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Mes Jeux Olympiques

Dimanche dernier, 14h00. Je suis entouré d’une douzaine d’hommes blancs à l’hygiène de vie douteuse pour un tournoi de cartes Magic.

(Vous ne connaissez peut-être pas ce mélange de poker et d’échecs; souvent, les gens disent ah oui les cartes Pokémon et je réponds ben non, pas vraiment, ou alors on pourrait dire « les cartes Pokémon POUR ADULTES » – mais même là, les gens ne se rendent pas compte de la complexité et la beauté d’un jeu de stratégie qui dure depuis 33 ans et sort un millier de nouvelles cartes par année.) (c’est le plus beau jeu du monde) (évidemment, je suis partial) (mais même)

Je suis assis sur la morne banquette d’un bar à jeux genevois, de mon plein gré, inscrit à une compétition de quatre heures. Peu d’enjeu pour moi, un sacré susucre pour les autres : le gagnant repartira avec une qualification pour un grand tournoi à Prague. Et si tu gagnes le grand tournoi de Prague tu es qualifié pour les mondiaux, et si tu gagnes les mondiaux tu gagnes genre, l’équivalent d’une MAISON. Ouais, quand même.

Mais moi je suis assis tranquillou avec mon pote Jon à mes côtés, et j’ouvre avec fébrilité 84 cartes randomisées qui vont me permettre de construire un « deck », donc élaborer une stratégie pour rencontrer 4 adversaires au cours de l’après-midi. Je transpire sur la construction de mon paquet, je rassemble mes forces, perds la première ronde, gagne facilement la deuxième et concède une égalité sur la troisième ronde. Tous les espoirs sont permis sur la dernière ronde, mais je m’incline à nouveau pour terminer sur une piteuse 12e place (sur 15), probablement le pire résultat de ma carrière de magicien.

Le plaisir était au rendez-vous, mais je lèche mes plaies pendant un bon moment de la soirée, de la nuit et du lendemain, traînant mentalement ma défaite comme un boulet exsangue des miasmes acides qui m’entament les gencives. J’estime avoir pourtant peu de goût pour la compétition, et je m’efforce de battre en brèche mon ego de winner, mais mon lundi sent l’amertume et le regret, jusqu’à une épiphanie glorieuse qui me tombe dessus à 16h17.

Au moment de mon entraînement de trail, après deux répétitions de fractionnés qui me font suer comme un saucisson à la braise, je prends conscience d’une chose : les jours où on souhaite se remonter le moral, on devrait se rappeler qu’on ne joue pas aux mêmes Jeux Olympiques : moi, par exemple, si vous me concoctez un triathlon avec comme discipline 1) les cartes Magic, 2) un trail 50km et 3) un match d’impro, je suis champion du monde.

(Bien entendu, si vous me proposez des Jeux Olympiques avec 1) Mario Kart 2) sens de la mode 3) quizz sur le championnat de France de football, je serai beau dernier.)

Je me suis donc fait une promesse : la prochaine fois que je serai un peu amer d’une défaite, d’un refus, d’un échec, je me rappellerai cette évidence : on ne concourt jamais dans la même catégorie.

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