volent d’escaliers en escaliers, manipulés maladroitement par des fils invisibles. Rien ne pèse, rien n’a de poids: tout ça manque de gravité.

Pendant ce temps, sur Facebook, les Douze suscitent une désolation monstrueuse. Indignation virtuelle. Il y faudrait davantage de légèreté.

Mais revenons au film: certes, ce vieux farceur de Tolkien avait déjà ménagé de sacré dei ex machina: le point faible de Smaug, l’arrivée du frangin de Thorin, l’intervention des Aigles. Et c’est comme si Peter Jackson n’avait pas su résister à ses préccccieux retournements de situation pour allonger la sauce du Hobbit sur trois films. D’un conte pour enfant de 240 pages, on a aboutit à un prequel alambiqué pour le Seigneur des Anneaux, entre parc d’attractions et néo-romantisme raté.

Je ne veux pas cracher dans la soupe: au-delà de toutes ces faiblesses, j’ai passé un honnête moment, de gros éclats de rire (au premier, deuxième, ou vingt-septième degré) et reçu avec bonheur le message tant attendu: « S’il y avait plus de gens comme vous, Bilbon, » articule Thorin, « des gens qui font pousser des chênes et servent le thé à 4 heures… et bien, le monde serait meilleur et plus joyeux » (citation de mémoire, on va pas chipoter).

Le troisième Hobbit a donc deux avantages: nous pousser à nous replonger dans les bouquins du philologue pour voir à quel point l’oeuvre a été galvaudée et mutilée, mais surtout, elle met un point final au massacre.

Enfin, le silence, et puis le vent.

Pendant ce temps, Sauron est revenu.

Sauron

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Comment gagner une votation populaire

Définitions préliminaires

Généralisation: technique rhétorique visant à globaliser un exemple unique, pour l’ériger en tant que règle.
Exemple: Monsieur Durand ne mangera pas de viande à dîner.
Généralisation: tous les hommes sont végétariens.

Argument de la pente glissante: technique rhétorique visant à extrapoler les conséquences d’une mesure potentielle, en exagérant les potentialités de cette mesure.
Exemple: Monsieur Durand ne mangera pas de viande à dîner.
Argument de la pente glissante: les bouchers vont être lésés, les éleveurs de bétails seront au chômage, le pays plongera dans une crise financière sans précédent, entraînant le monde et l’univers dans sa chute.

Arguments hors-sujet: technique rhétorique visant à engorger le débat sous un embrouillamini d’énoncés sans aucun rapport avec la question centrale.
Exemple: Monsieur Durand ne mangera pas de viande à dîner, c’est bien la preuve que les socialistes ont toujours défendu la Loi sur la Protection des Données, gna gna gna, sans parler du complot sioniste international qui contrôle la plupart des conglomérats politico-financiers, de toute façon, c’est l’économie qui décide depuis un bon moment dans ce pays, bla bla bla sans parler du prix de la viande.

Comment gagner une votation populaire

1. Poser une question très concrète sur un débat très abstrait.

2. Situer la campagne d’arguments sur les deux plans: concret et abstrait, pour assurer une confusion générale chez tous les interlocuteurs.

3. Dans le cas où le débat parvient tout de même à se centrer sur la question de base, généraliser. Invoquer l’argument de la pente glissante. Déguiser des exceptions en règles. Si ça ne marche toujours pas, mentir discrètement. Exagérer les chiffres. Parler vague. Traiter les problèmes complexes avec des solutions simples.

4. Concevoir une affiche choquante.

5. Réussir à se faire censurer par l’opposition.

6. S’indigner de cette censure et détourner le débat général sur un nouvel objet: le débat sur la censure des affiches. Polémiquer. Se poser en victime.

7. Globaliser le débat à des notions encore plus abstraite (par exemple: la liberté d’expression, la liberté de pensée, la liberté). Faire croire aux gens que ces grandes questions abstraites sont intimement liées à la question concrète.

8. Généraliser. Faire des amalgames. Perdre tout le monde. Diviser pour mieux régner.

9. Gagner la votation.

10. Si les opposants pleurnichent en soutenant que le peuple a été manipulé, les piéger définitivement en déclarant que s’ils sont contre la décision du peuple, ils sont contre le peuple; s’ils sont contre le peuple, ils sont contre la démocratie; s’ils sont contre la démocratie, ils sont pour la dictature.

11. Savourer.

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Choses politiques

Individualisme vs. Humanisme

L’individualisme, c’est croire que les efforts pour le confort individuel vont améliorer la société.

L’humanisme, c’est savoir que les efforts pour améliorer la société vont améliorer le confort individuel.

L’individualiste se demande quel véhicule – d’entre la Punto et le Hummer – il pourra prendre pour éviter la cohue dans les supermarchés pour réaliser au mieux ses achats de Noël dans l’ambiance la plus festive possible.

L’humaniste s’en fout: il sera en train de servir la soupe populaire.

 

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