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Soyez généreux

Je me suis embarqué dans une grosse aventure, un spectacle pour fin novembre avec une centaine de jeunes musiciens sur scène, une création in situ avec une scénographie incroyable, des robots, de la sonorisation surround, 48 circuits lumières, le grand jeu. À chaque séance, on voit qu’on est ric-rac niveau budget, donc les négociations artistiques sont toujours jumelées de considérations financières.

En improvisation, vous pouvez faire le geste d’ouvrir une portière, et une Ferrari s’est matérialisée sous vos yeux (et ceux du public). Vous pouvez raconter une scène de bataille monstre, décrire un décor de péplum, vêtir votre partenaire en haute couture. Tout est possible, et pourtant je vois encore des gens qui hésitent.

Pourtant, ça coûte que dalle.

Soyez généreux: le public est venu pour ça, votre partenaire vous adorera, c’est un cercle vertueux. Vous avez des moyens illimités, vous n’êtes freiné que par votre critique intérieur (donc vous-même) (donc laissez-le sagement assis au fond de la salle, et promettez-lui que vous lui rendrez des comptes après le show).

Quelques pistes pour être généreux en impro:

  1. Montez les enchères (tout est extrême – Hamlet est extrêmement loyal, Amélie Poulain est extrêmement persévérante)
  2. Créez du silence (on respire, la tension monte, l’air devient épais)
  3. Grosse réaction intérieure; jeu extérieur mesuré (la colère blanche est plus effrayante que la colère noire)
  4. Laissez de la place au public (moins vous jouez, plus il a la place de projeter; c’est le public qui est généreux; si vous stimulez son imagination, il va adorer les espaces vides que vous lui laissez combler par l’imagination – votre public va finir par détester les effets spéciaux au cinéma – Legolas qui monte à cheval en image de synthèse, pouah)
  5. Si rien ne marche et que vous n’avez pas d’idée, regardez votre partenaire: il vous fait déjà une proposition. Si vous êtes seul sur scène, partez du principe que vous êtes votre propre partenaire (donc vous produisez toujours des idées)

Et au fait, soyez généreux avec vous-mêmes. Lisez, allez au théâtre, aimez, contemplez.

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Improvisation et créativité

Impro shopped?

www.unstage.com/2010/05/10-photorealistic-painters/C’est un tableau, c’est de la peinture, mais les gens pensent que c’est une photo. Du coup, ils vont chercher à crier « fake », « photoshopped » pour dénoncer ce qu’ils croient être une arnaque. Exactement de la même manière que les spectateurs quittent votre spectacle d’impro en criant que tout (ou partie) a été écrit à l’avance.

C’est le grave paradoxe de l’impro contemporain: au bout d’un moment, ça devient tellement bon que ça imite le théâtre écrit, alors que le théâtre écrit lui, cherche précisément à reproduire la spontanéité du théâtre d’impro…

Quelle est la valeur de cette photo ce tableau, donc? Son réalisme? L’émotion projetée? Le point de vue de l’artiste? Ou la prouesse technique dont il fait preuve?

Et votre spectacle d’impro, quelle est sa valeur? Est-il plus respectable du fait qu’il est improvisé? Ou tiendrait-il la route même si, soir après soir, vous le répéteriez tel quel?

Je fais du théâtre improvisé parce que c’est une expérience artistique qui me paraît risquée, engageante, libre, contemporaine et excitante. Le comique improvisé dégage une fraîcheur qui m’émeut. Et aussi, parce que j’aime soit énormément répéter, soit pas du tout. Et si le public veut penser qu’on triche, grand bien lui fasse, mais je ne pourrais jamais lui prouver le contraire.

P.S.: Depuis 15 ans, j’essaie de prouver au public que les spectacles d’impro ne sont pas préparés; je prends des suggestions, je fais des entraînements portes ouvertes, j’intègre des évènements d’actualité récente dans les scènes. Rien n’y fait. Il y aura toujours un spectateur pour croire que « ça a été préparé à l’avance », quand même.

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Frequent flyer

S’il vous plaît, chers amis créateurs/communicateurs de spectacles, quand vous m’envoyez un courriel pour votre spectacle, ne mettez pas votre flyer en pièce jointe.

Personne n’ouvre un flyer en pièce jointe.

Tout ce que vous communiquez doit tenir dans le courriel: si vous avez un beau flyer (et vous devriez avoir un beau flyer, je suis sûr que vous avez un graphiste dans la troupe), débrouillez-vous pour le mettre en corps de courriel, ou alors ajoutez juste une photo, ou encore mieux, utilisez MailChimp pour ce genre de chose.

Bonus: Personne ne va cliquer sur votre lien en fin de courriel pour l’évènement FaceBook/le site/le flyer en haute résolution. Absolument personne.

Edit: Bien sûr, j’ai tort: certains de vos fans vont lire la pièce jointe, cliquer sur le lien, aimer votre page, et vous envoyer du courrier parfumé. Mais ceux-ci viendraient à vos spectacles même si vous ne les avertissiez pas. Ce sont vos fans. Ceux que vous devez convaincre veulent toutes les infos dans le courriel.

 

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Improvisation et créativité

J’ai pas déjà vu cette impro quelque part?

« Oh, tu sais, la catégorie western, je ne la mets plus dans mon barillet, elle ne donne jamais de bonnes impros. Ou plutôt: je peux déjà te dire quelle impro ça donnera: deux types qui se provoquent en duel, un buisson et 3 secondes de silence, puis un coup de feu. Qui a encore envie de voir ça? »

Nous devrions être les champions du théâtre de l’avant-garde, les aventuriers de la scène improvisée. Et nous retombons dans des schémas automatiques. De quoi se tirer une balle (dans le pied).

Dans le touchant documentaire sur Robert Gravel, on apprend bien vite que celui recherchait surtout une nouvelle manière de faire du théâtre contemporain, d’interroger les limites, le cadre de la théâtralité.

Dans la plupart des écrits de Peter Brook, (L’espace vide, le diable c’est l’ennui), on voit que celui-ci cherchait à toucher l’essence du théâtre. De la même manière, les premières recherches de Del Close était tournées vers l’aspect fondamental de l’improvisation: comment peut-on faire pour que ça « fonctionne » en public?

Vous pouvez enchaîner les performances (moyennes), engranger une expérience folle (mais médiocre) et multiplier les rencontres (peu fécondes).

Ou vous pouvez faire de chaque spectacle un évènement unique, respecter la qualité de l’instant en y étant totalement dévoué, de manière aventureuse et risquée.

N’arrêtez pas de chercher.

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